
Souvent, nous lisons que les réseaux sociaux tuent la productivité. À quel point est-ce vrai ? Après tout, le mot « procrastination » ne date pas d’hier. Marcel Proust l’utilisait déjà dans À la recherche du temps perdu. Ajourner. Reporter. Remettre à plus tard. Tout ceci veut dire la même chose.
Estelle Van de Velde répond sans hésiter que, OUI, les réseaux sociaux tuent la productivité. « Facebook, Vie de Merde ou Dans ton Chat sont des bouffeurs de temps. » « Quand je me retrouve sur mon ordinateur dans le but d’écrire, je ne peux pas m’empêcher de cliquer sur l’onglet Firefox… » Mais il y a de bons côtés à ces mêmes réseaux : « dans le cadre d’évènements comme le NaNoWriMo, le rôle des réseaux sociaux a quelque chose de boostant. (…) Le fait de lire (…) que quelqu’un avait augmenté son quota d’autant de mots a eu un effet plus que bénéfique sur ma propre écriture. » Mais ce n’est pas seulement dans la motivation que c’est important. « Quand on a une panne ou qu’on recherche de la documentation, c’est très facile de remonter la pente après une bonne discussion avec telle ou telle personne. Dans le cadre du roman que j’écris en ce moment, j’avais besoin de témoignages. » Un appel sur sa page Facebook l’a aidée. « Dans ces cas-là, (…) c’est très instructif et cela nous renvoie au côté parfois très humain de l’écriture. » « Malheureusement, ce cas de figure est très rare me concernant. J’ai plutôt tendance à passer des heures sur les Chats ou à lire les blogs des autres. J’en oublie parfois que je suis moi aussi une auteure en herbe et qu’il faut que je me bouge le popotin… »
D’après Justine Patérour, « les réseaux sociaux deviennent une drogue de plus en plus addictive dont on n’arrive pas à sortir ne serait-ce que cinq minutes pour poser tranquillement les idées sur papier ou autre. Je suis la première à l’avouer : je suis accro ». Malgré sa bonne volonté au moment d’écrire, Justine se laisse facilement distraire : « une petite sonnerie me fait comprendre que j’ai une conversation en cours ou bien une notification. Alors, ni une ni deux, comme je suis curieuse (voire très), je vais voir et une heure se passe, voire plus, et au final je n’ai rien écrit ». Pourtant, tout n’est ni complètement blanc ni complètement noir. Les réseaux sont également une étonnante source d’information et d’entraide. « J’ai de très bonnes bêta[-lectrices] avec qui je discute tous les jours », dit Justine. « Dès que je me sens bloquée dans un phrase ou que je ne suis pas sûre de mon paragraphe, je (…) demande à l’une d’elles un avis qui est très précis et qui au final m’aide beaucoup. Mais l’inverse se produit aussi. »
Le temps que Cécile Ama Courtois passe sur les réseaux sociaux « à discuter, découvrir, lire les autres, parler de [soi] et de ce [qu’elle écrit], etc., [elle] ne le passe pas… à écrire ». Mais c’est un autre monde qui s’est ouvert à elle puisqu’elle est « en contact quasi permanent avec des lecteurs, d’autres auteurs, et des gens du monde du livre au sens large » et elle peut « partager ce [qu’elle vit] et ce [qu’elle écrit] au lieu de rester cloîtrée dans [sa] bulle, isolée derrière [son] clavier ». D’ailleurs, elle avoue être plus productive maintenant. Ces « échanges me rendent tellement plus prolifique et productive que ça en vaut vraiment la peine ! » Bénédicte Coudière est du même avis. « Ils peuvent être source de productivité. C’est le meilleur moyen pour relayer des appels à textes, pour avoir la petite idée pour démarrer, au détour d’une conversation… Encore faut-il ne pas se laisser distraire après. » Ce qui est exactement le problème de Grégory Quesne : « J’ai besoin de ressources autant historiques que scientifiques pour mon roman, il est très difficile pour moi de ne pas faire un détour par le site que le Malin a mis entre mes mains. »
Enfin, pour d’autres comme Julien Morgan, la réponse est clairement NON. « Les réseaux sociaux ne tuent pas la productivité, pour la simple et bonne raison que la définition même de la procrastination est qu’on peut trouver TOUS les prétextes pour ne pas en foutre une. Facebook ? Une série télé ? Un documentaire à ab-so-lu-ment ne pas manquer ? » Pour lui, le manque de productivité « n’est pas la faute d’Internet, c’est la faute à PDMPEEMJCAJMCSLDDRS : Pas De Motivation, Pas Envie d’Écrire, Mais Je Culpabilise, Alors Je Mets Ça Sur Le Dos Des Réseaux Sociaux. » Bénédicte conclut de la même manière. « [Au] fond, les réseaux sociaux ne tuent pas plus la productivité qu’un roman passionnant, ni même qu’une console de jeux [ou] la future prochaine saison de Game of Thrones. Les réseaux sociaux sont juste une nouvelle source de divertissement. »
Qui parmi vous est un procrastinateur de compétition ? (Ah, bien…) Afin de ne pas arriver à des extrêmes comme Grégory qui, « afin de limiter la casse », s’est remis au papier-crayon pour se tenir loin de toute tentation, faisons un exercice. C’est un exercice de rien du tout, vous allez voir : il suffit d’éteindre sa connexion. Oui, je sais, je n’ai pas inventé la poudre, et encore moins la roue, mais il suffit de petites choses.
Lorsque je suis à Luanda et que je dois subir ma connexion limitée prépayée et lente comme en 1998, je me fixe des objectifs : j’écris 6 000 sec et je peux me connecter pendant quinze minutes. Je corrige un chapitre et je peux me connecter pendant une demi-heure. Je travaille pendant une heure et je peux me connecter pendant autant de temps. Fixez-vous des objectifs à votre échelle. N’essayez pas d’écrire 30 000 sec dans la journée si vous en faites 5 000 habituellement. Ceci n’est pas une compétition, suivez votre rythme. On ne peut pas crier victoire avant de franchir la ligne d’arrivée. Et on ne franchit pas la ligne d’arrivée en se prenant pour le lièvre. La procrastination ne devrait plus être une excuse pour le non-aboutissement de vos projets. Comme le dit si bien Bénédicte, « tout est une question de volonté ».
La Disparue










