Petit manuel d’escroquerie à l’usage des auteurs malhonnêtes qui se lancent, 1ère partie

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Prérequis :

  • un roman (n’importe lequel, le vôtre, c’est mieux) ;
  • des dents qui labourent la moquette ;
  • un ego surdimensionné ;
  • être prêt à tout.

Pas prérequis :

  • du talent ;
  • un BON roman ;
  • un roman CORRIGÉ (ou du moins sans trop de fautes dedans)→ gardez vos sous pour votre promo, c’est plus utile.

Pas prérequis mais bien quand même :

  • des sous ;
  • des comptes Facebook et Twitter ;
  • des amis (plein d’amis, vrais ou pas).

Vous venez d’écrire un roman, c’est la huitième merveille du monde, vous en êtes tellement fier que vous êtes prêt à tout pour le faire connaître, même à vendre votre âme au diable et à sacrifier des chatons ? Bien.

Votre roman a été refusé par les maisons d’édition, ou a été accepté avec enthousiasme par des maisons du style Dagobert ou Editetonlivre ? Aucun problème.

Comme nous l’avons déjà vérifié dans les prérequis, vous êtes prêt à tout. Et à présent, à l’ère du livre électronique, le « tout » est beaucoup moins contraignant qu’avant.

Vous publiez donc votre roman, pardon, votre chef-d’œuvre, sur Amazon en autoédition. Mais maintenant, que faire ? Votre roman est tout en bas du classement Kindle, qui le verra ?

Ne vous découragez pas, d’autres sont passés par-là avant vous. Notez que les exemples que je cite ici s’appliquent à Amazon, mais il va sans dire que beaucoup peuvent aussi être adaptés à d’autres sites de ventes de livres électroniques (je n’ose les appeler librairies…).

Résumons : ce que vous voulez, c’est que votre bouquin soit connu (et acheté). Nous avons déjà établi que vous n’aviez pas de talent et que votre roman était illisible. Obstacle insurmontable ? Mais non, voyons. Première chose à faire : vendre votre roman à un prix très bas. Ridiculement bas. Ensuite…

Les méthodes gratuites :

      1. Inscrivez-vous sur un forum, faites-vous passer pour un fan de votre bouquin, démarrez un sujet du genre « j’ai lu un bouquin, il est trop trop bien, le meilleur bouquin de tous les temps ! ». Certaines personnes iront voir. Peut-être qu’elles achèteront même le roman.
        • Avantage : c’est gratuit.
        • Inconvénient : si vous insistez un peu trop, vous pouvez être pris en grippe par les utilisateurs et vous faire jeter. Même chose si vous postez sur TOUS les forums. Même en changeant votre nom d’utilisateur. On vous reconnaîtra de toute manière, ne vous faites pas d’illusions.

         

      2. Mettez de fausses (ou pas) citations de presse dans la description de votre bouquin. « Hallucinant ! » (La Gazette de Saint-Pouète), « Un vrai chef-d’œuvre. » (La Feuille de Chou de Trifouillis-les-Oies), « Marc Lévy n’a plus qu’à mettre la clé sous la porte ! » (Paris-Midi). Veillez tout de même à ne pas sombrer dans le ridicule : « Le Grand Maître à l’œuvre », « Le nouveau Stephen King », « Le meilleur livre de toute l’histoire de la littérature ». Évitez aussi les déclarations des membres de votre famille ou de vos amis, ce n’est pas très sérieux : « Le meilleur roman que j’ai jamais lu ! » (ex-belle-sœur), « Bravo Nono, t’es le plus fort ! » (ami d’enfance), « Je l’ai lu quatorze fois de suite, sans manger, sans boire, et je ne pouvais tellement pas m’en séparer que je faisais pipi dans une bassine ! » (lectrice enthousiaste).
        • Avantage : les lecteurs les plus naïfs vont y croire et vont se dire qu’ils mettent la main sur un chef-d’œuvre. Et à moins d’un euro, c’est une aubaine, non ?
        • Inconvénient : si les gens se mettent à vérifier, ça peut vite tourner au lynchage.

         

      3. Bluffez. Vous avez vendu 4 bouquins ? Rajoutez un 0. Qui le saura ? Personne ne va venir éplucher vos comptes. Vous en avez vendu 40 ? Mais dites donc, c’est le début de la gloire ! Multipliez par deux et rajoutez un 0. Vous avez dépassé la barre des mille ? Oh oh oh, mais c’est fantastique, faites péter le champagne et passez tout de suite sur un nombre à 5 chiffres. Là aussi, évitez de trop exagérer. Si vous prétendez avoir vendu 250 000 romans et que vous avez 4 commentaires sur Amazon, ça risque de ne pas être crédible.
        • Avantage : qui va vérifier vos chiffres de vente ? À part les libraires ou les auteurs qui vous détestent et qui ont accès au même genre d’outils et qui verront qu’au lieu des 40 000 ventes annoncées, vous en avez vendu 2 200, mais bon, ce sont juste des jaloux. En plus, avec votre nouveau statut de best-seller, vous pourrez écrire à tous les journaux, et avec un peu de chance, des journalistes désœuvrés feront un article sur vous. Sans avoir lu le bouquin, parce que franchement, qui a le temps de faire ça, hein ? Et après, vous pourrez rajouter des citations de presse sur votre résumé Amazon.
        • Inconvénient : euh… Personne ne peut vérifier, donc… Et on a déjà défini que vous aviez un ego surdimensionné et que vous étiez prêt à tout, donc pas de problème pour se regarder dans le miroir, tout ça…

         

      4. Écrivez vos commentaires vous-même. Ou demandez à vos amis de le faire. Coulez ensuite tous les commentaires qui ne vous plaisent pas. Si vous avez de l’argent, vous pouvez même payer des boîtes pour faire ça à votre place (Todd Rutherford avait d’ailleurs lancé un véritable business de vente de commentaires, où les auteurs pouvaient s’offrir ses services sous forme de différents packs : 99 $ pour 1 commentaire, 499 $ pour 20, 999 $ pour 50. Ses faux commentaires ont été pour la plupart retirés d’Amazon et son site a disparu, mais il ne fait nul doute que des services de ce genre continuent à exister).
        • Avantage : les futurs acheteurs qui voient tous ces commentaires dithyrambiques vont se réjouir d’être tombé par hasard (ou en suivant le lien d’un lecteur très enthousiaste sur un forum) sur une telle merveille.
        • Inconvénient : les acheteurs déçus peuvent revenir se venger et être d’autant plus vindicatifs qu’ils se seront sentis floués.

         

      5. Ouvrez une page Facebook et décrivez-vous comme auteur de best-sellers. Tout le monde sait que les grands auteurs sont de petits cons prétentieux et imbus d’eux-mêmes qui aiment s’envoyer des fleurs, ça ne paraîtra pas du tout bizarre. Ajoutez tout le monde. Mais vraiment tout le monde. Sur le nombre, vous allez bien avoir quelques centaines de fans.
        • Avantage : la visibilité sur les réseaux sociaux.
        • Inconvénient : vous risquez de passer pour un petit con prétentieux et imbu de vous-même, mais est-ce vraiment important ?

         

      6. Ouvrez un compte Twitter. Vous n’avez rien à y dire ? Ce n’est pas grave. Twitter, c’est in, il FAUT avoir Twitter. De toute manière, l’important, ce n’est pas ce que vous allez y dire, mais le nombre de personnes que vous allez toucher. Nous avons déjà établi que vous n’aviez aucun talent et que votre roman était mauvais, donc ce n’est pas pour la qualité de votre ouvrage que les gens vont vous suivre. C’est pour ça qu’il existe… *roulement de tambours*… les bots. Oui, BOTS. Un bot, c’est quoi ? Dans le cas qui nous intéresse, c’est un robot qui va vous inscrire au compte Twitter de milliers, de centaines de milliers de personnes, et qui fonctionne sur le principe de la réciprocité. La plupart du temps, quand une personne se met à suivre une autre personne sur Twitter, celle-ci l’ajoute à son tour, par politesse. Le bot se charge ensuite de vous désinscrire de tous ces comptes, histoire que vous ne passiez pas pour le psychopathe aux 455 789 abonnements et aux 25 abonnés. Car évidemment, c’est l’inverse qui nous intéresse. Après, bien sûr, parlez de votre roman. Tout le temps. Et remerciez abondamment chaque personne qui vous suit, tout en parlant de votre roman.
        • Avantage : votre compte Twitter devient soudainement un des plus suivis de France. Le fait qu’il soit suivi par 99,99 % de personnes non francophones n’est pas un problème, car ce que vous voulez, c’est de la visibilité.
        • Inconvénient : certains pourraient mettre en doute l’honnêteté de votre démarche en vous voyant passer de 35 abonnés à 258 000 en deux jours et 4 tweets, pourraient même faire de petits graphismes et les faire tourner sur Facebook, pourraient également soulever le problème de tous ces abonnés qui ne parlent pas un mot de français lorsqu’il s’agit du compte Twitter d’un roman francophone, mais ne vous inquiétez pas, vous n’aurez qu’à les bloquer. Et comme on l’a dit : tous des jaloux.

         

      7. À présent, la crédibilité. Parlez très, très souvent de toutes les propositions éditoriales que l’on vous fait. Annoncez la sortie de votre roman chez un grand éditeur plusieurs fois par an. Si quelqu’un vous demande ensuite pourquoi il n’est toujours pas sorti, inventez quelque chose. Votre éditeur s’est noyé, vous avez rompu votre contrat parce que Spielberg vous a contacté pour racheter les droits, l’imprimeur a pris du retard, etc.
        • Avantage : les gens qui n’ont pas encore lu votre roman et qui hésitent à l’acheter se sentiront rassurés par cette déclaration, gage de qualité, et se précipiteront pour le lire.
        • Inconvénient : au bout d’un moment, vous allez arriver à court d’excuses. Trouvez un ami producteur et prétendez que vous allez tourner un film. Vous pourrez ensuite dire qu’il s’est noyé, que vous avez rompu votre contrat parce que Spielberg vous a contacté pour racheter les droits, que le montage a pris du retard, etc.

(à suivre…)

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Bienvenue à Louenn !

Aujourd’hui est un grand jour ! Notre Alice vient d’avoir un petit garçon, prénommé Louenn et né ce matin à 8h30 🙂 Au nom du reste de l’équipe, je lui souhaite tout le meilleur. Toutes nos félicitations !

Désormais, nous passons à deux articles par semaine 🙂

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Hybridation, le meilleur des deux mondes ?

Hybride Avouons-le, la précédente série sur la scénarisation était un peu aride. En même temps, je vous avais prévenu dès le début. Elle avait cependant un rôle fondamental : vous apportez les bases de la dramaturgie, dont deux aspects sont fort intéressants pour les auteurs. Je parle bien sûr, de la structure du récit et de la caractérisation de vos personnages. En fait, je vous livre ici un bilan entre deux eaux. Le meilleur de la scénarisation pour dynamiser vos écrits.

 Des différences fondamentales

Entre script et manuscrit, il y a quelques différences fondamentales qu’il est impossible de concilier.

  1. Finalité. Le manuscrit est un produit fini. Le transformer en livre n’est qu’un processus cosmétique. Le récit, l’histoire, les décors et les personnages ne s’en verront pas altérés. Le script, lui, n’est pas un produit fini, mais un guide au sein d’une longue suite d’opérations. LE FILM en est le produit fini. Et entre script et film, beaucoup de choses changent en fonction de l’équipe technique, des acteurs, du réalisateur, des décorateurs, du producteur…
  2. L’unité d’action. Ce principe qui consiste à imposer que chaque scène se focalise sur le problème posé par l’objectif du protagoniste veut qu’en matière de scénarisation, il ne doive pas y avoir de digression. Autrement dit, se méfier des sous-intrigues. S’il y en a, elles doivent avoir une incidence sur l’intrigue principale et non développer des histoires parallèles indépendantes. Dans un roman, c’est presque l’inverse. On a du temps et un lecteur qui est « actif », contrairement à un spectateur. Ce lecteur est prêt à nous suivre, il a même ouvert le livre pour ça ! Alors sans le perdre, on peut lui offrir (et un bon auteur se DOIT même de le faire) des histoires dans l’histoire. Le roman en gagne en profondeur et en intérêt.
  3. Le langage. Un livre est fait pour être lu. Un film pour être vu et entendu. En cela, la part d’imaginaire est importante dans le roman. Aussi doué soit un auteur, une description sera « vue » différemment d’un lecteur à l’autre, car il doit faire un travail de reconstruction, et cela, on peut en jouer, ce que ne peut pas faire une image (sans devenir floue). 😉

Il y a donc des aspects dans la conception et la réalisation d’un projet qui peuvent être contradictoires entre scénario et roman. Mais pour le reste, et principalement pour la littérature romanesque, je pense qu’il y a de quoi se retrouver à la croisée des chemins et dynamiser la conception d’un récit.

Hybride

C’est avec cette idée en tête que je vous livre ici une version révisée des documents de travail de la méthode du flocon. Emphase sur la caractérisation et la structure du récit.

Fiche récapitulative

Modèle de conception


 


 [JA1]Pourquoi cette remarque ?

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Scénarisation, la dramaturgie au service des auteurs – Fondu au noir

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Fondu au noir – Conclusion

Ces étapes peuvent paraître rigides à l’artiste qui bout en vous. Néanmoins, elles sont extrêmement importantes. N’oubliez pas que l’écriture du scénario n’est qu’une facette de l’œuvre finie (le film) et non son aboutissement.

Sans rigueur, l’intrigue peut se retrouver pervertie, mal comprise ou analysée par les autres corps de métier qui vont utiliser votre script. L’écriture d’un scénario se fait au cordeau, il n’y a pas de place pour les à-peu-près, c’est une écriture rigide en soi (il n’y a qu’à voir les lourdes règles de mise en page qui s’y rattachent, sur lesquels je m’attarderais peut-être dans un autre article).

À noter cependant le cas de scénaristes/réalisateurs/producteurs, qui en cumulant un maximum des responsabilités, ont plus de marge de manœuvre.

Pas d’impasse

Il ne saurait y avoir d’impasse sur les éléments clés, à savoir :

  1. La structure => Toute œuvre dramatique se doit d’en avoir une si elle vise à toucher un maximum de cœurs. Vous pouvez être contre, ce n’est pas un problème, mais vous écrirez alors pour une niche très ciblée.
  2. Le plan => Personnellement, j’utilise le système des cartes, c’est historique chez moi. Je pense qu’Excel, ou tout logiciel spécialisé, peut sans problème le suppléer. Chacun ses goûts et ses habitudes, le principal est d’obtenir un squelette sur lequel s’appuyer lors de l’écriture proprement dite.
  3. La caractérisation => Un récit dramatique c’est l’histoire de personnages qui se battent contre les turpitudes de leur vie dans un univers défini. Leurs actions et réactions sont ce qui va définir le récit et elles dépendent justement de leur caractérisation. Passez le temps qu’il faut sur le sujet.

Question de temps

Tous les temps indiqués sont purement indicatifs, il n’y a pas vraiment de maximum (du moment que vous évitez la procrastination). Je pars du principe que 1j = 7h et 1s = 35h (mais n’allez pas vous imaginer pour autant que scénariste est un boulot de bureau relax.) Il va de soi que la première fois, on prend plus son temps, on cherche ses marques. Par la suite on avance plus vite.

Plus la phase d’écriture sera préparée, plus elle sera agréable et fructueuse. Le secret est de trouver ce point particulier où on est prêt à se lancer. En cela, j’espère que cette série d’articles pourra vous aider 😉

Et après ? (ou avant, ou même pendant)

Cette série d’articles ne couvrait volontairement que la conception scénaristique. Ce n’est pas suffisant pour délivrer un script abouti bien sûr, mais c’est une grosse partie. D’autres points capitaux mériteraient d’autres séries, qui sait, je m’y pencherais peut-être…

Les recherches :

Quelles soient quasi nulles (vous maîtrisez déjà le sujet), partielles (juste besoin de vérifier des dates, lieux, architectures, etc.), ou longues et fastidieuses (vous devez apprendre un sujet complexe), le contexte décidera si vous devrez les entreprendre avant, pendant ou après la phase de conception.

L’écriture :

C’est bien évidemment l’action qui suit la phase de conception. Elle devrait d’ailleurs être au pluriel, car vous aurez de nombreux jets et corrections avant d’avoir un script qui soit partageable. Un scénario n’est pas la place pour les envolées lyriques. Restez sobre dans votre style et respectez la mise en forme drastique qui s’y rattache.

Derniers conseils

Que ce soit pour cette phase de conception, celle des recherches, de l’écriture, des corrections et plus tard de la production, sachez qu’être auteur c’est 5 % de talent et 95 % de travail (allez, 10/90 si vous voulez…). Ce n’est pas un constat que les nouveaux auteurs aiment en général, mais c’est comme ça.

Si vous êtes vraiment sérieux à propos de l’écriture, le meilleur talent dont vous puissiez vous munir, c’est la persévérance !

Documents & références

Vous trouverez ci-dessous tous les supports finaux qui ont illustré cette série.

Les sources d’informations :

Si vous voulez aller plus loin :

  • Final Draft – La référence en terme d’outil de création scénaristique et scripts.
  • Contour – Un petit nouveau sur la scène scénaristique.
  • Movie Magic Screenwriter – Outil dédié aux scénarios par les créateurs de Dramatica Pro
  • Dramatica Pro – Aide à l’écriture créative
  • StorYBook – Un logiciel d’aide à la structure de roman ou scénario.
  • Freemind – Un logiciel gratuit de gestion d’idées.
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CL 2 – Le jambon, la suite qui tue le cochon

Attention, cet article peut heurter la sensibilité des jeunes auteurs qui dorment encore avec leur peluche, croient en la magie ou pensent que les hommes sont foncièrement des gens bons et sans malice.

Dans le Cochon Littéraire, nous découvrions une magnifique lettre proposant les services professionnels d’une entreprise de coaching littéraire, renforcée par le dynamisme d’un site web chatoyant. Dans un suspense irrésistible, nous arrivions à une conclusion ouverte du type « Arnaque éhontée ou amateurisme de bas étage ? ».

Dans « CL 2 – Le retour », l’histoire commence après la signature d’un contrat avec cette professionnelle du monde de l’édition (30 ans d’expérience, je le rappelle pour ceux qui ne suivent pas au fond). Une innocente primo-romancière (Marie Duponst, alias MD pour la suite) va en effet suivre les périples du coaching littéraire. L’histoire qui suit est le montage épistolaire des faits réels intervenus sur une période de plusieurs mois. Seuls les noms, titres et dates ont été altérés pour protéger l’anonymat des protagonistes. Les fautes sont d’origine, je n’ai fait que du copier/coller. (Insérez menaces de poursuites judiciaires ici, mais prenez en compte que j’ai les originaux, les autorisations et d’autres preuves…)

Scène 1 – La douloureuse

Vous trouverez ici une capture écran de la facture. Outre un style dépouillé sans en-tête ni logo digne de la facture de mon plombier quand je le fais bosser au noir (insérez menace de poursuite par le fisc ici, mais prenez en compte que j’ai votre adresse IP, celle du XVIIe, côté Carnot, que je pourrai partager avec eux, en plus d’un paquet de « factures » et du SIRET de la société de communication écran utilisée pour les encaissements), on notera :

CAPITALISATION = Merci d’avertir votre secrétaire que la touche CAPS LOCK (VERR MAJ) est activée sur son clavier.

Monnaie = Si c’est en Roubles, là du coup, c’est pas cher. Mais je ne peux pas vraiment juger puisque la monnaie n’est pas indiquée sur la facture (est-ce que c’est même légal, ça ?).

Scène 2 – Le produit acheté

Pour la modique somme de 980 € TTC, notre héroïne est l’heureuse propriétaire d’un document de 4 pages.

  • Fiche de lecture (2 P)
  • Bla bla commercial (0,5 P)
  • Liste d’éditeurs (1 P)
  • Modèle de lettre de présentation type (0,5 P)

La fiche de lecture

Sans être détaillée, la fiche de lecture est intéressante et donne même des pistes d’amélioration. Du bon travail de lecteur professionnel de comité de lecture. Un bon point, l’héroïne avance vers son but.

La demi-page de bla bla

Elle dénote encore une fois un niveau étrange de français, de mise en page et de professionnalisme pour une société œuvrant dans le monde de l’édition :

Combinaison pendant + entretemps = c’est une incohérence en français. Une action ne peut pas être menée « entretemps » « pendant » une autre. Il manque une phrase entre les deux ou il faut reformuler la seconde phrase.

Contre-productif = Je rêve d’un job comme celui-ci. Pas de résultats, pas d’objectifs, pas de suivis, pas de métriques, et le boss est content. Mais il me semble que retenir l’attention de certains éditeurs et les démarcher pour placer des textes demande exactement l’inverse : se faire connaître, et suivre de près les prospections.

Démarchage des éditeurs = Vous comprenez tous comme moi que les collaborateurs de cette société de service en coaching littéraire vont s’entretenir et contacter des éditeurs spécifiquement pour l’ouvrage en recherche de publication (on nous le répète 3 fois, je pense qu’il est donc difficile de mal l’interpréter). Retenez bien cette info, nous y reviendrons plus tard.

La liste des éditeurs

  • Une liste de 15 éditeurs dont 1/3 ne traitent même pas de fictions. Pas facile de placer un roman dans ces conditions.
  • La plupart des « contacts » ne sont autres que les dirigeants ou gérants eux-mêmes. Une information aisée à se procurer par les statuts de l’entreprise et totalement inutile pour la soumission d’un manuscrit. Un bon contact serait celui d’un éditeur ou d’un directeur de collection, ce sont eux les décisionnaires en matière de publication, mais surtout, n’envoyez un manuscrit adressé à une personne en particulier que si :
  1. Elle l’a sollicité ;
  2. Votre manuscrit lui a été présenté et elle est en attente de sa réception.

Si vous pensez que passer par le PDG, le DG ou le Directoire va aider votre cause, demandez-vous comment serait reçu quelqu’un s’adressant au Président de PSA pour discuter du financement de sa voiture d’occasion. Quel retour attendriez-vous du Directeur de Nestlé à votre demande de recette du gâteau au yaourt ? Iriez-vous acheter votre place de cinéma auprès du Directoire des studios de la FOX 20th Century ?

La lettre type

Surtout n’enlevez pas ça = C’est connu, tout le monde a un FAX chez soi et envoie ses lettres depuis Paris – de toute façon en dehors de la capitale, y a quoi dans le monde, je vous le demande ?

Personnalisation = Quand on a un contact si durement glané, ne serait-ce pas ici le bon endroit pour placer son nom, plutôt que de rester impersonnel ?

Recalé = Si vous voulez vraiment vous griller auprès d’un éditeur, c’est LA phrase à utiliser. En une seule ligne vous passez pour :

  • Quelqu’un peu sûr de son manuscrit. (« Auriez-vous la gentillesse et vous est-il possible de… » ??? « …s’il vous plaît sans vouloir vous déranger, avec toute la bonté que je sais être la vôtre, par pitié lire mon texte… ») C’est un ÉDITEUR. C’est son MÉTIER. On peut être courtois et pour autant parler en toute clarté d’un projet d’édition. Parce que… si vous ne l’avez pas contacté pour être édité, clairement, vous vous êtes trompé d’interlocuteur.
  • Quelqu’un d’imbu de sa personne. (« – pas trop tard – » parce que j’ai une vie moi, contrairement à vous là, assis toute la journée dans votre fauteuil à rien foutre.)

=>  À moins que ce ne soit une stratégie pour vous faire passer pour l’archétype de « l’écrivain artiste torturé », vous venez de mettre au grand jour vos troubles de la personnalité, ou votre amateurisme, ou les deux.

Conseil de Kanata : utilisez n’importe quelle lettre de présentation SAUF celle-ci ! (Je dis ça… c’est pas comme si j’étais édité ou quoi que ce soit du genre… 😉 )

Signature = On ne ponctue jamais les signatures avec un point de fin de phrase.

Scène 3 – Et après ?

Heureusement, pour 980 € TTC, notre héroïne n’a pas reçu QU’UNE fiche de lecture. Souvenez-vous : les collaborateurs de notre fameuse société de service en coaching littéraire ont contacté les éditeurs, préparé le terrain. Et avec les contacts dorés remis à Marie, si l’édition n’est pas forcément acquise, un passage dans le comité de lecture et un retour constructif l’est certainement !

FAUX !

Retour d’un premier éditeur

Éditeur1 : « Je vous remercie de votre proposition de manuscrit […] mais j’ai toutefois le regret de vous dire qu’elle n’a pas été retenue par notre comité de lecture car nous ne publions plus de fiction. »

Évidemment, l’héroïne, tremblante, cherche à comprendre.

MD : « Je suis très étonnée de votre réponse car ce sont les services de « la société en coaching littéraire » de « la célébrité expérimentée du monde de l’édition depuis plus de 30 ans »  qui étaient censés vous avoir contactée avant de me donner vos coordonnées. Merci d’avance de me préciser si vous avez été contactée par « la célébrité expérimentée du monde de l’édition depuis plus de 30 ans » ou non. »

Et là, le doute s’installe.

Éditeur1 : « J’avoue que je ne m’en souviens plus. »

On semble être assez loin des « liens étroits entretenus dans le monde de l’édition depuis plus de 30 ans… ». Mais qu’à cela ne tienne, il s’agit sans doute d’une erreur, d’un malentendu, d’un oubli. Une héroïne ne se laisse pas abattre par le premier obstacle venu, et la nôtre ne déroge pas à la règle. Elle persévère :

Retour d’un second éditeur

Ou plutôt un non-retour… Au bout de 4 mois, notre héroïne relance :

MD : « … Je vous ai envoyé pour la deuxième fois cette année mon manuscrit à l’attention de Mme YYYYY.
En effet, j’ai été contactée par un organisme de coaching littéraire qui m’a donné une liste d’éditeurs, soi-disant sélectionnés par leurs soins et contactés par eux au sujet de mon ouvrage.
Pour votre maison d’édition, le nom de Madame YYYYY apparaît comme étant celui d’une éditrice, or je viens d’appeler madame YYYYY, et j’ai eu au téléphone une dame m’expliquant qu’elle ne s’occupait pas du tout d’édition, mais de gestion administrative. Je tombe des nues. »

Éditeur2 : « Tous les manuscrits sont réceptionnés et traités par le service des manuscrits qui se charge de les étudier et de les orienter vers les différents membres de l’équipe éditoriale, dont ne fait pas partie YYYYY, étant, effectivement, présidente du directoire de Éditeur2 et ne recevant pas de projets éditoriaux par conséquent. »

Oups… Une autre erreur ? Sur une liste de 15, ça commence à faire élevé comme pourcentage.

Et on continue…

MD : « Je vous ai envoyé un manuscrit […], suivant les conseils de mon coach littéraire qui m’a donné votre adresse, à l’attention de M. ZZZZZ.

Or, ayant passé un coup de fil à votre maison d’édition, il semblerait que votre maison ne publie pas de littérature. »

Éditeur3 : « Effectivement, nous ne publions que des ouvrages médicaux ayant pour cible les professionnels de santé.

Monsieur ZZZZZ était notre Directeur Général mais a quitté la société depuis plus d’un an maintenant. »

Bon, je crois que tout le monde commence à se faire à l’idée que le calvaire de notre héroïne tourne de mal en pis. Alors forcément, arrive le moment de la confrontation finale, et notre héroïne de contacter « la célébrité expérimentée du monde de l’édition » pour y voir plus clair.

Escroquerie vs diffamation

MD : « Je vous avais adressé un mail il y a quelque temps pour vous demander des explications au sujet d’un éditeur qui m’avait envoyé un mail m’annonçant qu’ils ne publiaient plus de fictions.

Or, vous affirmiez, dans votre contrat, avoir contacté pour moi spécialement des éditeurs, il était là clairement démontré que ce n’était pas vrai.

Vous trouverez un mail que je vais vous transférer, des éditions Éditeur2, démontrant une fois de plus que vous m’avez trompée.

Madame YYYYY, présentée par vous comme éditrice au sein de cette maison d’édition, se révèle n’être que responsable administratif.

Forte de ces documents, j’envisage de vous poursuivre devant les tribunaux pour escroquerie et de demander au tribunal le remboursement INTEGRAL du versement de 980 euros + le remboursement de mes frais d’envoi aux éditeurs + un dédommagement pour le préjudice moral + le remboursement de mes frais d’avocat.

A moins que vous n’ayez une solution amiable acceptable à me proposer. »

KJ : (Note de Kanata : les erreurs sont d’origine) « MERCI pour ce mail mensonger
YYYYY est la patronne de Éditeur2    crée par son père XXXXX .
[L’autre éditeur] avait , il y quelque temps pris un de mes auteurs ….
d ‘ou  ….
il n y a pas là  d escroquerie .
[…]
je transmets d ores et déjà  à mon avocat
pour diffamation.
regardez bien notre site : vous y verifierez notre serieux  !

je ne suis pas contre un appel de vous si vous revenez à la raison

bien à vous et

belle journée »

On apprend plein de choses dans cette missive :

  1. On est tous d’accord que YYYYY est la patronne de XXX. Le souci c’est que (et les Éditions XXX le disent eux-mêmes) ce n’est pas du tout la bonne personne à contacter. De plus, il est évident que YYYYY n’a jamais été contactée par la société de service dans le cadre d’une prospection éditoriale pour MD.
  2. La société de service n’est pas du tout au courant des changements d’orientation et de catalogue des éditeurs.
  3. La définition d’escroquerie (vendre un produit ou un service qui ne correspond pas à ce qui est annoncé) et de diffamation (atteinte à une personne appuyée par des contre-vérités) semble très vague pour la gérante de cette société.
  4. « regardez bien notre site : vous y verifierez notre serieux  ! » ===> ROFLMAO. Dieu, je n’ai pas autant ri depuis… depuis… non, je n’ai jamais autant ri de ma vie, en fait ! (pour rappel : le site en question, très « sérieux » donc…)

Malheureusement, pas de « Happy ending » pour cette histoire. Notre héroïne Marie Duponst ne sera ni éditée, ni remboursée.

Conclusion

Autant on pouvait avoir des doutes à la suite de la phase de prospection (arnaque éhontée ou amateurisme de bas étage ?), autant, à l’issue de cette enquête en profondeur, le doute s’amenuise, vous ne trouvez pas ?

Sur ce,,, je vous en gage à vérifier
mon sérieux et
belle journée……….
Kanata.

PS : (bla bla, diffamation, bla bla intimidation… je renvoie au résultat de l’épisode 1 ceux qui voudraient se lancer dans un second match, on gagnera du temps)

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