« Odette Toulemonde » ou le classique vs le populaire

Odette ToulemondeOn ne programme pas une soirée avec des amis et du pop corn pour voir un film comme Odette Toulemonde. C’est un film sur lequel on tombe par hasard en zappant.

Odette Toulemonde d’Éric-Emmanuel Schmitt est un petit bijou sans prétention, léger et décalé. Odette, jouée par Catherine Frot, est une quadragénaire comme il y en a des millions : veuve, elle travaille dans un grand magasin à Charleroi, a deux enfants et les seuls moments de répit dans sa vie sans excitation sont la musique de Josephine Baker et les romans de Balthazar Balsan (joué par Albert Dupontel). Lorsque ce dernier dédicace à Bruxelles, Odette est incapable de lui dire ne serait-ce que son prénom. Pour compenser, elle lui écrit une lettre pour le remercier de tout ce qu’il lui offre quand elle lit ses livres. Et sans le savoir, cette même lettre, écrite dans du papier à lettres pour adolescentes, va sauver Balsan (Comment ? Regardez le film, ça vaut le coup !).

Balsan est un écrivain populaire à succès, est riche, sa femme est belle, son fils intelligent est dans une pension quelque part. Il a tout pour être heureux, vrai ? Faux. Parce que ce film, sous fond de légèreté, lance le débat sur l’écrivain populaire (acclamé par le public, méprisé par les critiques) versus l’écrivain classique (encensé par les critiques). Un des moments qui m’a le plus marqué, c’est lorsque l’écrivain et animateur d’une émission littéraire Olaf Pims (Jacques Weber) critique le dernier roman avec l’argument « c’est un roman pour les coiffeuses et les ménagères » et jette le livre avec dédain par-dessus son épaule. Ce n’est ni intellectuel ni bon. Les « petites gens » lisent Balsan par millions, mais le milieu parisien le boude. Pour Balsan, c’est dévastateur.

Ce film montre l’éternel mépris envers les lecteurs d’écrivains comme Marc Levy et Guillaume Musso parce que ce n’est pas du Victor Hugo ou du Flaubert. Mais, si Bill, notre lecteur préféré, veut lire du Flaubert… il va prendre un livre avec Flaubert marqué sur la couverture, n’est-ce pas ? Lire est une activité personnelle. À chacun ses émotions devant une histoire, devant une plume. On peut aimer un écrivain classique et un écrivain populaire de la même manière pour des raisons totalement différentes.

Pour nous autres écrivains, apprentis ou renommés, la question reste essentielle. Veut-on écrire pour un petit cercle bien-pensant ? Ou alors pour le plus grand nombre ? Est-ce vraiment un mal d’être un écrivain populaire ? Est-ce un mal de vouloir que les coiffeuses, les vendeuses, les maraîchères, les ménagères de tous les âges nous lisent ?

Oublions les petits complexes, écrivons ce que nous aimons, lisons ce que nous voulons. Un tiers de la population doit être ménagère de moins de cinquante ans (le choc !).

Mais aujourd’hui, il y a un terme plus in pour ça, moins champêtre : housewife. Du français wife, évidemment.

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Concilier études et publication : Cécile Duquenne

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[Espaces Comprises] : Pourrais-tu te présenter en quelques mots ?

Cécile Duquenne : Bonjour ! Cécile Duquenne, 25 ans depuis peu, étudiante et auteur à plein temps. Je suis actuellement en master de traduction littéraire en langue japonaise à la faculté de lettres d’Aix-en-Provence, ce qui me prend une bonne partie de mon temps comme vous pouvez l’imaginez. En parallèle de mes études, et ce depuis près de huit ans, j’écris et je publie, principalement des romans de fantasy/fantastique, et quelques nouvelles…

[EC] : Comment t’organises-tu ?

CD : Pour que vous vous fassiez une idée de mon organisation, il faut d’abord que je vous fasse un petit topo de ce à quoi ressemble une année civile pour moi. Pourquoi ? Parce que le rythme de vie étudiant est tel qu’il y a des périodes d’intense activité, suivies par de longues semaines de « rien du tout ».

Voilà donc à quoi ça ressemble : janvier, les partiels, donc je passe mes vacances de Noël à réviser. De février à mai, j’étudie à plein temps ou presque : les vacances de février et de Pâques me servent aussi à réviser car les profs mettent toujours de gros examens juste après, sous prétexte qu’on a « du temps » (Hum, I beg to differ, sir!) De mai à septembre, c’est les « vraies » vacances ! Eh oui, six mois de « repos » où je ne chôme pas puisque c’est la période de l’année où j’écris le plus : je tourne alors à environ 1 500 mots par jour minimum.

Quand je n’écris pas, je corrige. Et quand je ne corrige pas, j’élabore des synopsis pour de futurs textes que j’écris généralement vers la fin de l’été. Mes journées s’organisent alors assez simplement : je me lève entre 8 et 10 heures (bah oui, c’est les vacances quand même !) et j’écris mon quota de mots du jour (1 500 mots minimum). Ça me prend généralement 2-3 heures. Si je n’ai rien à faire de la journée, je m’occupe : soit je continue d’écrire, soit je corrige un autre texte, soit je bêta-lis un roman pour quelqu’un d’autre… Sinon, ma foi, eh bien je sors ! J’ai la chance d’habiter dans le sud de la France. On n’est pas trop fans de la plage en journée l’été à cause des touristes, mais le soir c’est super sympa. On se retrouve pour pique-niquer et profiter de l’eau encore chaude vers 17/18 heures. Je sors, je fais la fête, bref, je me prive pas. Mais chaque jour est soumis à cette même règle : je dois écrire mon quota de mots avant de faire quoi que ce soit d’autre.

En septembre, c’est reparti pour la fac – et passé la première année de licence avec son début tout tranquille, croyez-moi, vous repartez tout de suite à un rythme infernal. Certes, je n’ai « que » douze heures de cours par semaine et ils s’étalent généralement sur deux jours, trois maximum. Mais ce volume horaire est multiplié par 3 à 4 selon les semaines : en moyenne, je bosse une quarantaine d’heures à la maison rien que pour la fac. Voici ce que je fais, en vrac : je bosse sur mes kanji (en langue japonaise, ça me prend environ 1 heure/jour, tous les jours ou presque), je lis pour mon mémoire, je traduis des textes également (articles de journaux, éditos, etc.), je fais des exos pour les cours d’expression écrite (thème/version), je procède à des recherches pour des exposés, j’apprends du vocabulaire (environ 80~120 mots composés par semaine), etc. Il me reste généralement une journée (ou deux quand j’ai une semaine « légère ») pour caser ma vie sociale (la plupart du temps, je me débrouille pour voir les gens le soir après avoir bossé chez moi) et les obligations diverses (genre la visite à la banque, trouver un cadeau pour quelqu’un, aller à un rendez-vous médical etc.). Du coup, l’écriture, dans tout ça… ben, ça doit attendre mai à septembre parce que je suis humaine et que, ayant déjà essayé de conjuguer les deux sur la même période, j’ai fini par craquer.

Ça ne veut pas dire que je n’écris pas du tout d’octobre à avril, juste que c’est en pointillés. J’écris quand vraiment ça me démange trop. Y a des mois, comme ça, où je m’accorde une semaine « sans boulot pour la fac », pour décompresser, même si je sais que je le « paie » ensuite en devant mettre les bouchées doubles sur une semaine ou une autre. Ou quand j’ai une semaine plus légère que les autres, je me trouve 5 ou 6 heures de libre (fin janvier a été super calme, par exemple. Du coup, j’ai un peu de temps, donc j’écris une petite nouvelle ou deux pour me changer les idées).

[EC] : Te sens-tu brimée ou, au contraire, favorisée ?

CD : Au départ, j’ai choisi de faire de longues études afin, je cite, « d’avoir du temps pour écrire ». Comme vous le voyez, au final, j’ai rangé mes belles illusions au placard, découvrant que mes études allaient prendre autant de place, sinon plus, que l’écriture dans ma vie. C’est d’autant plus vrai que, plus je monte dans les études, moins j’ai de cours, mais plus j’ai de travail à la maison (noooooon, je ne panique pas du touuuuuuuuuut pour mon futur doctorat ^^). Mais je ne me sens pas brimée pour autant. Ok, y a une grosse moitié de l’année où je ne peux pas écrire. Mais le reste du temps, c’est juste génial ! J’avoue que c’est parfois frustrant de me dire que je dois attendre mai, toutefois ça me permet d’alterner entre une période de réflexion sur mes projets et une période d’écriture intensive. Je me suis faite au rythme. Les six mois passés à étudier à fond me servent de réservoir créatif : j’engrange les idées, je prends plein de notes, des scénarios se construisent seuls dans ma tête, ils s’organisent, grandissent, se construisent au fur et à mesure. Du coup, à la fin de l’année scolaire, je suis prête à me lancer dans l’écriture de projets qui sont bels et bien mûrs. Je ne tourne pas 50 ans en rond car je sais ce que je veux écrire et comment. Du coup, j’exploite au mieux les six mois qui vont de mai à septembre. J’écris autant sinon plus que quelqu’un qui, avec un travail à côté, prendrait une heure tous les soirs pour écrire. Je ne sais donc pas si je suis brimée ou favorisée, en tout cas, je sais juste que je me suis adaptée et que ça me convient comme ça au final.

[EC] : Est-ce que tes études influencent ton écriture ?

CD : Oui, beaucoup ! J’ai beau avoir une formation principalement axée sur la langue japonaise, j’ai suivi des cours de civilisation, anthropologie, sociologie… Dans ces cours sont notamment abordés la notion du sentiment de japonéité, de syncrétisme religieux, etc. En approfondissant ma connaissance de la civilisation japonaise, j’ai aiguisé ma perception de ce qui différencie une culture d’une autre. Enfin, pas seulement ma perception : j’ai appris à recréer des mécanismes, à sortir de mes a priori occidentaux pour m’imprégner d’un ailleurs.

En tant qu’occidental, on pense souvent l’Asie – et a fortiori le Japon – sous un point de vue exotique avec des clichés énormes alors que les vraies différences culturelles sont ailleurs que dans le riz, les baguettes et les kimonos, quoi ! La différence, elle est dans la manière de penser le monde. Étudier m’a permis d’apprendre à penser le monde autrement. Et n’est-ce pas ce à quoi nous devrions tendre en tant qu’auteurs de SF ou de fantasy ? Il ne s’agit pas juste de « faire un monde médiévalisant » pour écrire de la bonne fantasy médiévale. Il faut « penser médiéval » et pas juste avec des clichés. C’est là que ça se corse. Mes cours me donnent beaucoup d’idées, aussi. Un mot, une évocation, une image… parfois, ça peut déclencher tout un tas d’idées qui nous mènent à quelque chose d’inattendu ! Par exemple, au cours de ma 2e année de licence, nous étudiions le bouddhisme japonais pendant un semestre. J’ai été fascinée de découvrir cette « religion » (avec de gros guillemets, car certains penseurs débattent toujours sur la religiosité ou non du courant bouddhiste ! Eh oui !) tellement différente de la nôtre, parce qu’ils voient le monde d’une autre manière. Et là, je me suis dit « et si le bouddhisme était la religion dominante en Europe de nos jours ? À quoi ça ressemblerait ? Comment verrait-on le monde ? » L’idée s’est agglutinée à une autre, puis à un autre projet qui était au départ indépendant : un space-opera sauce western où la religion galactique est… le bouddhisme ! Et ce n’est pas juste un accessoire, il y a une vraie raison à ça (tant dans la civilisation galactique que dans l’intrigue et le caractère des personnages).

[EC] : Est-ce que ton écriture influence tes études ?

CD : Oui, beaucoup, et surtout dans la façon de m’organiser, en fait. L’écriture m’a donné tous les moyens de bien étudier. Après tout, avant d’écrire un roman, il faut faire des recherches, des tests, constituer un plan, apprivoiser certains concepts… Est-ce si différent de mes études ? Non, je ne crois pas. De plus, l’écriture est une école à part entière, dans le sens où l’on y apprend à rester déterminé, à ne jamais rien lâcher malgré le découragement. Du coup, en fac, je suis très organisée parce que je n’ai pas peur du travail même s’il me semble énorme. Un roman peut prendre des mois, des années, et on en vient à bout. Les études, c’est pareil.

[EC] : Comment jongles-tu entre parutions et études ?

CD : De manière générale, je préviens les éditeurs qu’il y a des périodes où je ne peux absolument pas travailler pour eux par manque de temps. Jusque-là, ils l’ont très bien pris et se sont organisés en fonction de mes disponibilités. Généralement, je leur en parle juste avant la signature du contrat, quand vient le moment de fixer une date de rendu du manuscrit. On s’adapte en fonction de mon emploi du temps et de leur planning éditorial. Je me fais un devoir de leur donner non des délais rêvés mais des délais réalisables. Au moins, je suis sûre de leur rendre dans les temps, même si c’est un peu lent, et eux ne sont jamais surpris dans le mauvais sens.

[EC] : Comment concilies-tu apparitions et études ?

CD : Très mal, malheureusement, et c’est le gros point noir. Avec le temps que je consacre à mes études, je n’ai pas le temps de mener un petit job à côté. Du coup, pas de sous pour me payer le voyage et l’hôtel ! Et comme j’habite loin de Paris, je dois faire une croix sur la plupart des manifestations littéraires où je pourrais être invitée. Il y a des raisons financières, qui sont éludées dès lors qu’on m’invite en me proposant de me rembourser une partie ou la totalité du trajet, mais aussi de calendrier : la plupart du temps, les salons se tiennent – vous l’avez en mille – de septembre à mai, soit la période la plus chargée pour moi ! Je fais rarement plus de deux salons à l’année car économies dans le positif et temps disponible accordent rarement leur violon ensemble. Ça fait un peu Caliméro, mais bon. Je sais que ça ne va pas durer toute la vie, alors je prends mon mal en patience et je profite de pouvoir écrire à temps plein quand je le peux

[EC] : Comment est perçue l’écriture dans ton entourage scolaire ?

CD : J’en parle rarement, et quand les gens viennent me reprocher de ne pas le leur avoir dit, je réponds toujours qu’on me prend pour une sacrée prétentieuse quand j’annonce tout de go que « j’écris » et que, en plus, « je suis publiée ». Et c’est vrai : quand j’en parle de ma propre initiative, je passe le plus souvent pour la grosse égocentrique de service, du genre « appelez-moi comtesse de l’écriture et laissez passer siouplaît ! Moi, suis publiée, oui, Madame, alors on s’écrase ! ». C’est dingue de voir comment certaines personnes interprètent un simple « je suis publiée ». ^^ Du coup, j’en parle rarement de moi-même et, la plupart du temps, les gens l’apprennent par ouï-dire ou par Facebook – parce que je parle beaucoup d’écriture dessus. Du coup, après avoir vu une interview (comme celle-ci par exemple ^^) ou avoir simplement croisé le lien d’une chronique parlant d’un de mes textes, ils viennent me voir à la fac en me disant « alors comme ça, tu écris ? » et j’ai droit à toute une batterie de questions qui font super plaisir, parce qu’ils s’intéressent d’eux-mêmes à ce que je fais. D’autres fois, certains étudiants que je connais très peu viennent me voir en me disant « hé, machin m’a dit que tu écrivais, du coup j’ai acheté ton roman, il était à la librairie du coin, j’ai lu… » et me font la chronique en live. C’est sympa aussi (et un peu flippant de se dire que les nouvelles circulent autant, ahem ^^). Les profs, eux, l’ont appris via ces mêmes étudiants qui sont allés leur dire que j’écrivais. Les concernés se reconnaîtront, hein !! ;p

[EC] : Quelle est ton actualité ?

CD : Je travaille actuellement à la suite du tome 1 de la série des Nécrophiles Anonymes. Le tome 2 devrait sortir à la fin de l’année 2013 selon toute probabilité (il faut que je le corrige et, comme vous le savez maintenant, je vais avoir du mal à m’y mettre à fond avant avril-mai ;-)). Si vous voulez en savoir plus sur la série, le personnage principal a une petite page à lui. Sinon, je viens de terminer un gros roman (le space-opera bouddhique, là, oui ^^) intitulé Foulards Rouges, il va bientôt partir en quête d’éditeur dès que j’aurai trouvé le temps de fignoler le synopsis de soumission. Ça devrait paraître en numérique sous forme de feuilleton. Si ça vous intéresse, n’hésitez pas à m’ajouter sur Facebook : je ne mords pas, et promis, je ne suis pas monomaniaque de l’écriture (ou si peu ;)). J’ai d’autres projets à venir, mais rien de défini. J’avance à petits pas, mais j’avance ! Cet été, je pense que je m’attellerai à l’écriture du tome 2 de Foulards Rouges et aux corrections du tome 3 des Nécrophiles Anonymes. Bref : j’ai quand même du pain sur la planche !

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Concilier études et publication : Samantha Bailly

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[Espaces Comprises] : Pourrais-tu te présenter en quelques mots ?

Samantha Bailly : En quelques mots, Samantha Bailly, 24 ans, un master de lettres et d’édition en poche. Après presque deux ans à travailler dans la société de jeux vidéo Ubisoft, je me consacre à présent à l’écriture. J’ai à mon actif des parutions assez variées : roman de fantasy, roman contemporain, roman épistolaire, thriller, conte pour enfants, pour des éditeurs tels que Bragelonne, Milady, Rageot, Volpilière ou encore nobi nobi !

Ça, c’est sur le papier. De façon plus spontanée et viscérale en une phrase : l’aiguille de ma boussole inté­rieure a toujours pointé sur le verbe « écrire ».

[EC] : Comment t’organises-tu ?

SB : Pour résumer, écrire est pour moi une nécessité que j’ai apprivoisée. [Pendant mes études], la période la plus représentative a été l’écriture du tome 2 d’Au-delà de l’Oraison, La Chute des Étoiles, durant mes études. Je savais que j’avais huit mois pour écrire un million de signes. J’ai donc, comme d’habitude, découpé mon roman en parties, puis en chapitres, tout en sachant que l’organisation peut parfois évoluer durant l’écriture. Ensuite, j’ai créé mon planning. En me donnant ainsi des objectifs par semaine, j’écrivais ensuite dès que possible : sur des pauses, le soir, en cours parfois… L’inspiration trouve toujours son chemin. 😉

[Aujourd’hui], j’ai des périodes d’écriture intensive et d’autres de repos, où je me nourris de ce qui m’entoure, où je m’imprègne d’atmosphères. C’est un cycle que je commence à bien connaître. J’ai écrit mes précédents romans en parallèle de mes études ou de mon emploi. À présent, j’ai la chance de pouvoir vivre de l’écriture et donc d’enfin faire tourner mes journées exclusivement autour de ma passion. Je crée un tableau Excel récapitulant mes projets, puis un planning plus détaillé. C’est une circulation permanente entre l’inspiration intensive, spontanée, et un découpage rigoureux de mon temps. Pour pallier la solitude du métier, je vais parfois travailler en open-space, par exemple chez les éditions Bragelonne qui ont la gentillesse de m’accueillir.

[EC] : Est-ce que tes études ont influencé ton écriture ?

SB : Mon parcours scolaire et universitaire a été très enrichissant. D’ailleurs, je l’ai souvent dit, c’est quand mon prof de philo a parlé d’oraison funèbre qu’a germé l’idée d’Oraisons. Dans ma façon de voir les choses, l’écriture est un alambic. Parmi bien d’autres choses, les cours lui ont fourni de nombreux éléments essentiels pour enclencher l’alchimie. Élève appliquée, j’ai toujours pris énormément de notes, mais des notes agrémentées de précisions dans la marge, par exemple « Tiens, notion intéressante pour le tome 2 », ou « Ah, fait de société qui pourrait s’appliquer à Volplume », etc.

[EC] : Est-ce que ton écriture a influencé tes études ?

SB : Oui, dans le sens où mon objectif principal a toujours été celui d’écrire. De façon très prosaïque, j’ai bien vite compris que pour vivre et être indépendant, il faut étudier, trouver un travail, gagner de l’argent. Je me suis alors dit que j’allais tout faire pour conjuguer ma passion avec le réel, en me rapprochant au maximum de ce qui me passionne. C’est pour cela que j’ai choisi de faire des études de lettres, puis d’édition.

[EC] : Comment jonglais-tu entre les études et les parutions ?

SB : Concilier les études et les parutions n’a jamais été un problème : l’université offre une véritable flexibilité. La vraie difficulté a été de jongler ensuite entre les études, le travail et l’écriture. Trois vies en une. Honnêtement, cela m’a drainé énormément d’énergie, ce qui m’a permis de placer mes limites.

[EC] : Comment conciliais-tu les études et les interventions ?

SB : Comme je le disais, cela n’a jamais vraiment été un problème, écrire, faire des salons, intervenir, est une activité extra-scolaire comme les autres, bien qu’un peu atypique à mon âge.

[EC] : Comment était perçue l’écriture dans ton entourage scolaire ?

SB : Écoute, je n’ai pas fait de sondage (rires). Mon « entourage étudiant proche » m’a beaucoup soutenue lors de la parution de mon premier roman en 2009, à l’époque où j’étais encore en licence. Certains m’ont aidée à aller démarcher les librairies, ont fait de la promo via les réseaux sociaux, etc. Je leur en suis très reconnaissante.

[EC] : Quelle est ton actualité ?

SB : Une année 2013 assez chargée ! Un diptyque de fantasy, Oraisons, qui est réédité en mars chez Bragelonne, un roman contemporain, Ce qui nous lie, à paraître en avril chez Milady dans la collection Grande Romance, et À pile ou face, un thriller young adult à paraître chez Rageot en septembre. Cela paraît assez énorme en une seule année, mais ce sont des projets écrits en amont, et tout se concrétise en simultané.

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La méthode dite « du flocon » expliquée et illustrée – Épilogue

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Voilà, je vous ai traîné sur dix articles et c’est maintenant que vous allez comprendre que je ne suis en fait rien de plus qu’un sadique, car tout ceci n’était pour rien !

En effet, je n’ai qu’un conseil à vous donner, contrairement à l’adage bien connu : « ne faites pas ce que je dis, faites ce que je fais ».

 Pour forfait illimité*, je ne suis retourné à cette méthode qu’à la moitié du récit. Pour Marqueur 26, un bon quart existait déjà sous forme de roman-feuilleton avant que je ne décide de le convertir en roman et ne commence à gribouiller ma petite phrase de l’étape 1.

Je ne passe pas forcément le temps indiqué pour chaque étape, j’en « bâcle » même quelques-unes. Allez-y, butinez, grappillez ce qui vous est le plus utile. Je ne vois que 3 raisons de les suivre religieusement :

  1. C’est votre premier projet de roman. Si vous passez du court métrage (la nouvelle ou le poème) au long métrage (le roman) ou si c’est, tout simplement, votre première incartade dans l’écriture, les garde-fous vous seront d’autant plus utiles.
  2. Vous êtes perdu. Que ce soit parce que vous n’avez plus écrit depuis longtemps ou parce que vous n’êtes plus au centre de cette zone de création qui vous guide habituellement, le doute peut vous faire renoncer. Vous focaliser sur la méthode peut être le rocher salvateur dans la tempête, le moyen de tenir en attendant une accalmie.
  3. Vous êtes pris par le temps. Étrangement, moins on a de temps pour écrire, plus il est important d’en investir pour formaliser la préparation. De fait, si vous êtes libre et écrivez à la journée longue, vos idées peuvent rester en tête sans se dénaturer par vos autres activités. Par contre, si vous devez jongler avec votre emploi du temps, votre boulot, la famille et autres obligations, vos idées vont finir par se morceler dans la masse de ce que vous avez à penser et retenir au quotidien. Le risque de perdre le fil et de vous laisser submerger par l’ampleur de la tâche qu’est l’écriture d’un roman est alors très grand ! Avoir jalonné le chemin en amont, être capable de vous référer en un coup d’œil à votre plan ou à une fiche de personnage pour rebondir rapidement et reprendre là où vous vous étiez arrêté est alors salvateur pour replonger rapidement dans les méandres de votre œuvre.

Le tiercé gagnant

Comme pour les courses de chevaux, il y avait 10 étapes au départ, je vous livre ici mon tiercé gagnant :

  1. Le plan → C’est mon outil principal durant l’écriture, il me permet de suivre ma progression et, surtout, le soir, de rapidement me replonger là où j’en étais sans avoir à relire systématiquement le ou les chapitres précédents. Un simple coup d’œil me permet de resituer l’action, les notes pour la scène à venir de déclencher mes idées et mon inspiration. Et en cas de besoin pour la cohérence, je peux juste retourner en arrière dans mon tableau pour vérifier vite fait un point ou un autre.
  2. Les fiches de personnages → Ma bible. Elles me permettent de replonger dans la psychologie des protagonistes, de me remémorer leurs petites manies, leurs signes caractéristiques, leur physique, leur accoutrement, etc.
  3. Le synopsis complet → Si j’ai été obligé d’arrêter l’écriture pour un petit moment, il me permet de me rafraîchir la mémoire sur l’atmosphère et, couplé au plan, de repartir au plus vite sans nécessairement devoir relire tout ce qui est déjà couché sur papier.

La beauté de la chose

Pour moi, l’intérêt est de pouvoir travailler et surtout progresser un peu chaque jour, aussi bien pendant la conception (une phrase par-ci, un paragraphe par-là, une fiche de personnage à la fois…) que pendant l’écriture. C’est bien plus motivant quand on visualise sa progression sur un cadran plutôt que d’être dans le flou total, et la segmentation se prête à « optimiser » mon temps voué à l’écriture. (Encore une fois, si j’étais écrivain à temps plein, ou si je pouvais mener un projet d’une traite, il serait peu probable que j’agisse de même.)

Et la durée dans tout ça ?

Tous les temps sont purement indicatifs, des limites supérieures à ne pas dépasser afin de fuir la fée procrastination. Je pars du principe que 1 j = 7 h et 1 s = 35 h (mais n’allez pas vous imaginer qu’écrivain est un boulot de bureau relax pour autant). Il va de soi que la première fois, on prend plus son temps pour chaque étape, on cherche ses marques. Par la suite on avance plus vite.

À l’heure actuelle, je tourne à un peu moins de 100 h pour achever le plan, mais structurer augmente ma cadence d’écriture de l’ordre de 33%. Pour vous donner un ordre d’idée, je me suis rendu compte que jusqu’à 300 000 signes espaces comprises, l’investissement n’en valait pas forcément la chandelle. À 300 000, cela s’équilibre (avec le bénéfice ajouté d’une bien meilleure cohérence). Au-delà de 300 000, c’est tout bénéfice. Pour Forfait illimité* et Marqueur 26, c’est entre 75 et 100 h de gagnées, et cela juste pour le premier jet parce qu’en général, la première réécriture est elle aussi grandement réduite de par la diminution des erreurs de cohérence.

Et après ? (ou avant, ou même pendant)

Cette série d’articles ne couvrait volontairement que la conception scénaristique. Ce n’est pas suffisant pour écrire un livre, bien sûr, mais c’est une grosse partie. D’autres points capitaux mériteraient d’autres séries, comme la dramaturgie, la focalisation ou, plus terre à terre, la concordance des temps et la correction. Je vous enjoins à nous rester fidèle, [EC] est là pour ça. 😉

Les recherches :

Qu’elles soient quasi nulles (vous maîtrisez déjà le sujet), partielles (juste besoin de vérifier des dates, lieux, architectures, etc.) ou longues et fastidieuses (vous devez apprendre un sujet complexe), c’est ce qui décidera si vous devrez les entreprendre avant, pendant ou après la phase de conception.

L’écriture :

Les problèmes de genre, styles, syntaxe, vocabulaire, grammaire, lourdeur des phrases, typographie, etc. viennent définitivement après la phase de conception traitée par cette série d’articles.

L’édition :

La préparation de votre « dossier », la prospection des éditeurs, c’est bien entendu la dernière phase (bien après la conception, l’écriture, la relecture et LES correctionS). Ne cherchez pas un éditeur avec un produit qui n’est pas à 110% abouti. À noter que votre synopsis court, avec un petit travail de réécriture pour le passer en bon français, sera parfait pour le « synopsis » parfois demandé par certains éditeurs.

Derniers conseils

C’est la dernière fois que je le répète, promis : Soyez créatif avant tout. Pliez la méthode à votre inspiration et pas l’inverse.

Que ce soit pour cette phase, celle des recherches, de l’écriture, des corrections ou de l’édition, sachez qu’être écrivain, c’est 5% de talent et 95% de travail (allez, 10/90 si vous voulez…). Ce n’est pas un constat que les nouveaux auteurs aiment en général, mais c’est comme ça. Oubliez le savoir inné du Bescherelle et les longues envolées littéraires taillées au cordeau. Si vous êtes vraiment sérieux à propos de l’écriture, le meilleur talent dont vous puissiez vous munir, c’est la persévérance !

Documents & références

Vous trouverez ci-dessous tous les supports finaux qui illustrent cette série.

Les sources d’informations :

Si vous voulez aller plus loin :

  • New Novelist – Un logiciel d’aide à la conception et écriture de roman.
  • oStoryBook – Un logiciel d’aide à la structure de roman ou scénario.
  • Freemind – Un logiciel gratuit de gestion d’idées.
  • Final Draft – La référence en terme d’outil de création scénaristique et scripts.
  • Comment ne pas écrire des histoires ­­– pleins de conseils réalistes sur les erreurs les plus communes des primo-romanciers.
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La méthode dite « du flocon » expliquée et illustrée – Étape 10

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L’étape 10 – Premier jet (1h/p)

La partie « conception » est maintenant terminée. Nous entrons dans la phase « écriture », cette étape – comme la première – est la plus facile à dévoiler pour moi puisqu’elle se résume en un mot : écrivez !

Entre le « pensez ! » de la première étape et le « écrivez ! » de la dernière vous avez maintenant une structure et surtout un plan. Appuyez-vous sur ce dernier pour vous lancer et suivre votre progression. Selon l’inspiration, vous pouvez tout à fait écrire les scènes dans le désordre selon votre humeur et votre temps.

Il y aurait évidemment bien des choses à dire sur la phase d’écriture elle-même, mais ce n’est pas le propos de cette série d’articles qui se concentrait sur la conception… peut-être plus tard dans une autre série… pour le moment, je dois vous laisser et aller écrire 😉

Cet article est court, mais restez branché. « L’épilogue » qui clôturera cette série sera plus conséquent et vous donnera accès à tous les supports et modèles de documents utiles pour suivre toutes les étapes. Une publication hors-série prévue pour dimanche.

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