Liseuses vs tablettes

À l’heure où le livre électronique explose sur le marché, la question se pose : liseuse ou tablette ? 2012 a vu les ventes de liseuses décliner au profit des plus versatiles tablettes. Le géant Amazon a lui-même franchi le pas avec le Kindle Fire et l’iPad mini se place en bonne position pour concurrencer les liseuses. Les fabricants de tablettes proposent maintenant pour la plupart des formats « livre de poche », ce qui n’a évidemment pas arrangé les affaires des vendeurs de liseuses.

Serait-ce la mort de cet outil parfaitement adapté à la lecture ? Car c’est là le point faible – et le point fort – des liseuses : elles ne permettent pas de faire grand-chose d’autre que lire, acheter des livres et écouter de la musique (pour certaines). De leur côté, les tablettes sont multitâches, offrent les mêmes possibilités que les liseuses, mais et bien d’autres encore : Facebook, Twitter, e-mails, surf sur internet…

Il faut bien le dire, à l’heure actuelle, nous sommes devenus tellement habitués à être connectés en permanence que vérifier nos e-mails au bord de la piscine ou traîner sur Facebook pendant les dîners de famille ennuyeux sont maintenant des évidences et il est difficile de s’en passer.

Alors pourquoi prendre une liseuse, qui ne sert qu’à lire des livres en noir et blanc seulement, quand on peut avoir une tablette qui propose la même chose en couleur tout en nous offrant presque les mêmes avantages qu’un netbook ? Les liseuses vont-elles subir le sort des MiniDiscs, ou pire, des LaserDiscs ? (Vous ne savez pas ce que c’est ? Point made.)

En tant que fervente défenderesse des liseuses, je vais tâcher de lister leurs avantages, car oui, les liseuses, sur certains points, sont supérieures aux tablettes.

  • Premier avantage évident : le prix. Amazon propose son Kindle à 79 €, la Fnac s’aligne avec la Kobo mini au même prix. Les premières tablettes dans des formats comparables tournent autour des 180 €.
  • Deuxième avantage : l’autonomie. Là où une tablette possède une quinzaine d’heures d’autonomie au maximum (si vous ne faites rien d’extravagant comme augmenter la luminosité de l’écran, activer le bluetooth, regarder des vidéos…), les liseuses peuvent aller jusqu’à 30 heures.
  • Troisième avantage : la qualité de l’affichage. L’E-ink a la particularité de reproduire fidèlement les pages d’un livre, on pourrait d’y méprendre. De plus, ce type d’affichage permet de lire confortablement en plein soleil, là où la lecture sur une tablette devient très désagréable. Notez que cela a aussi son inconvénient : comme pour un livre, on ne peut pas lire dans le noir. C’est là qu’interviennent ces sympathiques petites choses appelées lampes de chevet. ^^ Sinon, vous avez la possibilité d’ajouter une lampe de lecture.
  • Quatrième avantage : le poids. Les liseuses peuvent être très légères. La Sony PRS-T1, par exemple, ne pèse que 168 g. Dans le sac, ça fait déjà une grosse différence. La Kindle Fire atteint tout de même les 400 g.
  • Cinquième avantage : on retrouve le plaisir de la lecture sans la tentation de vérifier ses e-mails toutes les 5 minutes ou d’aller faire un petit tour sur Facebook entre deux chapitres.

Maintenant, je ne vais pas partir sur des considérations logicielles. Oui, on peut accéder en un clic à telle ou telle boutique et acheter un livre qu’on recevra quelques secondes plus tard sur la liseuse. Oui, certaines proposent des dictionnaires, certaines offrent la possibilité d’annoter, de surligner, de faire des recherches de mots-clés, de marquer des pages, etc. Je pense que les tablettes peuvent le faire aussi, il suffit de trouver les applications correspondantes (et de les acheter, évidemment, ce qui n’est pas le cas pour les liseuses où tout est déjà dedans dès qu’on les sort de la boîte). Là encore, il faut voir de quoi vous avez besoin : il existe des liseuses tactiles (plus chères), des liseuses non tactiles, des liseuses avec un rétroéclairage intégré (technologie assez nouvelle) et la liseuse couleur arrivera bientôt sur le marché.

Un commentaire qui revient souvent quand je parle de liseuses ou de tablettes, c’est « oui, mais c’est pas aussi bien qu’un livre, tu vois, si tu la fais tomber dans l’eau, elle ne fonctionne plus ». Ceux qui ont déjà fait tomber un livre dans l’eau peuvent en témoigner : on se retrouve avec une sorte d’éventail aux pages collées et gondolées, et la lecture n’en est clairement pas facilitée.

Notez bien que je ne suis pas du tout contre les tablettes, loin de là ! En tant que geek qui se respecte, j’ai une liseuse et une tablette. Je les utilise toutes les deux très souvent, pour des usages évidemment différents. J’ai mis un epub sur ma tablette pour faire quelques photos comparatives, mais en tant normal, il n’y a que des pdfs en couleur à l’intérieur, tous les epubs vont dans la liseuse.

Alors que je peux passer des heures et des heures à lire sur ma petite Sony, j’avoue que je pose l’iPad au bout d’un petit moment car ses 600 g finissent quand même par se faire sentir. Toutefois, la liseuse, du fait de son format, n’est pas vraiment adaptée à la lecture de journaux, de magazines et de bandes dessinées. Pour cela, préférez plutôt une tablette de grand format.

Et maintenant, place aux photos ! La liseuse est une Sony PRS-T1, la tablette est un iPad Retina.

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Scénarisation, la dramaturgie au service des auteurs – LEXIQUE

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Parce que la scénarisation a ses propres codes et donne son propre sens à des termes plus courants, il est nécessaire de s’entendre sur le vocabulaire qui sera utilisé au cours de cette série. Ordre de publication oblige, je ne vais pas, comme il est de coutume, attendre la fin pour insérer le lexique, vous ne vous y retrouveriez pas. Avant de nous lancer dans le vif du sujet, je vous livre donc… le Lexique !

Note : Un lexique est par définition assez indigeste. Vous pouvez vous appuyer sur les graphiques de l’article 01 – Ouverture pour illustrer les définitions. Les termes en italique vous renvoient à d’autres définitions du lexique.

Acte = voir « Structure en trois actes ».

Action = au sens global, ensemble des agissements du protagoniste pour atteindre son objectif. Au sens local, ensemble des agissements d’un personnage pour atteindre son objectif local.

Arène = au sens général, il s’agit de l’univers spatio-temporel où va majoritairement évoluer le protagoniste au long du deuxième acte (elle peut alors être assez générique). Au sens local, il s’agit d’un décor significatif pour une séquence ou une scène (elle doit alors être spécifique et être exploitée au mieux par l’action).

Caractérisation = création des personnages. Pas au sens « fiche signalétique » du terme, mais au sens « mise en avant de leur personnalité ». C’est un point capital à ne pas négliger, vous devez connaître vos personnages pour mieux comprendre leurs réactions.

Climax = c’est le nœud dramatique qui apporte la réponse dramatique de l’objectif général. Après le climax débute le troisième acte.

Climax médian= avec certaines structures d’action (deuxième acte) en deux parties, il peut y avoir un nœud dramatique particulier appelé le climax médian qui sépare les deux parties distinctes de l’action (vol + fuite, évasion + vengeance, etc.) Généralement au milieu du deuxième acte, le climax médian relance l’action (attention, l’objectif reste le même, il y a respect de l’Unité d’action).

Conflit = le conflit naît et se construit par l’opposition entre un objectif et les obstacles qui jalonnent la route pour l’atteindre. Il peut être « statique » (le personnage reste passif) ou « dynamique » (le personnage réagit). Le second doit être le plus utilisé pour dynamiser un récit. Exemple de conflit statique : toute victime passive d’un kidnapping. Exemple de conflit dynamique : Lino Ventura dans La Septième Cible (qui décide de prendre les devants plutôt que de céder au chantage).

Coup de théâtre = c’est un nœud dramatique qui prend le spectateur par surprise (et éventuellement les personnages aussi). En cela, c’est un peu comme si cette fois nous étions les victimes d’une ironie dramatique (on nous a caché des choses).

Crescendo = construction du récit qui place des obstacles (et donc du conflit) croissants sur la route du protagoniste.

Deus ex machina = événement inattendu et improbable qui vient aider le protagoniste à surmonter un obstacle. Autrement dit : un manque flagrant de préparation, une forme à éviter donc. Exemple : l’interruption in extremis du compte à rebours dans Independance Day rendue possible en… branchant un Mac dans une console alien (ça c’est du plug’n play)…

Deuxième acte= voir « Structure en trois actes ».

Diabolus ex machina = événement inattendu et improbable qui vient barrer la route du protagoniste sans raison apparente. S’il peut être utilisé dans le premier acte comme incident déclencheur, il est à bannir par la suite pour les mêmes raisons que le deus ex machina : c’est un manque de préparation.

Dynamique = type de conflit contre lequel un personnage agit ou réagit.

Enjeu = ce qu’un personnage a à perdre ou à gagner s’il atteint son objectif. Par exemple, dans une course de voiture, l’objectif est de gagner, l’enjeu est la récompense du vainqueur (argent, gloire ou femme si l’on en croit certains publicistes machos des années 1990).

Externe = se dit d’un obstacle qui n’a rien à voir avec le personnage auquel il barre la route. Il est le facteur d’événements extérieurs au personnage (catastrophe naturelle, accident fortuit, maladie). Ce sont les obstacles les plus « faibles » en terme de dramaturgie, car non induits par le personnage lui-même. Attention, l’obstacle externe d’origine interne est une variante où la cause est pour partie liée aux agissements du personnage (si la maladie est un cancer et que le personnage est un gros fumeur par exemple).

Fantôme = événement passé qui hante un personnage.

Général = global, à l’échelle du récit au complet (par opposition à « local »).

Global = voir « général ».

Histoire = Des faits relatés à autrui. Contrairement au récit, l’histoire est factuelle.

Incident déclencheur = C’est le nœud dramatique unique (ou résultant d’un groupe de nœuds liés les uns aux autres vers un apogée) qui oblige le protagoniste à adopter une ligne de conduite différente de sa routine. Il est crucial, c’est lui qui plonge le protagoniste dans le deuxième acte en l’obligeant à se fixer un objectif.

Interne = se dit d’un obstacle dont la source est le personnage lui-même de par sa caractérisation ou ses agissements. Ce sont les obstacles les plus « forts », car ils forcent le personnage à se dépasser ou surmonter ses erreurs.

Ironie dramatique = Il y a ironie dramatique lorsque nous savons quelque chose qu’un personnage (la victime de l’ironie, mais pas forcément le protagoniste lui-même) ignore. Cette ironie dramatique peut être standard (nous avons clairement été informés de l’élément qu’ignore la victime) ou diffuse (nous n’avons pas été explicitement informés dans le récit, mais étant en dehors de celui-ci, nous nous doutons de quelque chose que la victime ne peut pas deviner). Exemple : nous sommes au fait de la durée de l’œuvre, pas le personnage, nous savons donc que l’histoire ne se finit pas au bout de trente minutes, pas lui. Nous avons notre culture, un personnage situé dans le passé ne l’a pas, nous avons donc un avantage sur la tournure des événements historiques à venir, ou découvertes scientifiques qui seront faites dans le futur du personnage

Local = accent sur une partie, une scène ou un personnage du récit (par opposition à « global »).

Motivation = Intérêt du personnage lié aux enjeux. Élément au plus haut de la hiérarchie en termes d’objectif. (voir « Objectif »)

Moyens = C’est tout ce qui peut être utilisé pour atteindre un objectif.

Nœuds dramatiques = ils représentent les tournants du récit et modifient l’action du protagoniste. Certains d’entre eux sont uniques et distincts dans la structure (l’incident déclencheur, le passage premier acte-deuxième acte, le climax).

Objectif = But à atteindre pour un ou plusieurs personnages. Indispensable vecteur de conflit lorsqu’opposé aux obstacles qui y mènent. Il y a une hiérarchie précise :

Ne pas confondre « motivations » (qui peuvent être vagues) et objectifs (qui doivent être précis).

Obstacle = Parce que rien n’est plus fort que les obstacles qui se dressent devant nous à cause de nous-mêmes ou de nos propres actions, les obstacles internes ou d’origine interne sont les plus intéressants. Note : ne pas sous-estimer l’importance du phénomène « compte à rebours » même au sens large, une limite temporelle est un sacré obstacle pour bâtir conflit et suspense.

Paiement = moment où un élément particulier du récit (objet, geste, dialogue, situation) prend un sens particulier dû à la préparation.

Passage premier acte / deuxième acte= nœud dramatique particulier qui peut être discret (voir fondu avec l’incident déclencheur), mais n’en reste pas moins capital. Il marque le moment où le spectateur a le sentiment que l’action démarre, c’est un tournant décisif pour le protagoniste.

Personnage = toute entité fictive qui possède un objectif (humain, animal, objet).

Point de non-retour = c’est un nœud dramatique particulier (pas forcément incident déclencheur, passage premier acte-deuxième acte, ni climax) qui dans certains récits indique un moment déterminant de l’action à la suite duquel un retour à la normale n’est plus possible. Exemple : la scène de la pilule dans Matrix.

Premier acte = voir « Structure en trois actes ».

Préparation = consiste à rendre vraisemblable, prévisible ou signifiante une information ou un événement en le présentant en amont.

Protagoniste = Personnage qui subit le plus de conflit dynamique. Peut aussi être un groupe de personnes, mais avec le même objectif global.

Question dramatique= c’est la question « le protagoniste atteindra-t-il son objectif ? » que se construit le spectateur.

Récit = Séquençage et ordonnancement particulier des faits relatant une histoire. (Choix de l’angle de vue de l’histoire, donc souvent, du protagoniste.) Le récit « raconte » l’histoire, c’est un parti pris de celle-ci.

Réponse dramatique= C’est la réponse à la question dramatique. Elle est soit positive (objectif général atteint), soit négative (objectif général abandonné ou non atteint). À noter la présence d’une seconde réponse dramatique dans le cas d’une structure de récit enrichie (voir « Structure en trois actes »).

Sous-objectifs= voir Objectif.

Statique = type de conflit qui laisse le personnage passif (un deuil par exemple).

Structure en trois actes= C’est la structure classique du récit occidental. C’est vieux comme les Grecs, à savoir Aristote, et non l’apanage d’Hollywood comme voudraient nous le faire croire nos cousins d’Amérique.

 Suspense = tension générée chez le spectateur par rapport à l’incertitude de la réponse dramatique.

Troisième acte= transition entre la fin de l’action et la fin du récit, c’est l’endroit où boucler toutes les questions et sous-intrigues encore ouvertes après le climax. C’est aussi la place pour donner une idée de l’avenir des personnages.

Unité d’action= principe qui consiste à imposer que chaque scène se focalise sur le problème posé par l’objectif du protagoniste. En scénarisation, il ne doit pas y avoir de digression. Autrement dit, se méfier des sous-intrigues. S’il y en a, elles doivent avoir une incidence sur l’intrigue principale et non développer des histoires parallèles indépendantes.

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Il n’y a pas de succès avant le travail

L’écriture est parfois ingrate. C’est une passion, mais un travail de longue haleine.

Combien de nuits blanches pour une intrigue qui tient la route ?

Combien de ratures avant une bonne page ?

Combien de jets avant un bon manuscrit ?

Combien de refus avant un contrat ?

Combien d’invendus avant un succès ?

Si vous voulez devenir célèbre tout de suite, ce n’est pas l’écriture qu’il faut choisir. Il faut poser sa candidature à une de ces émissions de télé-réalité, montrer ses sous-vêtements à la sortie et faire des paparazades. Si vous ne tombez pas dans l’anonymat aussi sec, lancez un disque ou une autobiographie de ce que vous n’avez jamais fait écrite par un nègre littéraire, créez une marque de bière ou investissez dans un bar. Ou alors participez à une autre émission.

L’écriture est comme un sacerdoce, comme toute autre passion, quelle qu’elle soit. On écrit parce qu’on aime écrire, parce qu’on a besoin d’écrire. La publication est le bonus, la récompense de tous ces efforts. Mais, est-ce que si vous n’êtes pas publié, vous allez arrêter d’écrire ? Alors c’est que l’écriture n’est pas plus une passion qu’un loisir. Si vous voulez être publié pour le prestige, c’est également une mauvaise idée. On ne devient pas écrivain pour le prestige, pas plus qu’on ne devient mannequin pour les jolies robes. Il y a tout un monde de coulisses dans tous les domaines que les gens ne connaissent pas.

Il ne suffit pas de se lever un jour et de dire « je vais écrire un roman ».

Il faut le vivre, le travailler, ce sera long.

Il n’y a pas de succès sans travail.

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Scénarisation, la dramaturgie au service des auteurs – OUVERTURE

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Ouverture – Les fondamentaux

Vous avez aimé la série d’articles « La méthode dite « du flocon » expliquée et illustrée » ? Eh bien, je réitère, mais cette fois, au lieu de traiter directement du roman, je vous propose de découvrir la conception scénaristique.

NOTE : ami romancier, ne passe pas ton chemin si vite, il y a beaucoup à glaner pour toi dans ce qui suit. Car c’est en effet l’art de la dramaturgie que nous allons explorer ensemble, le savoir-faire des conteurs d’antan, la genèse de toute histoire, qu’elle soit destinée à être lue, vue ou entendue. Qui plus est, je ferai plus tard une récap hybride pour explorer le meilleur des deux mondes et utiliser les mécanismes de la dramaturgie dans un contexte purement littéraire. (Pour une simple raison de vocabulaire, cette série sur la scénarisation en est en quelque sorte le prérequis.) Sur la forme, même combat que pour la série du flocon : reprise complète de mes notes accumulées sur le sujet depuis des années, indigestes, compréhensibles de moi seul – et encore… – pour arriver à une fiche synthétique de 6 pages (3 pages de « méthode », et 3 pages de lexique, car la scénarisation est un univers avec un vocabulaire bien à part). Cette nouvelle série d’articles se propose de détailler la méthode relative à cette fiche (que je vous fournirai bien entendu à la fin) au long de neuf articles qui seront composés ainsi :

  • Cette ouverture, pour cadrer le contenu et les attentes ;
  • Le lexique – une fois n’est pas coutume il sera dévoilé au début pour vous permettre de suivre les articles confortablement ;
  • Un article pour chacune des 6 étapes de la méthode ;
  • Un fondu au noir pour conclure le tout, mettre les annexes, références et documents.

Je n’ai pas la connaissance infuse, ce qui va suivre est le fruit d’années à glaner des infos sur la scénarisation et la structure dramatique, majoritairement outre-Atlantique, mais amplement pondérées par des ressources francophones (je me suis notamment payé toute la traduction des termes, parce que mes notes et brouillons étaient tous en anglais…). Il s’agit donc bel et bien de partage d’expériences personnelles et non d’un cours magistral. Après tout, il y en a dont c’est le métier et qui feront ça bien mieux que moi. Si j’ai une ressource principale à citer, c’est Aristote. Vous comprendrez que je peux difficilement lui avoir demandé son accord pour rebondir sur ses préceptes. Le philosophe antique sera amplement crédité avec mes autres sources à la fin de cette série. Sur ce, amorçons la bobine.

« Silence, on tourne ! »

L’effort temps à investir est évidemment dépendant du projet. Je vous annonce une fourchette de 100-125 h qui représente la phase de préparation pour un récit classique sans trop de recherches et mené par un scénariste en herbe. Oui, « préparation », je vous le confirme, vous n’aurez pas écrit une seule ligne de votre premier jet en sortant de cette méthode. Et ce n’est rien. Plus vous passerez de temps sur cette phase de conception, et meilleur sera votre script. Il n’y a pas de victoire rapide dans ce domaine, ce n’est pas un jeu d’arcade, c’est un jeu de rôle en ligne, ça n’en finit pas de progresser…

C’est sans polémique

Dans l’univers de la scénarisation, la question de « structurer sa créativité ou pas » n’a pas lieu d’être comme en littérature. C’est une approche hautement technique de l’écriture, ciblée sur des résultats visuels (théâtre, cinéma, télévision). Aucun script digne de ce nom n’est écrit sans structure, c’est tout bonnement impossible puisque le scénario n’est pas un produit fini, mais l’un des outils d’une très longue liste nécessaire à la production. Son seul but : donner un récit avec lequel le reste de l’équipe peut faire un film… En cela, il se doit d’être structuré, facile à lire et cohérent.

La philosophie de cette méthode

Elle tient en un nom, et je l’ai déjà mentionné : Aristote. Il s’agit ni plus ni moins de la dramaturgie grecque. Comprenez bien que celle-ci a beau être créditée à Aristote, elle n’a pas subitement vu le jour en 350 av. J.-C. Elle est le fruit de milliers d’années de tradition orale des conteurs antiques. Elle est la quintessence de ce qui fonctionne pour véhiculer de l’information visuellement et oralement pour marquer les esprits. À savoir : conflit, action et émotion, hiérarchisés dans un ensemble structuré adapté à l’étroitesse de nos esprits : début, milieu, fin. Dans le récit, tout est conflit (obstacles vs objectifs) et action (agissements, progression). Il faut du conflit (au sens large) dans tout récit, c’est ce qui crée les émotions et fait vivre l’histoire. Attention cependant, conflit n’est pas forcément synonyme d’agitation forte type bagarre et poursuite, au contraire, ceci est la manière la plus faible de représenter du conflit. Et il faut de l’action pour gérer ce conflit (encore une fois, au sens « agissements » du terme et non « agitation »). Si le protagoniste ne fait rien, le récit s’enlise. Le précepte « ne dites pas, montrez » est capital en scénarisation. Exposition, caractérisation, atteinte des objectifs, tout doit passer au maximum par une mise en action des personnages.

Trop de blabla

Je sais, ça fait beaucoup de vocabulaire d’un coup – d’où le lexique qui fera l’objet du prochain article –, et puis je m’adresse à des scénaristes, il vous faut sans doute du visuel… Eh bien prenez donc ça :

Ha ! ben oui, c’est du lourd… La bonne nouvelle, c’est que si vous suivez cette série d’articles jusqu’au bout, vous comprendrez la totalité de ces trois graphiques qui résument tout. La mauvaise… c’est que vous ne couperez pas au lexique et à beaucoup de texte explicatif… désolé, l’image ne fait pas tout, et si vous ne supportez pas de lire, vous devriez changer d’occupation, car un scénariste lit autant si ce n’est plus qu’un romancier… 😉

Avertissement

Le document final – et ses six étapes – sera condensé au plus haut point, ce qui lui donnera des allures de méthodologie pointue, rigide et contraignante. Ne vous laissez pas avoir. Le but est d’aider à la conception, jamais de brimer la créativité. Je le répéterai souvent dans les articles, mais n’aurai pas la place de le faire dans le document final : Ne brimez jamais votre désir d’écrire !

Les exemples

La filmographie des dernières décennies nous offrira pléthore d’exemples populaires pour illustrer mes propos, au besoin j’utiliserai mon propre travail de préparation exécuté sur le scénario de « Hack Back ».

Rendez-vous la semaine prochaine pour découvrir le vocabulaire passionnant de la dramaturgie.

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« Odette Toulemonde » ou le classique vs le populaire

Odette ToulemondeOn ne programme pas une soirée avec des amis et du pop corn pour voir un film comme Odette Toulemonde. C’est un film sur lequel on tombe par hasard en zappant.

Odette Toulemonde d’Éric-Emmanuel Schmitt est un petit bijou sans prétention, léger et décalé. Odette, jouée par Catherine Frot, est une quadragénaire comme il y en a des millions : veuve, elle travaille dans un grand magasin à Charleroi, a deux enfants et les seuls moments de répit dans sa vie sans excitation sont la musique de Josephine Baker et les romans de Balthazar Balsan (joué par Albert Dupontel). Lorsque ce dernier dédicace à Bruxelles, Odette est incapable de lui dire ne serait-ce que son prénom. Pour compenser, elle lui écrit une lettre pour le remercier de tout ce qu’il lui offre quand elle lit ses livres. Et sans le savoir, cette même lettre, écrite dans du papier à lettres pour adolescentes, va sauver Balsan (Comment ? Regardez le film, ça vaut le coup !).

Balsan est un écrivain populaire à succès, est riche, sa femme est belle, son fils intelligent est dans une pension quelque part. Il a tout pour être heureux, vrai ? Faux. Parce que ce film, sous fond de légèreté, lance le débat sur l’écrivain populaire (acclamé par le public, méprisé par les critiques) versus l’écrivain classique (encensé par les critiques). Un des moments qui m’a le plus marqué, c’est lorsque l’écrivain et animateur d’une émission littéraire Olaf Pims (Jacques Weber) critique le dernier roman avec l’argument « c’est un roman pour les coiffeuses et les ménagères » et jette le livre avec dédain par-dessus son épaule. Ce n’est ni intellectuel ni bon. Les « petites gens » lisent Balsan par millions, mais le milieu parisien le boude. Pour Balsan, c’est dévastateur.

Ce film montre l’éternel mépris envers les lecteurs d’écrivains comme Marc Levy et Guillaume Musso parce que ce n’est pas du Victor Hugo ou du Flaubert. Mais, si Bill, notre lecteur préféré, veut lire du Flaubert… il va prendre un livre avec Flaubert marqué sur la couverture, n’est-ce pas ? Lire est une activité personnelle. À chacun ses émotions devant une histoire, devant une plume. On peut aimer un écrivain classique et un écrivain populaire de la même manière pour des raisons totalement différentes.

Pour nous autres écrivains, apprentis ou renommés, la question reste essentielle. Veut-on écrire pour un petit cercle bien-pensant ? Ou alors pour le plus grand nombre ? Est-ce vraiment un mal d’être un écrivain populaire ? Est-ce un mal de vouloir que les coiffeuses, les vendeuses, les maraîchères, les ménagères de tous les âges nous lisent ?

Oublions les petits complexes, écrivons ce que nous aimons, lisons ce que nous voulons. Un tiers de la population doit être ménagère de moins de cinquante ans (le choc !).

Mais aujourd’hui, il y a un terme plus in pour ça, moins champêtre : housewife. Du français wife, évidemment.

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