Genres sans frontières : Silène

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[Espaces Comprises] : Peux-tu te présenter ?

Silène : Enseignante de lettres, je suis passionnée par la littérature depuis toute petite grâce à mes parents lecteurs. D’ailleurs mon père et mon frère écrivent eux aussi.
Petite, je dévorais tout ce qui passait à ma portée, en particulier les collections Medium et Page Blanche, que j’adorais. Mais aussi des classiques et des BD en grand nombre ! J’ai gribouillé quand j’étais ado tout un tas de poèmes qui remplissent une cagette sous mon bureau, et puis je me suis mise à étudier la littérature au lycée et à la fac : écrasée par les génies du passé, je n’ai plus écrit que des disserts et des commentaires pendant des années. Après avoir étudié les surréalistes belges et Rabelais, j’ai passé le Capes et puis je suis allée faire mes armes de prof en banlieue parisienne.
Ensuite, j’ai suivi mon mari à Tahiti où j’ai eu beaucoup de temps pour moi parce qu’il était souvent en mer et que mes amis étaient tous en métropole. Syven m’a poussée à écrire une histoire née sur un chemin de randonnée l’été précédent et j’ai commencé à rédiger La Saveur des figues. C’est cette année-là que j’ai créé Callioprofs aussi. Puis le retour en France, la naissance de ma première fille, tout ça a pris du temps avant que je n’envoie le texte aux Éditions du Jasmin. À l’époque, je ne travaillais pas chez CoCyclics, je ne savais même pas ce qu’était la bêta-lecture ! Et puis Saad Bouri a pris le texte, c’était inespéré pour moi : publier mon premier roman ! Une vraie bonne surprise.
J’ai écrit le tome II, j’ai commencé à travailler avec les grenouilles de la Mare, je suis même devenue permanente du collectif après avoir co-dirigé le premier Guide des éditeurs avec Paul Beorn. L’écriture est devenue de plus en plus importante, jusqu’à être essentielle. J’ai cherché toute ma courte vie des moyens de m’exprimer : j’ai fait du dessin, du théâtre, de la danse, du jeu de rôles pendant des années.
L’écriture est le médium qui me convient. J’écris énormément maintenant, le tome III de Moana qui sort en juin, les nouvelles qui viennent de paraître et puis Adèle (roman jeunesse historico-fantastique), Féelure (novella de fantasy burlesque) qui attendent encore dans le couloir des éditeurs, les Fortune cookies (roman adulte d’anticipation) qui sont sur la table de travail, poussés au derrière par deux autres projets jeunesse. 7 ans, 7 textes !

[EC] Pourquoi as-tu choisi un pseudonyme ?

Il y avait déjà deux Ruhaud sur le marché du livre et je n’avais pas envie d’utiliser mon nom d’épouse, mon petit côté féministe à moi. Il me fallait donc un pseudo. Silène était mon personnage dans le jeu de rôle Agone, de Mathieu Gaborit. (À cette époque, je jouais avec Fabien Dannepont et, sans le savoir, je croisais déjà le petit monde de la SFFF lors de notre convention de JDR soutenue par l’équipe de Multisim !) J’avais choisi Silène en référence au prologue de Gargantua qui est mon art poétique ! Je suis très gênée aujourd’hui de ma présomption car je ne suis pas du genre à être persuadée d’avoir produit « une céleste et inappréciable drogue ». Cependant, je suis pleinement en accord avec ces propos de mon illustre maître :

« C’est pourquoi il faut ouvrir le livre et soigneusement peser ce qui y est traité. Alors vous reconnaîtrez que la drogue qui y est contenue est d’une tout autre valeur que ne le promettait la boîte : c’est-à-dire que les matières ici traitées ne sont pas si folâtres que le titre le prétendait. »

[EC] Pourquoi avoir choisi de tout écrire sous le même pseudonyme ?

Cela m’a demandé pas mal d’huile de cerveau que de me décider. J’aimais bien l’idée de multiplier les pseudos. Voire même de créer de véritables hétéronymes comme Pessoa. Cela aurait bien correspondu à une période de ma vie où je multipliais les activités de façon compartimentée. Et puis, l’an passé, j’ai soigné ma tendance aux personnalités multiples en les reliant toutes et il a semblé évident que je ne pouvais pas continuer à me disperser. J’ai donc décidé que Silène serait mon nom d’auteur unique. Même si en effet, il peut sembler étrange (provocateur ?) d’écrire des livres pour ados ET des nouvelles coquines avec le même nom.

[EC] Comment faire la différence auprès du public ?

Les libraires, les bibliothécaires et les parents ont un regard sur ce que lisent les plus jeunes : ce n’est pas parce que tous les enfants lisent Le Pont Mirabeau qu’ils lisent aussi Les onze mille verges du même Apollinaire ! Vous connaissez sans doute les Contes d’Hoffman, la gentille histoire de Casse-Noisette, sans pour autant avoir lu Sœur Monika… Ce n’est pas à moi de faire cette différence, c’est le boulot des diffuseurs et des prescripteurs. Et si, par le plus grand des hasards, un ado ouvre Les Moelleuses au chocolat, ça me semble moins dangereux pour l’image des femmes et son propre équilibre qu’un porno bien sexiste comme il en existe beaucoup.

[EC] Comment compartimenter les différents genres ?

Je ne compartimente pas, tout ressort d’un même appétit de vivre !

[EC] Est-ce que les différents genres sont complémentaires ?

Pour moi, oui, mais c’est peut-être impossible à voir pour les lecteurs car seuls trois livres sont sortis sur les sept écrits ces dernières années. L’ensemble forme un puzzle assez simple à lire pour ceux de mes proches qui les connaissent tous. Il y a des questions récurrentes sur la mémoire, la transmission, une part importante dévolue au plaisir et à la gourmandise et un discours engagé sur la nécessité d’agir. Je cite Roanne : « Ce que je retrouve à chaque fois, dans chacun des textes de Silène, c’est une humanité débordante ». Si réellement j’ai réussi à faire ça, c’est parfait pour moi !

[EC] Est-ce que les recherches, par exemple, peuvent être utiles dans les différents genres ? Est-ce que l’étude des mécanismes d’un genre peut permettre de mieux comprendre ceux d’un autre ?

Bien sûr, oui, c’est essentiel pour moi et je continue le travail, j’essaie de perdre la verdeur des débuts pour maîtriser un peu mieux à chaque fois cet art difficile grâce à la lecture d’autres auteurs et d’ouvrages critiques. Je continue à lire énormément, de la jeunesse, du contemporain, des classiques, je bêta-lis aussi, je me penche sur les ouvrages théoriques. L’an prochain, je vais passer l’agreg et c’est l’occasion pour moi de relire beaucoup de textes patrimoniaux et de me poser des questions : comment Corneille réussit-il à créer un plaisir esthétique face à la haine pure d’un personnage ? N’aurais-je pas intérêt à créer une fin plus énigmatique pour tel ou tel projet, à la façon de Gracq ? J’adore le personnage du fou dans le Francion de Sorel : comment m’en inspirer tout en me dégageant d’une influence sclérosante ?
Cependant, et j’insiste sur ce point, il ne me semble pas indispensable d’avoir cette culture pour écrire : nombre d’auteurs qui produisent des merveilles le font sans ce savoir et cela donne des résultats tels que je n’ose même pas espérer les atteindre ! La culture littéraire est un élément de mon cursus, il est donc important pour moi et, comme je suis enseignante de lettres, j’engage toujours à lire plus. Mais ne pas connaître les auteurs que je cite plus haut ne veut pas dire qu’on a des trous honteux dans sa culture, au contraire, on a juste des occasions de plus de prendre son pied en lisant des bouquins nouveaux ! J’abhorre la pédanterie des gens de lettres qui sont persuadés de détenir le saint Graal parce qu’ils ont chauffé les bancs de la fac de lettres 4 ou 5 ans ! Complexer les autres sur leur prétendu manque de culture est à l’opposé de mon métier d’enseignante. Engager à être curieux, par contre, ça me plaît !!

[EC] Quelle est ton actualité ?

Les Moelleuses au chocolat, recueil de contes érotiques au chocolat, viennent donc de paraître au Jasmin et sont sélectionnées pour le prix Epicure « L’ivresse des plaisirs« . Vous pouvez aussi vous essayer aux recettes sur le site dédié.
Le tome III de Moana, le dernier, est sur la table de l’éditeur pour les corrections éditoriales afin de sortir en juin. Un site existe aussi pour les enseignants qui veulent faire lire La Saveur des figues.
Quant à Féelure et Adèle, j’espère vous en donner des nouvelles rapidement ! En attendant, je corrige mes Fortune cookies et j’attaque deux nouveaux romans historiques.

Photo © Mélanie Fazi

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Scénarisation, la dramaturgie au service des auteurs – ETAPE 2

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L’étape 2 – Bâtir le récit (les fondations)

Pour commencer, il faut définir le protagoniste et les nœuds dramatiques. Le protagoniste parce qu’il est le personnage avec le plus de conflits et les nœuds dramatiques parce qu’ils sont en rapport avec les obstacles du protagoniste. Cet article fera abondement appel au vocabulaire et à la structure propre à la dramaturgie. Je vous invite à utiliser le lexique en cours de route.

Lister les éléments principaux du récit :

  • Titre

Définir le titre. Inutile de passer un temps fou dessus car il y a de fortes chances qu’il s’agisse d’un titre de travail de toute façon et non du titre final du film (souvent le choix du producteur). Néanmoins il est important car il identifie le projet. Sans lui, le récit n’a pas de corps, pas de réalité « physique ». Puis… on va l’avoir sous les yeux pendant des mois, alors autant en choisir un qui nous plaise dès le début.

  • Pitches

Le plus simple pour arriver au pitch reste encore d’identifier le protagoniste, l’objectif global et les obstacles qui font le plus sens pour exprimer votre idée de base identifiée dans l’étape 1.

Attention à ne pas confondre le tagline (slogan commercial qui trône sur les affiches) et le One-line (outil de travail qui nous concerne présentement).

      • Pitch dramatique (résume l’action du récit) – Obligatoire

Formule simple : Pitch dramatique = Dans une arène, le protagoniste caractérisé lutte contre des obstacles qui l’empêchent d’atteindre l’objectif découlant d’un incident déclencheur.

Le protagoniste caractérisé et son objectif sont obligatoires. Toujours montrer l’action et non pas le résultat. Pour le reste, essayez de donner le maximum des éléments de la formule susmentionnée en une seule phrase et sans faire des ronds de jambe littéraires (mieux vaut alors le faire en deux phrases). La concision est preuve de maîtrise de son sujet. Pas de nom, pas de concepts et surtout pas de révélation de la fin. La question dramatique doit rester entière.

      • Pitch révélateur (résume le sens, la leçon du récit) – Facultatif

Formule simple : Pitch révélateur = Un personnage caractérisé apprend à changer en se confrontant à un conflit.

Ce n’est pas forcément le protagoniste qui change le plus dans l’histoire. Les grands hommes qui façonnent le monde autour d’eux font d’excellents protagonistes, sans pour autant changer eux-mêmes. Par exemple, une mère célibataire peut être la protagoniste d’une histoire difficile et pourtant, son enfant est celui qui en sort le plus changé. Cette fois, pas d’action, mais bel et bien du résultat. En une phrase, il s’agit d’exposer la leçon reçue du personnage qui change le plus. ATTENTION, il peut aussi n’y avoir aucun personnage qui évolue (c’est rare et nos cousins outre-Atlantique m’étriperaient s’ils lisaient ceci, mais nous sommes en Europe et il n’y a pas que les récits initiatiques qui fassent de bons films…).

  • Protagoniste

Il y aura une étape de caractérisation complète plus tard. Pour le moment, il faut identifier le protagoniste. Le truc de la « fiche signalétique » marche toujours. Nom, âge, physique, occupations, qualités et forces principales, défauts et perversions principaux (importants les défauts, on se rappelle mieux des protagonistes qui en ont, simplement car cela les humanise), ambitions et rêves, peurs et cauchemars (éventuellement un fantôme dans le cas du protagoniste hanté)…

  • Arène (facultatif)

Préciser l’arène n’a de valeur que si celle-ci est spéciale et est exploitée dans le récit. Il n’y a aucun souci à concevoir un récit qui se passe de nos jours dans une ville d’Occident banale, mais si l’action est un peu intemporelle et peut se dérouler presque n’importe où, pas besoin alors de dégoter une arène à tout prix. S’il y en a une, elle doit être spécifique et exploitée à fond (vaisseau spatial, sous-marin, asile, monde post-apocalyptique…).

  • Incident déclencheur

Il peut être externe (hasard, choses de la vie, imprévus…) ou interne (conséquence directe ou indirecte d’une action ou inaction hors récit du protagoniste type gains/pertes, naissance, épreuve due à la nature ou à la personnalité du protagoniste).

Il doit être unique pour focaliser l’attention et même s’il peut lui aussi être hors récit, il est préférable de l’y intégrer. Sa présence et sa mise en scène convenable sont un formidable moteur pour le récit.

  • Objectif général

Il doit être explicite, sans ambiguïté et unique (rien n’empêche d’avoir des sous-objectifs, bien au contraire, mais l’objectif général est lui bel et bien unique). Une règle efficace consiste à toujours le formuler à l’aide de verbes d’action. Il peut être constitué soit en partant du climax, soit en identifiant le conflit le plus fort dans le deuxième acte. C’est ce que le protagoniste a le plus de mal à faire qui doit former l’objectif général.

Tout étant conflit et le conflit étant le résultat de l’opposition entre objectif et obstacles, la définition de l’objectif général est capitale. Il doit être parfaitement identifié par le spectateur, difficile à atteindre par le protagoniste, réaliste dans son apparition (motivé par des choix ou mieux des actions), servir de « carotte » de manière à assurer une adhésion indéfectible de la part du protagoniste.

  • Enjeu

L’enjeu représente ce que le protagoniste a à perdre ou à gagner. Attention, ce n’est pas l’objectif, mais plutôt « le résultat » de l’objectif (si celui-ci est atteint ou pas).

  • Motivation

Consciente ou pas, elle représente le sens profond des agissements du protagoniste. (Voir le lexique)

  • Autres personnages importants

Tout comme pour le protagoniste, il y aura une étape de caractérisation complète plus tard. Pour le moment, il faut identifier les personnages principaux par rapport à l’action et au protagoniste, donc ceux qui aident ou obstruent le chemin vers l’objectif général. Le truc de la « fiche signalétique » marche aussi ici. Nom, âge, physique, occupations, qualités et forces principales, défauts et perversions principaux (toujours aussi important les défauts), ambitions et rêves, peurs et cauchemars (éventuellement un fantôme)…

Tous les personnages secondaires devraient aussi avoir un objectif (même plusieurs), c’est le meilleur moyen de les rendre vivants. Par contre, ils peuvent atteindre leurs objectifs sans, ou avec moins d’obstacles que le protagoniste. Sinon, ils deviennent eux-mêmes protagonistes…

  • Passage premier acte-deuxième acte

Identifiez le moment qui survient juste après (parfois même en simultané) la révélation explicite ou implicite de l’objectif général. C’est le moment où l’action (au sens agissements) démarre. Par la suite, il sera préférable de dédier une scène à ce passage capital du récit.

  • Sous-objectifs et moyens

Lister les divers sous-objectifs nécessaires pour atteindre l’objectif global. Énumérer les moyens disponibles pour atteindre ces sous-objectifs.

  • Obstacles internes

Lister les obstacles internes du protagoniste.

  • Obstacles externes d’origine interne

Lister les obstacles externes d’origine interne du protagoniste.

  • Obstacles externes

Lister les obstacles externes.

  • Ironies dramatiques (facultatif)

Lister les ironies dramatiques présentes tout au long du récit s’il y en a.

  • Ironies dramatiques diffuses (facultatif)

Lister les ironies dramatiques diffuses présentes tout au long du récit s’il y en a.

  • Coups de théâtre (facultatif)

Lister les coups de théâtre présents tout au long du récit s’il y en a.

  • Point de non-retour (facultatif)

Indiquer le point de non-retour s’il y en a un clairement définissable.

  • Climax médian (facultatif)

Identifier le climax du deuxième acte s’il y en a un.

  • Climax

Identifier le climax.

  • Réponse dramatique

Favorable ou pas ?

  • Réponse révélatrice (facultatif)

S’il y a eu question liée au pitch révélateur, en statuer la réponse ici (le personnage concerné a-t-il évolué tel que présumé ?).

  • Troisième acte

Résumer le troisième acte. Ne rien oublier de ce qui pourrait encore être en suspens à la suite du climax. Dans le cas d’une structure enrichie, détailler les étapes qui expliquent le revirement de situation, le climax final et sa réponse dramatique appropriée, ainsi que l’ultime partie de clôture.

      • Coup de théâtre du 3e acte (uniquement si 3e acte à structure enrichie)

Expliquer le coup de théâtre qui remet en cause le climax général.

      • Climax du 3e acte (uniquement si 3e acte à structure enrichie)

Identifier le climax final.

      • Réponse dramatique du 3e acte (uniquement si 3e acte à structure enrichie)

Cette seconde réponse dramatique vient en général en révision de la première (elle en est donc l’inverse). Dans de rares cas, elle peut venir en complément (donc, confirmer la première).

      • Troisième acte du 3e acte (uniquement si 3e acte à structure enrichie)
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Rebelle Éditions

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[EC] Peux-tu raconter la naissance de Rebelle Éditions ?

Astrid Lafleur : J’ai créé la maison d’édition le 1er août 2011 (sous la forme d’une SARL familiale) suite à une mauvaise expérience chez un éditeur. J’ai écrit un roman en 2010, j’ai trouvé plusieurs éditeurs qui étaient d’accord pour m’éditer… à compte d’auteur. Du coup, j’ai évidemment payé. Je n’y connaissais rien. Je ne me suis pas fait avoir à 100% car mon livre ne s’est pas trop mal vendu pour un premier roman, mais je ne suis pas rentrée dans mes frais (logique).

Donc, j’ai créé la maison avec pour but d’être présente pour les auteurs. Rebelle ne fait rien payer, les corrections, les illustrations, tout est à notre charge. À moins qu’un auteur arrive avec sa propre illustration. Nous essayons d’avoir une ambiance familiale, mon mot d’ordre [est] « la transparence » ! Et l’écoute !

[EC] Quelle est votre ligne éditoriale ?

Au commencement, nous n’avions que des romans sur le thème du fantastique (le thème des vampires était le plus présent). Mais depuis, Rebelle a 7 collections différentes :

[EC] Quels sont les formats ?

Nous sommes une maison d’édition traditionnelle et nous faisons des tirages papier en conséquence, nous réimprimons dès qu’il le faut. Certains titres ont été sortis à plus de 1000 exemplaires depuis leur sortie. [Pour le papier, nous avons choisi le] 13 x 20 cm, entre le grand format et le poche. Cela permet de pouvoir être emmené partout dans nos sacs, mais aussi d’être léger et maniable lorsque le lecteur lit au lit. Très pratique. Mais nous avons aussi le format ePUB, Mobi, Kobo et PDF (dernièrement) pour permettre au plus grand nombre de pouvoir lire nos parutions.

[EC] Comment se déroule la soumission ?

Nous fonctionnons au compte-gouttes. Pour éviter que les auteurs n’attendent, nous ouvrons les soumissions régulièrement pour nous occuper tranquillement des manuscrits envoyés. Tout est sur notre site internet afin de savoir comment faire pour nous envoyer votre manuscrit.

[EC] Comment choisissez-vous un roman ?

Le roman doit être un coup de cœur. Dès les premières pages, il doit nous attirer. S’il plaît au comité de lecture, il est relu par une personne en particulier et nous en parlons.

[EC] Quel a été le dernier grand coup de cœur de Rebelle ?

Erenn d’Emily Musso. Un roman fantastique qui se déroule entre Paris et l’Irlande. La magie des légendes vous entraîne dans cette histoire jusqu’à la dernière page.

[EC] Quel a été le plus grand best-seller ?

Alors, ce ne sont pas des best-sellers puisqu’il faudrait en vendre beaucoup… Mais à l’heure actuelle, il s’agit de la saga Les étoiles de Noss Head de Sophie Jomain. Un Young Adult où se mêlent loups-garous et anges noirs. La plume de Sophie est très addictive.

[EC] Quelles sont vos actualités ?

Depuis janvier, nous avons publié 4 romans :

Dès le 20 mars, nous aurons :

Grande première, nous serons au Salon du Livre de Paris du 22 au 25 mars prochain. Au stand Y17.
Ensuite, nous serons pour la deuxième fois aux Imaginales à Épinal, fin mai.

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Scénarisation, la dramaturgie au service des auteurs – ÉTAPE 1

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Étape 1 – Faites-vous votre cinéma

Osez ! Il faut se lâcher, même si cela paraît « trop gros ». Les idées les plus extravagantes peuvent être source de la meilleure inspiration. (Il sera temps, plus tard, de songer néanmoins à un certain équilibre dans le récit. Être dans l’excès tout le temps finirait par lasser le spectateur.) Faites-vous votre film. Littéralement ! Voyez des scènes, visualisez vos personnages, vivez des moments forts, entendez des dialogues qui accrochent…

Vous allez maintenant devoir sortir toute la quintessence de ce tourbillon d’idées. Réfléchissez avant d’écrire quoi que ce soit, sinon vous serez poussé uniquement par votre inconscient. Je sais que je brise l’artiste qui sommeille en vous en disant cela, mais sans réflexion, il n’y aura pas de récit cohérent, fort, et… compréhensible par les autres. Alors, à moins que vous ne vouliez écrire que pour vous-même (et dans ce cas, la scénarisation n’est sans doute pas le bon choix), reprenez le contrôle de votre hémisphère droit et basculez un peu sur le gauche (vous pourrez toujours relâcher la bride du côté droit plus tard…).

Sachez ce que vous racontez, ne vous dispersez pas. Vous êtes peut-être un génie, moi pas… Quand je me lance dans un projet, je dois l’exprimer clairement. J’ai des tas d’idées qui me viennent en tête, plein de choses qui me motivent et que je voudrais explorer. Le plus dur est de n’en conserver qu’une et une seule qui sera LA ligne directrice du récit. LE point de départ de l’aventure et à partir duquel tout va se construire sans parasitage. Si vous avez beaucoup à dire, faites-le dans plusieurs récits. N’essayez pas de tout faire tenir dans un seul, vous y perdriez votre spectateur. En clair : choisissez vos batailles ! Trouver la bonne idée n’est pas toujours la partie le plus facile (contrairement aux idées reçues justement), mais c’est la plus amusante, alors profitez-en : explorez, triez, jetez… À la fin, il ne peut en rester qu’une. (Ça, par exemple, c’est le concept de base de Highlander.)

 

Prenez le temps de décanter le concept, le sujet, l’idée de base, afin qu’elle :

  • Soit facile à comprendre ;
  • Puisse tenir en une phrase ou deux ;
  • Soit provocatrice/intéressante/accrocheuse ;
  • Ait du caractère et du conflit ;
  • Soit unique, mais avec des éléments familiers.

Exemple : « Un groupe de mercenaires fabrique toutes les preuves nécessaires pour accuser un innocent du meurtre qu’ils ont commis. Mais leur « pion », ancien hacker, va changer les règles du jeu pour tenter de sauver sa peau.  »

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Ce que n’est pas un éditeur

This entry is part 2 of 2 in the series Les différents types d'édition

Parfois, les primo-romanciers ont une conception étrange du métier d’éditeur, mais ils ne sont pas les seuls. Des structures se créent dans le but officiel de promouvoir les jeunes écrivains, mais en réalité, qu’en est-il ?

Voici les principales choses à savoir sur ce qu’est un vrai éditeur :

1) Un éditeur n’exige rien en échange de la publication de votre livre

Le contrat qu’un réel éditeur vous fait signer est un contrat à compte d’éditeur. Il investit parce qu’il croit en vous, en votre écrit. Il s’occupe de la correction, de la maquette, de la couverture, de la promotion, de tous les détails légaux et plus encore.

Si on vous demande de débourser un centime (oui, un seul), c’est du compte d’auteur (aussi appelé participatif). Vous n’avez plus affaire à un éditeur, mais à un prestataire de services. Il vous fait payer la maquette pour une somme exorbitante ou/et la correction de votre roman. On essaiera de vous convaincre que « c’est normal d’aider un éditeur qui se lance ». Oui, mais non. Si un éditeur se lance, il a déjà assuré ses arrières. Ses moyens peuvent être limités, on ne le condamnera pas pour ça, mais il fera son travail comme il se doit. On ne demande pas à un employé d’aider son patron à payer les salaires (ou bien ?).

Si on vous exige une liste de contacts pour un système de pré-ventes, c’est du compte de lecteurs. Ce système permet de payer l’impression de votre roman et, dans l’attente d’une certaine somme, le travail sur votre livre est au point mort. Un vrai éditeur publie votre roman, peu importe le nombre de pré-ventes (si tant est qu’il pré-vende).

Un prestataire de services sérieux ne se donne pas le nom d’éditeur. Il informe clairement de ses prestations. Ses prix seront moins salés que celui d’un faux éditeur.

2) Un éditeur n’est ni un correcteur ni un nègre littéraire

Souvent, j’entends/lis ici et là « si l’histoire est bonne, les fautes sont secondaires ». Et j’ai un « lol » involontaire qui quitte mes lèvres. Surtout lorsque c’est suivi d’un « c’est à l’éditeur de corriger ».

Le rôle de l’éditeur n’est pas de vous corriger ! Les corrections éditoriales vont au-delà de concordances de temps et de l’orthographe impeccable. Un éditeur cherche à dynamiser un texte, à polir un diamant brut, à travailler le potentiel, mais la forme est déjà présente.

Lorsque votre manuscrit arrive sur la pile à lire, il va passer un premier tri : mise en page aux normes, français correct, respect des consignes, etc. Si la première page a cette allure : « Il est rentrer chez lui, seul, déprimé. Il a réfléchit à tout ce qu’elle lui a dit. Il ne peux pas la perdre, ce serait trop bête. », alors vous pouvez être certain que votre manuscrit ne passera pas à la prochaine étape.

Il ne faut pas se leurrer : une maison d’édition est une entreprise. Elle ne vous demande pas de débourser de l’argent, mais vous demande de ne pas lui en faire perdre. Et tout le monde sait : le temps c’est de l’argent. Un lecteur ne va pas perdre son temps avec de la mauvaise prose. Nous, les correcteurs, avons les yeux qui saignent pour de vrai quand nous voyons passer des textes pour des appels et des concours. Je ne vous parle pas de coquilles.

En tant qu’écrivain, la langue est votre outil de travail. Respectez-la. Respectez votre lecteur, aussi.

3) Un éditeur n’est pas une assistante sociale

Vous avez vécu une enfance terrible, vous êtes passé par des épreuves insoutenables, vous avez guéri d’une maladie pratiquement incurable… Ceci ne poussera pas un éditeur à vous publier. Pas automatiquement, en tout cas. Que ce soit un récit ou une fiction, le texte doit happer dès le départ. Certains misent sur l’humour et l’auto-dérision, d’autres se font plus poétiques. Peu importe le ton que vous prenez, le texte prime sur votre histoire personnelle. On est désolé pour vous, mais ce ne sera pas suffisant.

4) Un éditeur ne vous fait pas payer pour faire votre promotion

Si vous signez avec un vrai éditeur, la promotion fait partie du « packaging ». Il ne va pas vous demander de débourser une somme pour paraître dans un catalogue/une vitrine, pour faire parvenir vos romans à des magazines et des blogs en services de presse. Il a un réseau (petit ou grand) et il le fera fonctionner pour vous. S’il vous demande une compensation, ah… comment dire…

En bref :

Un éditeur sérieux investit son temps et son argent en vous, en votre livre. Il mettra tout en œuvre pour que votre livre soit visible, pour qu’on parle de vous. Il est votre partenaire en plus d’être votre patron. En échange, il vous demande de travailler avec lui pour les corrections éditoriales, de donner de votre personne lors de la promotion. Mais jamais il ne vous demandera de lui signer un chèque.

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