Nous avons vu l’importance de réviser la forme, et la semaine dernière nous avons parlé des corrections de style et de rythme (les points objectifs, du moins). Aujourd’hui, il reste la partie la plus simple… Celle que tout le monde s’imagine lors qu’on parle de « correction », à savoir : la partie technique (orthographe, grammaire, typo). Elle est bien sûr la plus référencée et la plus rigide, attardons-nous sur les aspects les plus récurrents.
La typographie (ref1, ref2, ref3, ref4)
La typographie est régie par des règles très strictes. Les plus bafouées sont celles liées aux dialogues. Les changements de locuteurs sont annoncés par un tiret cadratin (et non par un simple trait d’union) ET un alinéa. L’usage des guillemets est considéré comme ancien. Les incises après une ponctuation de dialogue commencent par une minuscule même après des points, points d’exclamation ou d’interrogation.
John s’arrêta, se tourna vers Mary et lui dit :
« C’est tout de même dingue ! Cria-t-il.
– Quoi ? Demanda Mary en levant un sourcil.
– Ben cette histoire de… Comment t’appelle ça déjà, là ?
– D’ordinateurs ?
– Ouais, les ordi trucs… C’est vachement plus rapide que le boulier, tout de même. »
John s’arrêta. Il se tourna vers Mary.
— C’est tout de même dingue ! cria-t-il.
— Quoi ? demanda Mary en levant un sourcil.
— Ben cette histoire de… Comment t’appelle ça déjà, là ?
— D’ordinateurs ?
— Ouais, les ordi trucs… C’est vachement plus rapide que le boulier, tout de même.
Je ne peux résister à un petit aparté sur l’accentuation des majuscules. J’en suis un fervent pratiquant depuis mon séjour au Canada. Sachez que l’habitude prise en France de ne pas accentuer les majuscules… est fautive ! L’Académie française elle-même considère que l’accent a pleine valeur orthographique et l’imprimerie nationale tire ses ouvrages avec majuscules accentuées.
La ponctuation (ref)
Le placement des espaces est souvent bafoué. Alors retenez qu’il n’y a pas d’espace devant une virgule, un point et les points de suspension. Il y a une espace insécable devant le point-virgule, les deux-points, le point d’exclamation et d’interrogation. Pas d’espace à l’intérieur des parenthèses ni des guillemets à l’anglaise (« blabla »). Par contre des espaces insécables à l’intérieur des guillemets à la française (« blabla »).
La conjugaison des verbes (ref1, ref2, ref3, ref4)
Le terrible « je » :
Tout écrivain s’y laisse prendre un jour ou l’autre. Vérifiez bien toutes vos terminaisons pour les occurrences de la première personne du singulier au passé simple et à l’imparfait des verbes du premier groupe (personnellement, je remplace par « il » pour confirmer les formes au passé simple).
Fidèle à mes principes, je voyageais comme un reclus. Les pèlerins passèrent par la route du Nord, mais j’empruntais celle passant par la vallée, seul avec mes pensées. => Fidèle à mes principes, je voyageais comme un reclus. Les pèlerins passèrent par la route du Nord, mais j’empruntai celle passant par la vallée, seul avec mes pensées.
Concordance des temps :
C’est une marque de maîtrise des auteurs avertis que de pouvoir manier la concordance des temps entre proposition principale et subordonnée selon le temps du récit et la chronologie des actions. Petit tableau récapitulatif :
|
Verbe principal |
Chronologie |
Verbe subordonné |
| présent de l’indicatif | Antériorité | Temps du passé, imparfait, plus-que-parfait. De l’indicatif au subjonctif. |
| simultanéité | Présent de l’indicatif. Présent du subjonctif. | |
| postériorité | Futur indicatif. Présent subjonctif. | |
| passé de l’indicatif | Antériorité | Plus-que-parfait. Indicatif ou subjonctif |
| simultanéité | Imparfait. Indicatif ou subjonctif | |
| postériorité | Conditionnel présent. Imparfait du subjonctif. | |
| futur de l’indicatif | Antériorité | Temps du passé, imparfait de l’indicatif. |
| simultanéité | Présent de l’indicatif ou du subjonctif. | |
| postériorité | Futur de l’indicatif. Présent du subjonctif. | |
| conditionnel présent | Antériorité | Plus-que-parfait du subjonctif |
| simultanéité | Imparfait du subjonctif | |
| postériorité | Imparfait du subjonctif. |
Mon avis de lecteur :
Une forme fluide me permet de lire et profiter pleinement du récit. Je n’ai rien contre un style qui se démarque intelligemment, mais si c’est au détriment du rythme et que cela m’oblige à faire des allers-retours dans les paragraphes pour m’assurer d’avoir bien compris, je perds vite patience.
Mon avis d’auteur :
Les aspects purement techniques ne sont pas à discuter. Par contre, oui, j’ai toujours un peu peur de lisser mes écrits, de « faire comme tout le monde » en suivant les quelques règles stylistiques mentionnées. « Ne vais-je pas écrire un bouquin insipide ? » fut longtemps une question qui me taraudait. MAIS l’expérience me prouve que je produis des textes de bien meilleure qualité en suivant ces quelques règles (ou en jouant à bon escient avec, ce que je ne pouvais pas faire avant de les connaître). Je ne suis pas borné au point de les ignorer sous couvert de « création artistique », donc j’y prête toute mon attention lors de la correction.
Je peux ainsi investir mon énergie dans le genre, le type de vocabulaire et les champs lexicaux, la structure de l’ensemble ou des parties, les figures stylistiques et syntaxiques. Avouez que cela laisse de quoi faire, non ?
La phase de relecture corrective orthographique et grammaticale (approfondie)
Chassez la moindre faute, traquez la moindre coquille, histoire de ne pas aboutir à des phrases à doubles verbes du genre « il se présenta arrivait à l’heure » ou avec des conjonctions manquantes type « Il prit le sac lui avait laissé ». Nikkos a su laisser quelques perles comme celles-ci au long de son récit, très croustillant à la lecture…
=> Vos meilleurs outils pour cette phase restent encore un bon dictionnaire et un Bescherelle (Lexilogos, le conjugueur, le dictionnaire gratuit TV5-Mediadico). Je ne peux que vous conseiller l’usage de l’application Antidote. C’est de loin la meilleure suite de correction sur ordinateur qu’il m’ait été donné d’utiliser. Elle vous épaulera efficacement dans vos corrections de base en plus de vous offrir des références encyclopédiques et autres outils tels un dictionnaire de synonymes / antonymes, l’analyse du texte, des citations, les références de conjugaison…
Merci d’avoir tenu jusque-là, on se retrouve la semaine prochaine pour conclure.

Exemples :
Elles plombent rapidement un style et, pour le lecteur, marquent un manque de vocabulaire certain. Chassez donc les répétitions de mots (surtout les adjectifs, noms et flexions un peu rares. Une répétition de « mains » passe plus inaperçue que pour « transigeance »), de pronoms (surtout en début de phrase, les « il / elle » sont des tueurs, variez avec les noms ou autres appellations de vos sujets), de style (remplacer « comme » par « ainsi que », « tel que », « à l’instar de » ne changera pas le fait qu’il y a répétition de formes comparatives dans le texte. De même, faites attention à l’usage trop fréquent de métaphores).
La nature de certains verbes est floue. Or, l’écriture d’un roman doit être ciselée et précise. Sans les bannir systématiquement (des passages peuvent avoir besoin d’entretenir une certaine confusion. Et si vous écrivez pour la jeunesse, leur présence est beaucoup plus logique), posez-vous toujours la question en rencontrant « faire », « sembler », « paraître », « commencer », « pouvoir », « devoir », « aller », « dire » si un verbe plus précis ne pourrait pas être utilisé. Deux verbes sont à chasser encore plus drastiquement, car leur usage en tant qu’auxiliaire apporte de surcroît un souci de répétition, j’ai nommé nos fameux « être » et « avoir ». (Je parle bien de réduire à peau de chagrin leurs formes verbales, pas leur usage en tant qu’auxiliaires qui est lié le plus souvent à la conjugaison des temps composés).
Il y a des formes comme celle que je viens d’employer qui, si elles se prêtent à des papiers un peu techniques ou journalistiques, sont d’une platitude absolue dans un roman. Fuyez comme la peste les phrases débutant par « Il y a » (et ses déclinaisons « Il y avait », « Il y eut », « Il y aurait »…) ou « C’était » (et ses déclinaisons « C’est », « Ce fut », « Ce serait »…)
Écrire est très similaire à faire de la musique et le meilleur conseil que je puisse vous donner pour cette partie corrective de la forme c’est de vous relire à haute voix (vous sentirez mieux la fluidité, les apnées, les saccades…).
Un bon morceau de musique sait jouer avec le rythme et la tonalité. À l’écrit, il faut savoir, de même, alterner pour appuyer une description ou porter la charge dynamique d’une action. Raccourcissez les phrases à rallonge truffées d’incises multiples et d’imbrications de subordonnées, elles alourdissent inutilement. Gardez un œil sur les longs passages découpés au hachoir, ils n’ont leur place que pour porter une action forte, et même là, il faut savoir ménager des pauses, ou votre lecteur s’essoufflera.



