Les NaNoromans francophones, édition 2016

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C’est toujours un plaisir de mettre à jour cette liste à jour !
Voici donc les romans francophones écrits pendant NaNoWriMo au cours des dernières années et publiés, que ce soit en édition classique ou indépendante.

NaNoWriMo 2005

  • Entrechats de Cécile Duquenne, Éditions Voy’[el] 2010
  • Le Dernier Train de Suzanne Vanweddingen, Rryozz Éditions 2014

NaNoWriMo 2006

NaNoWriMo 2008

  • Âme à âme de Christian Perrot, Éditions Lune Écarlate 2017
  • Aujourd’hui ne se termine jamais de Jo Ann von Haff 2015
  • L’Expérience LP4 de S.M. Chevalier, Éditions Boz’Dodor 2016
  • Les Héritiers de Cindy Van Wilder, Gulfstream 2014

NaNoWriMo 2010

  • L’Ouroboros d’argent d’Ophélie Bruneau, Éditions du Chat Noir 2013

NaNoWriMo 2011

  • Annabelle 2, Nouvelle leçon de Sara Agnès L., Éditions Milady Romance 2015
  • L’Agence de Suzanne Vanweddingen, Rryozz Éditions 2013
  • Les Épreuves de l’amour de Deirdre Campbell, Éditions Láska 2013
  • Les Mots d’Eden – Vers toi de Céline Etcheberry, Éditions Milady Romance 2015
  • Naturalis de Franck Labat, Éditions Prisma 2013
  • Suzy online  d’Anne Rossi, Éditions Les Lucioles 2013
  • Une démone chez les anges d’Anne Rossi, Éditions Sortilèges 2013

Camp NaNoWriMo 2012

  • Passeurs d’ombre d’Anne Rossi, Numeriklivres 2012

NaNoWriMo 2012

  • Lacrimosa d’Alice Scarling , Milady 2014
  • Souffleur de rêves de Bérengère Rousseau, Éditions Livr’S 2016

NaNoWriMo 2013

  • #Apolog de Pouhiou, Framasoft 2015
  • La Corrosion des anges de Nathalie Beaux 2015
  • La Dernière Fée de Bourbon d’Ophélie Bruneau, Éditions du Chat Noir 2015
  • Le Chat du jeu de quilles 2 de Florence Clerfeuille 2014
  • Les Mots d’Eden – Sans toi de Céline Etcheberry, Éditions Milady Romance 2015
  • Les Yeux de Léon de Jo Ann von Haff, Black Moon Romance 2017
  • Palimpsestes 1 d’Emmanuelle Nuncq, Éditions du Chat Noir 2016
  • Rédemption de Bérengère Rousseau, Éditions du Riez 2015
  • Tout revivre de Mélody Gornet, Éditions Thierry Magnier 2015
  • Zombitions d’Aurélie Mendonça, Rebelle Éditions 2014

Camp NaNoWriMo 2014

  • Queen of Love d’Amélie Voyard-Venant, HQN 2016
  • Une bière, des mangas et un sourire charmant de Hope Tiefenbrunner, HQN 2015

NaNoWriMo 2014

  • Cartel robotique de Christian Perrot, Éditions Lune Écarlate 2017
  • L’Opale de feu 2 d’Anne-Cerise Luzy 2015
  • Le Chat du jeu de quilles 3 de Florence Clerfeuille 2015

NaNoWriMo 2015

  • Le Poids de la colère de Florence Clerfeuille 2016
  • Les Ombres de Brocéliance de Lynda Guillemaud 2016
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Comment présenter son manuscrit

En tant que correctrice, j’ai vu passer pas mal de tapuscrits qui n’étaient pas aux normes typographiques (françaises) et pas conformes aux demandes des éditeurs.

Je vais vous présenter deux exemples à ne pas suivre et celui qui est attendu de vous.

Exemple 1 — à ne pas faire

  1. absence d’alinéa ;
  2. interligne simple ;
  3. tirets simples ;
  4. puces automatiques
Exemple 01

Exemple 2 — à ne pas faire

  1. absence d’alinéa ;
  2. interligne simple ;
  3. saut de ligne entre les paragraphes et les dialogues ;
  4. tirets simples ;
  5. puces automatiques
Exemple 02

Exemple 3 — conseillé

  1. Alinéa pour marquer le début d’un paragraphe ;
  2. Interligne entre 1,5 et 2 cm (cela dépend des éditeurs) ;
  3. Utilisation des cadratins (n’utilisez pas des tirets simples « – » pour ouvrir un dialogue mais un cadratin « — ») ;
  4. Désactivez les puces automatiques ;
  5. Ne sautez pas de ligne entre chaque paragraphe ou entre paragraphe et dialogue.
Exemple 03

Exemple 4 — dialogues « classiques »

Si vous êtes plutôt classiques et utilisez les guillemets français «» (à différencier des guillemets anglais “”), ils sont au même niveau que le début de chaque paragraphe et/ou dialogue. N’oubliez pas de fermer les guillemets à la fin.

Exemple 04

 

 Pour les incises :

Le dialogue ne continue pas, on ferme les guillemets avant l’incise.

« Qui te dit que ce n’est pas un fake ? » lança Kieran. 

Lorsqu’il y a différents interlocuteurs, il n’y a que la première tirade qui prend le guillemet. Le reste du dialogue est en cadratins, puis on referme le guillemet avant la dernière incise.

« Je n’en sais rien. J’aimerais juste qu’un homme comme lui existe.  Regardez votre père », lança Liz.

Mais si l’incise est au milieu du dialogue, on ferme les guillemets à la fin de la dernière tirade.

« Je n’en sais rien. J’aimerais juste qu’un homme comme lui existe. — Regardez votre père , lança Liz. Il ronfle comme une gare… »

Note : renseignez-vous ! Même si la norme orthotypographique change peu d’un éditeur à l’autre, vérifiez quand même les demandes de chaque maison. Entre police 16 interligne simple à police 12 interligne double, il y a de tout !

Publié le 10 novembre 2012

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Nicolas Kempf, l’interview (2/2)

nkempfRetrouvez la première partie de cet interview ici.

 

 

 

 

6.    [EC] Quel est ton rapport à la lecture et à l’écriture dans la vie de tous les jours ? Peux-tu encore apprécier un roman sans remettre ta casquette de professionnel ?

Ha ! Impossible de retirer cette foutue casquette !
Quand on passe du statut de lecteur à celui, disons, d’amateur de littérature, on subit forcément un mini-traumatisme. Le mien se place alors que j’allais au collège, en 5e ou 4e. Notre prof de français voulait nous donner un avant-goût de l’analyse littéraire. Notre cobaye était la scène du seau de Cosette dans Les Misérables. Ce jour-là, j’ai découvert qu’un texte pouvait se démonter comme un lego ; que l’on pouvait fouiller dedans, l’expliquer ; bref, le critiquer. On se dit qu’on ne pourra plus jamais lire, après une telle découverte. Que le vilain prof a « tout cassé la machine ». Et puis, le besoin se fait quand même trop fort… On retourne au livre. On lit autrement. On prend un autre plaisir, plus rare, mais plus vif.
Plus tard, j’ai découvert que l’on pouvait non seulement critiquer un texte, mais aussi l’évaluer ; avoir une opinion sur sa qualité. C’est au boulot, chez l’éditeur, que j’ai appris cela. Et j’ai aussi découvert que construire, formuler son avis, est une activité passionnante ! Je trouve d’ailleurs que l’on ne se permet plus assez de critiquer les textes, dans notre pays – je veux dire les critiquer vraiment – et c’est immensément dommage.
Alors oui, je ne peux plus lire un texte, désormais, sans me poser en permanence diverses questions : est-ce que l’auteur dit les choses de la meilleure façon pour son projet ? Où veut-il aller ? Y arrivera-t-il ? Telle scène est-elle cohérente avec telle autre ? Ce trait de caractère, ce terme, ne l’ai-je pas déjà vu au chapitre d’avant… ? Je prends assez rarement mon pied en lisant un texte, mais quand je tombe sur une réussite, le plaisir est d’autant plus grand. Un de mes plus récents bonheurs de lecture a été Les femmes de Lazare, de Maria Stepnova ; roman que j’ai lu il y a 6 mois.
J’essaie de ne pas la ramener : je ne donne pas mon avis si on ne me le demande pas. Quand je le donne, je ne fais que des critiques argumentées. Et je formule peu d’opinions subjectives, je ne porte pas de jugements sur l’intention de l’auteur.
Tu n’imagines pas à quel point les manuscrits que l’on me donne à commenter sont différents. Eh bien quelle que soit l’idée forte, l’envie de l’auteur, je l’adopte pour la durée du travail, même si mon parcours personnel m’amène à l’opposé. Je pousse le texte où il veut aller, jusqu’à révéler l’auteur à lui-même…

7.    [EC] Peux-tu nous livrer ton meilleur et ton pire souvenir de comité de lecture ?

Nous avions un fonctionnement assez light, puisque nous étions une petite structure… Petite par le nombre de parutions, hein ; pas par le nombre de manuscrits reçus ! De ce côté-là, nous étions inondés, comme tous les éditeurs du pays.
Donc, nous n’avions pas vraiment de comité. Nous étions plusieurs personnes à la première lecture : le dirigeant, moi-même et nos éventuels stagiaires. Quand le texte passait cette première lecture, il y a au moins une deuxième personne qui le lisait. Parfois, nous passions encore le manuscrit à un lecteur d’autorité ; c’était le cas pour les quelques projets jeunesse que nous sortions chaque année : nous préférions avoir l’aval d’un enseignant ; l’espoir, quand on publie un livre jeunesse, est toujours qu’il soit remarqué par un prof ou un instit, et qu’il soit signalé dans les réseaux professionnels…
Il n’y avait pas de réunion de comité. Simplement, quand nous avions fini une lecture, nous profitions d’un moment de discussion, le matin avant d’attaquer, ou à midi, autour de la gamelle, pour en parler aux autres. Puis le dirigeant prenait sa décision et mettait en route la machine, refus ou publication.
J’ai donc de nombreux souvenirs de lecture de manuscrits, bons et mauvais, mais peu de souvenirs de comité.

8.    [EC] Quel est ton point de vue sur les trois modes d’éditions courants (compte d’éditeur, compte d’auteur et auto-édition) ?

J’ai donné en son temps sur mon site ma position sur le sujet, et elle n’a pas vraiment changé.
J’ai un avis assez pragmatique sur le compte d’auteur, car il m’arrive de réaliser moi-même le livre d’un client, après l’avoir ou non conseillé sur le texte. Néanmoins, je ne me proclame pas « éditeur » comme des confrères qui ont moins de scrupules. J’ai été éditeur. Aujourd’hui, j’appartiens à un autre maillon de la même chaîne du livre.
Il y a une certaine psychose du compte d’auteur en France. Beaucoup d’auteurs sont soit totalement ignorants du fonctionnement de l’édition (et donc vulnérables aux discours des escrocs), soit farcis de préventions… Et nous savons que la peur paralyse, et fait commettre d’autres sortes d’erreurs. À cet égard, je trouve que l’action du CALCRE, même si elle était nécessaire, a aussi bien dégradé l’image globale des éditeurs auprès des auteurs ; image qui n’avait franchement pas besoin de cela.
Pour moi, compte d’auteur et auto-édition sont peu ou prou la même chose. La question primordiale, en effet, est bel et bien « Qui prend le risque ? » Et dans le compte d’auteur comme dans l’auto-édition, tout comme dans les contrats participatifs (où c’est surtout l’auteur qui « participe »), dans tous ces modèles, c’est l’écrivain qui prend le risque.
La seule différence est que dans l’auto-édition, l’auteur cherche lui-même chaque prestataire, et tâche d’effectuer tout seul un maximum de travail éditorial. Dans le compte d’auteur au contraire, tu as un prestataire qui conduit le dossier. L’argument de « rester libre » quand on s’auto-édite n’est guère pertinent, pour moi : tu peux rallier Paris-Strasbourg à pied ou en train. Si tu y vas à pied, tu ne dépendras pas du conducteur de la loco, OK. Mais toutes les autres contraintes demeureront : garder le cap à l’est, dépenser de l’énergie, et de l’argent (pour tes chaussures, pour le gîte, le couvert…) Tu ne dépendras pas du conducteur de la loco, mais tu arriveras les pieds en sang, et tu auras bien moins envie de visiter la ville.
Il y a aussi, c’est vrai, de meilleures perspectives de revenus avec l’auto-édition… à condition que l’on possède certaines qualités commerciales.

Alors donc, compte d’auteur ou compte d’éditeur ? Je pense que chaque formule est idéale dans certains cas. Le compte d’auteur est parfait pour des livres qui ne visent pas le « lecteur inconnu » des librairies. Je rédige des biographies personnelles, et je réalise les exemplaires « à compte d’auteur », à l’usage de l’entourage de la personne. Comme j’ai été éditeur, je sais réaliser des objets-livre de « qualité librairie » ; mais ces livres n’arrivent jamais en librairie.
Il m’arrive de travailler pour des écrivains de fiction qui, de la même façon, ne visent pas le « lecteur inconnu ». Ils me demandent un avis de lecture, établi avec mon exigence habituelle, puis me font réaliser l’ouvrage en petit tirage. Ils diffusent le livre dans leur entourage et dans leur cercle d’amis. La reconnaissance du public ne les intéresse pas : le livre, pour eux, est un cadeau, un fil de plus dans le tissu de l’amitié.

Et l’édition à compte d’éditeur, alors ? Pour moi, elle seule te garantit la reconnaissance. Écrire un texte capable d’intéresser un éditeur, de lui faire mouiller sa chemise, parier de l’argent dessus, voilà qui est extrêmement gratifiant. J’ai été dans la tranchée d’en face, j’ai publié à compte d’éditeur. J’ai vu l’effort qu’il y a dans chaque livre. J’ai ressenti la déception, la peine pour mes espoirs gâchés, quand un titre ne « marchait » pas ; j’ai ressenti la joie et la fierté quand un livre décollait. Aucun éditeur à compte d’auteur, à mon avis, ne connaît cela.
Pour un auteur, signer un contrat à compte d’éditeur, ce n’est pas seulement, comme je le lis parfois sur les forums, « économiser de l’argent ». C’est trouver un allié, un formidable allié, le témoin le plus indiscutable de la reconnaissance de son travail.

9.    [EC] Plutôt papier, ou plutôt numérique ?

Je vais te donner mon opinion de lecteur et d’auteur mélangés.
Je suis plutôt papier, ma foi. Même si j’ai été publié en numérique par un éditeur pionnier, en 1999. Qui s’est cassé la figure entretemps. Il ne fait pas bon être pionnier, parfois.
Je suis papier, mais ce n’est pas pour les raisons sentimentales que l’on répète en boucle (le toucher sensuel de la feuille, l’odeur affriolante de l’encre fraîche, le froissement presque sexuel des pages tournées… J’arrête ! De toute façon ça ne me fait rien ! Non ! Rien du tout !)
Non, mes raisons sont plutôt du côté symbolique : j’ai du mal à me savoir dépendant d’une source d’électricité pour lire. Et puis dans mon idée, 1 livre = 1 objet. Les bibliothèques entières stockées dans une liseuse sont pour moi comme des fantômes de livres.
Mais la raison principale vient surtout, je pense, de mon parcours professionnel. L’édition est affaire de risque. J’admire la prise de risque sur un livre. C’est pourquoi j’ai plus de considération pour le petit éditeur que pour le gros ; pour l’éditeur à compte d’éditeur que pour l’éditeur à compte d’auteur ; et pour l’éditeur papier que pour l’éditeur numérique.
Le procédé numérique supprime une grosse incertitude dans le modèle économique : le tirage. Un éditeur numérique n’a pas à se demander combien il va imprimer, si ça suffira, où sera son point mort… À effort égal, publier un titre de plus est bien plus anodin pour un éditeur numérique que pour un éditeur papier. La question du « Je fais ou pas ? » est bien plus vite tranchée.
Je dis peut-être une bêtise, quelqu’un me détrompera alors dans les commentaires, mais voilà : puisque les incertitudes liées au tirage ne le concernent pas, le domaine où l’éditeur numérique devrait prendre des risques est celui de la communication et de la diffusion. Disons-le autrement : si l’éditeur numérique avait l’esprit aussi joueur que l’éditeur papier, il investirait plus fortement dans la communication sur ses parutions (quitte à ce que le prix du livre numérique rejoigne celui du livre papier).
Or, il ne me semble pas que c’est le cas : lorsque l’on entend parler de livres numériques, il s’agit soit de titres auto-édités dont l’auteur a construit tout seul le succès, soit de la variante numérique d’un titre papier. Je ne connais pas de pur succès numérique actuel dans l’édition de fiction. Tant que je ne verrai pas un phénomène de ce genre, je ne croirai pas au numérique.

10.    [EC] Le mot de la fin ?

Hum. Difficile après des questions aussi diverses.
J’aime beaucoup le concept d’[Espaces Comprises], que je suis depuis le début. Le plus souvent, les auteurs qui ont une présence sur Internet parlent surtout d’eux-mêmes. Vous avez le courage, sur EC, de parler boulot, et de confronter vos points de vue.
Je profite donc de cette interview pour vous remercier d’être là, avec vos partis-pris et votre honnêteté.

Et donc, le mot de la fin ? Comme on dit dans le pays des toasts : завашездоровье!


Retrouvez Nicolas sur son site Écriture (tiret) livresFacebookTwitter, ou Hub Viadeo.

[EC] tient à remercier Nicolas pour sa chaleureuse contribution et le temps qu’il a bien voulu nous consacrer. Le questionnaire été… pour le moins chargé 😉

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Nicolas Kempf, l’interview (1/2)

nkempfAuteur, scénariste BD, éditeur, correcteur et même relieur, Nicolas Kempf est la quintessence du monde du livre.

[EC] a le plaisir de s’entretenir avec lui pour vous dévoiler quelques conseils et partager le point de vue d’un homme du milieu sur certains sujets propres à l’édition.

 

1.    [Espaces Comprises] Nicolas, pourrais-tu te présenter, toi et ton parcours dans le monde de l’édition ?

Après quelques années en fac de lettres, j’ai été embauché (le 11 septembre 2001 !) dans une maison d’édition régionale. Nous avions la chance de publier des auteurs en résidence, ce qui fait que j’ai côtoyé des « pointures » comme si j’avais eu un bureau rive gauche à Paris.

Comme nous étions une petite équipe, j’ai dû me frotter à toutes les tâches d’une maison d’édition. Manutention, correction, représentation presse, organisation événementielle, secrétariat, comité de lecture, compta, visite de libraires, rédaction d’argu et de 4e… Chaque journée était une pure surprise. En 2009, j’ai racheté l’entreprise avec un ami, et j’ai donc porté officiellement la casquette d’éditeur.

Depuis 2011, j’ai changé de couvre-chef, même si je reste dans le même secteur : je suis installé comme prestataire dans le domaine de l’écrit.

À côté de cela, je suis aussi auteur et scénariste BD.

Et je suis relieur amateur.

Et puis je conçois des maquettes en papier… Bref, tout ce qui touche au livre et au papier me passionne.

2.    [EC] En quoi consiste ton activité de « conseiller en écriture » ?

C’est vrai, dans mon métier de prestataire de l’écrit, j’ai une spécialité rare : le conseil aux écrivains.

Je propose aux écrivains le même genre de services que j’assurais dans notre maison d’édition.

Si tu fais relire ton manuscrit avant de le soumettre, par une personne au regard professionnel, et que tu le reprends en conséquence, celui-ci sera bien plus solide lorsque tu le lâcheras dans l’arène. Demander l’avis de lecture d’un professionnel, payé pour être impartial, augmente tes chances d’être publié.

Par ailleurs, je travaille actuellement sur une autre offre, pour ceux qui cherchent des conseils plus spécifiques. Je passe mon temps sur mes fourneaux et mes cornues pour mijoter ce nouveau produit… Tout ceci arrivera en septembre, mais chut !

3.    [EC] Quels sont pour toi les 5 ingrédients principaux d’un bon manuscrit ?

Nous parlons bien d’un manuscrit, c’est-à-dire d’un texte proposé à la publication, et qui est censé séduire un éditeur

Selon moi, il doit, dans l’ordre, être :

Pertinent, et correspondre à ce que fait l’éditeur. Bien sûr, chaque manuscrit est un prototype, et s’éloigne forcément, d’une manière ou d’une autre, de la ligne éditoriale toute tracée. C’est même un plaisir et une angoisse, pour l’éditeur, de se demander à chaque fois : « Est-ce que c’est pour nous ou pas ? Je le tente ? » Cela dit, le texte doit quand même raisonnablement correspondre à ce que publie déjà la maison.

Abouti ; un manuscrit est un texte complet, dactylographié et relativement propre. Je précise que la typographie se corrige, comme l’orthographe.

De qualité, et je parle ici de qualité relative, pas du goût absolu. La qualité pour XO n’est pas la même que pour Viviane Hamy. Un bon roman de terroir comporte certains ingrédients, une saga de fantasy en comporte d’autres…

Original : même un texte « de genre », qui s’inscrit dans un faisceau de codes, doit comporter un élément original et nouveau. Le public de la maison d’édition aime certes retrouver ses repères au fil des parutions, mais il veut aussi lire du nouveau. Exemple (inspiré d’une situation vraie) : un polar breton qui met en scène Sherlock Holmes à Saint-Malo, voilà qui serait original. Un deuxième polar breton qui mettrait en scène Arsène Lupin à Rennes… bof bof.

C’est par ce critère que le manuscrit va parler à la subjectivité de l’éditeur. Le nouveau, l’inédit ne se chiffrent pas dans un business plan. Et pourtant, auteurs, éditeurs, lecteurs commettent des bassesses pour « trouver du nouveau ».

Dans l’air du temps : selon les éditeurs, ce critère se place plus ou moins haut dans la liste. Un projet est meilleur quand il arrive chez l’éditeur au bon moment.

Notre quotidien regorge d’actualités, de « faits de société ». Notre mémoire garde trace d’événements, de symboles collectifs, parfois abondamment commentés par les livres, parfois à moitié oubliés, mais prêts à resurgir… À chaque groupe ses symboles et ses centres d’intérêt ; certains sujets touchent toute la population. C’est un ami éditeur qui m’a ouvert les yeux sur cette question, il y a peu : un manuscrit aura plus de chances d’intéresser s’il fait, ainsi, résonner une corde dans l’inconscient collectif.

4.    [EC] Quel est ton top 5 des éléments indispensables à faire / soigner / inclure dans un dossier de prospection éditoriale ?

Penser à joindre un dossier à son envoi est déjà super !

Lorsque j’établis un dossier pour un client, je donne la priorité aux éléments qui vont faciliter et accélérer la prise de décision de l’éditeur.

J’y fais donc figurer des informations techniques (caractéristiques du projet) et éditoriales (résumé, note d’intention…) Ensuite viennent des éléments sur l’auteur, choisis selon leur intérêt pour l’éditeur : parcours personnel, littéraire, disponibilité…

Je pourrais rajouter d’autres points, mais en ce qui me concerne, j’essaie de maîtriser le volume d’informations qui figurent au dossier. Je constate à l’usage qu’un dossier trop épais s’avère décourageant. Un comble, quand ce document est censé épauler la prise de décision.

5.    [EC] Si tu devais donner 5 conseils à un auteur en herbe pour faire face à la critique, quels seraient-ils ?

Aaaah ! C’est une excellente question ! Je vais répondre principalement sur la critique négative, puisque c’est à celle-ci que tu penses, sans doute.

Être prêt au pire, agir pour le meilleur : quand tu envoies ton texte à ton conseiller littéraire, tu es plein d’espoir. Tu rêves toujours un peu de recevoir en retour une brassée de compliments. Or, c’est rarement le cas ; non pas parce que les conseillers littéraires sont de vilains aigris. Non pas parce que tu es en dessous de tout, et irrécupérable pour l’écriture ; mais simplement parce que les avis positifs ne servent pas à grand’chose pour le travail technique.

C’est là d’ailleurs un point délicat à gérer pour nous, en termes de psychologie métier : nos clients nous paient pour recevoir des critiques…

Quand tu me remets ton manuscrit, tu dois t’attendre à ce que je braque les projecteurs sur les points d’amélioration. Malgré cela, à cause de cela, tu dois mettre le meilleur de toi-même dans son texte. Le conseiller littéraire, dans le cadre de sa prestation, pointe les difficultés les plus gênantes ; si ce sont des difficultés basiques, elles occulteront peut-être des points plus avancés, qui seront peu ou pas abordés.

Distinguer la main qui écrit et l’esprit qui juge : il faut apprendre cette schizophrénie de l’artiste. Tant que tu es celui qui crée, qui invente, tu es tout-puissant et invulnérable. Tandis que tu écris, tu es l’œuvre, et rien que l’œuvre.

Mais l’écriture de livres demande bien d’autres tâches que la création pure. En dehors des phases de création, tu dois être juge de ton texte. Le conseiller littéraire se penche, à tes côtés, sur lui. Sur une œuvre qui n’est pas de lui. À ce moment précis, elle n’est pas de toi non plus.

Se donner le temps de la digestion : recevoir l’avis de lecture est rarement un moment agréable. Tu dévores avidement le commentaire, et en même temps, tu voudrais le survoler, ne pas voir de trop près les critiques négatives. Ton conseiller voit tout, tout ce que tu avais, peut-être inconsciemment, poussé sous le tapis… Tu voudrais chantonner très fort pour couvrir cette voix agaçante…

Il est important d’aller au bout de cette première lecture. Ensuite, laisse-toi le temps de la digestion : tu vas de toute façon ruminer ce que le conseiller t’a écrit. Tu vas débattre avec lui en pensée, tu vas lui en vouloir, lui faire des concessions, des objections… Prends le temps de ce dialogue imaginaire.

Quand tes pensées commenceront à tourner en rond, quand tu commenceras à oublier les détails de l’avis, il sera temps d’y revenir. Tu seras parvenu à sortir de ton texte, de ton appartenance viscérale à ton texte. C’est seulement là que cet avis de lecture deviendra hautement bénéfique pour toi.

Souvent, à ce stade, mes clients revenaient vers moi pour avoir, en chair et en os, la discussion fantasmée. Les questions, les arguments avaient eu le temps de se décanter dans leur esprit. J’ai fini par inclure dans ma prestation un moment officiel de « debriefing » pour répondre à ce besoin de dialogue.

Faire un plan de retravail : Mes avis de lecture comportent des remarques sur plusieurs niveaux, qui appellent des interventions plus ou moins longues et complexes. Voilà pourquoi je suggère, à la fin de l’avis, des pistes de retravail.

Quoi qu’il en soit, laisse passer la période de digestion, puis réfléchis aux remarques et conseils que tu prendras en compte, et ceux que tu rejetteras. Une fois que tu sauras ce que tu vas changer, organise-toi ! Certaines modifications te demanderont juste un remplacement auto dans le traitement de texte ; d’autres réclameront un peu de cogitation, et plusieurs soirées d’écriture. Certaines tâches ne pourront se faire qu’après certaines autres, sous peine de gâcher tes efforts… Fais-toi un plan d’action. Remets-toi aux manettes, reprends ta place dans le fauteuil de l’amiral.

Savourer la critique positive : dans la page 1 de mes avis, j’indique les points de retravail, mais aussi les principaux points positifs. Nous avons tous des points forts, et il est bon de les connaître ; c’est le mur contre lequel nous adosser.

Si la critique qu’on ta rendue ne comporte pas ce type d’information, à toi de la synthétiser. Entre deux moments de discussion imaginaire avec ton sacré bon sang de foutu maudit conseiller littéraire, demande-toi pourquoi tu fais tout cela. Pourquoi tu as pris un avis. Quels progrès tu veux faire. Pourquoi tu écris, comment tu imagines le jour de ta publication… Tes motivations, ton élan, sont ce qui existait avant tout le reste. Remets-les toi en mémoire. Et tu verras mécaniquement cet avis de lecture si obsédant prendre la place qui est la sienne : un coup de fouet, une marche un peu haute à franchir dans ton parcours d’écrivain. Rien de plus, et rien de moins.


Retrouvez Nicolas sur son site Écriture (tiret) livresFacebookTwitter, ou Hub Viadeo.

Dans la seconde partie de cet entretien, Nicolas nous parlera de lecture, des différents modes d’édition, et de « papier vs numérique »… Tout un programme, ne manquez pas la publication de mercredi prochain.

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Comment réduire son texte sans l’altérer (mise à jour, mai 2016)

Jeune auteure belge, Oriane nous propose ses trucs et astuces pour réduire son texte sans l’altérer. Elle est, entre autres, animatrice d’ateliers d’écriture et d’oralité, organise et coordonne des événements axés sur la poésie et le slam.
Cette compilation a été publiée une première fois sur le blog de feu le forum Le Co-Lecteurs.
(NB : les exemples sont retirés de son propre manuscrit.)

1) Les définitions bien cachées

Plusieurs mots peuvent tout simplement signifier un seul.

Elle cherchait des éléments de réponse qui lui permettraient de faire le tri entre sa quête de compliments, et les pensées réelles de Denis.

Ici, « éléments de réponse » = indices. Donc, cela devient :

Elle cherchait des indices qui lui permettraient de faire le tri entre sa quête de compliments, et les pensées réelles de Denis.

2) Suppression d’actions évidentes

Il y a des choses qu’on note, et puis il faudrait être capable de se dire que le lecteur a un cerveau.

Elle profita de ce moment de répit pour se détendre, avant d’entamer le sujet qui la préoccupait.

D’office, le lecteur va comprendre qu’elle entame le sujet qui la préoccupe, sur les lignes suivantes… Bref, je décris une action qui a déjà bel et bien lieu, dans l’écriture, même si elle n’est pas décrite avec les mots.

3) Tout est relatif…

« c’est… qui… »
Parfois, les phrase débutant avec « c’est » et un « qui » au milieu nous viennent à l’esprit, sans songer qu’ils s’annulent presque. Observez :

C’est cette force dans le regard qui vous donne un air rêveur…

Cette force dans le regard vous donne un air rêveur…

Alors à moins que l’insistance soit de mise, veillez-y. Autre exemple :

Ce n’est pas votre famille qui est sur cette photo, que je sache.

Ce n’est pas votre famille sur cette photo, que je sache.

Autre suppression du « qui » ou « que », avec les verbes. De manière générale, on emploie trop de qui-que-quoi dans un premier temps, il faut les remettre après en question. Souvent, vous avez vu, ils sont superflus. Une seule phrase, avec plusieurs pronoms relatifs, devient vite lourde. À employer avec parcimonie.

4) Les compléments qui ne complètent rien

Temps, forme, lieu… Il est parfois inutile de rappeler que le personnage est dans une cuisine alors qu’il goûte un plat, ou de mettre, comme j’ai eu la bêtise de le faire…

Il se tut un temps, dos tourné à Lena.

« un temps », ça veut dire quoi, « un temps » ? On se doute qu’il ne se tait pas durant une heure… sinon on l’aurait précisé.
Il faut toujours se souvenir qu’une précision n’est nécessaire que si elle sort des archétypes du lecteur. On ne va pas dire qu’un ballon est rond, le lecteur se l’imagine tel quel quand on dit « ballon », mais on va préciser s’il est plat. Les pléonasmes se cachent parfois mieux que le « petit nain ».

5) Être ou ne pas être…

Nous abusons du verbe être. Et d’autre verbes « ternes » aussi : faire, avoir… M’enfin, « être », c’est le plus vicieux. Il est tellement petit, tellement passe-partout. Voyez, je n’avais même pas songé à cela :

Lena était derrière la porte-fenêtre. Elle guettait son arrivée, une tasse à la main…

Derrière la porte-fenêtre, Lena guettait son arrivée, une tasse à la main…

Ce petit « était » avait ralenti mon rythme plus que je ne l’imaginais ! Attention, donc.

6) Vous en reprendrez peut-être une couche ?

Quand on veut faire peur, rendre triste, enfin les émotions bien vives, les superlatifs ne sont pas juste des « très » « un peu » « trop » en trop. Il y a aussi l’art de répéter l’émoi sur plusieurs phrases, instant où le lecteur se dira sans doute « bon ça, j’ai compris, hein ! », mais pas nous…
Voyez, après des dizaines de correction, je me retrouve à isoler cette phrase, perplexe :

…amena sa peur à son maximum : il courut à pleine vitesse hors de cette pièce maudite.

Autant écrire ceci :

…amena sa peur à son maximum : il courut hors de cette pièce maudite.

Au début, on est pris dans l’émotion à transmettre, mais une fois transmise, nul besoin de grossir tout le temps les traits.

7) Oh, mince ! Vous avez dû oublier !

On aime bien dire un truc que le lecteur a vécu. On ‘sait jamais, en deux chapitres, il a sans doute oublié le contenu de l’un d’eux ! Mais oui ! Bon, c’est un peu exagéré, non ? Mais on ne peut pas s’en empêcher, on veut tellement faire retenir tous les détails de son scénario trop bien ficelé ! Ce qui peut donner des choses telles que :

Lena avait décidé de cuisiner pendant quelques jours, vu que Denis avait géré tous les repas durant sa période de maladie.

Au début, on se dit, c’est bien de donner le pourquoi du comment de tout. Mais en fait, le lecteur, il était là durant le congé maladie, il a tout vu. Au mieux, contentons-nous de donner la période de référence, mais y redire ce qui a été fait, c’est une perte de temps et de place sur sa page.

Lena avait décidé de cuisiner pendant quelques jours, pour rattraper sa période de maladie.

8) Tourne la phrase sur son meilleur profil

Un même passage, avec une tournure à laquelle on pense d’abord, peut être réduit simplement en changeant les dispositions.

…il est difficile de l’approcher de près.

devient :

…l’approcher de près est difficile.

Et hop ! Un « il » et un « de » en moins !

9) Deux phrases pour le prix d’une

On aime tellement mettre des points, faire court, des phrases qui ne font pas une ligne sur Word… mais parfois, cela engendre des verbes inutiles.

Le cercle était sans fin. Il fallait le briser au plus vite pour leur bien.

Il fallait briser au plus vite ce cercle sans fin, pour leur bien.

10) Mais pourquoi pour ?

Parfois les « pour » sont un inutile réflexe.

Lorsqu’il revint pour souper avec les trois sœurs,…

Lorsqu’il revint souper avec les trois sœurs,…

11° Je peux, dites ? Non, tu dois !

Les verbes « pouvoir » et « devoir » se glissent parfois comme une hésitation de l’auteur discipliné, plutôt qu’une nécessité dans le texte. Exemple relevé dans le tome 2 de ma trilogie :

Le collègue doit d’abord mettre des arrivants sur le côté, le temps de sortir avec des gants le contenu du sac.

Le collègue met d’abord des arrivants sur le côté, le temps de sortir avec des gants le contenu du sac.

Comme on peut le voir, pardon !, comme on le voit ici, la phrase s’allège sans perdre du tout l’intention, une fois ce « devoir » viré. Car il est évident qu’en mettant ces personnes de côté, il fait ce qu’il doit.

À vos corrections !

Publié le 21 janvier 2015
Mis à jour le 15 mai 2016

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