Le contrat d’édition : partie 2

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3/ Les obligations de l’auteur

Nous avons vu précédemment quels étaient vos droits en tant que créateur d’une œuvre. Céder ces droits ne se fait pas sans accepter un certain nombre de contraintes car, si l’éditeur s’engage à vous publier, vous n’avez pas encore fini votre part du travail.

Respect des termes du contrat

J’enfonce une porte ouverte, mais mieux vaut insister sur les essentiels. Lisez bien votre contrat avant de signer : il comporte des obligations particulières auxquelles vous devrez vous tenir. Certaines, telles que le délai de remise du manuscrit, peuvent être aisément négociables. Ainsi, mieux vaut demander un mois supplémentaire pour être sûr d’être dans les temps et de faire du bon travail, plutôt que de signer sans regarder et de vous retrouver pris de court.

De même, le contrat précisera le nombre d’exemplaires auteur que vous recevrez, les conditions de distribution d’exemplaires gratuits, etc. Autant de paramètres qui prendront de l’importance une fois le processus éditorial engagé et qu’il vaut mieux connaître.

Plagiat, extraits, respect d’autrui

Cela peut sembler élémentaire, mais il est toujours bon de le rappeler : en signant un contrat d’édition, vous garantissez à l’éditeur que vous êtes l’auteur de cette œuvre

Si vous citez l’œuvre de quelqu’un d’autre, cela doit être fait dans le respect du droit de citation. Celui-ci fera l’objet d’un article sur [EC], mais sachez que les principes de base à respecter sont les suivants : le texte que vous citez doit déjà avoir été publié avec l’accord de son auteur et vous devez respecter son droit moral, c’est-à-dire, a minima, citer le nom de l’auteur et le titre de l’œuvre. Enfin, la citation n’est autorisée que « dans la mesure du but à atteindre », autrement dit : la plupart du temps, il vous est interdit de la reproduire en totalité. Vous devez vous contenter des extraits ayant un rapport direct avec votre propos.

De plus, vous vous engagez à ne pas diffamer qui que ce soit et à respecter la vie privée d’autrui. Le manquement à ce principe simple peut avoir de lourdes conséquences.

Corrections éditoriales

Les fameuses corrections éditoriales dont nous parle si bien Roxanesont parfois mal vues des aspirants à l’édition. Les uns se sentent incompris, les autres ont l’impression de trahir leur texte, enfin certains se sentent dépossédés de leur œuvre. Sachez qu’en signant un contrat, vous vous engagez à passer par là. L’éditeur ne vous demande pas ces corrections pour le simple plaisir de vous faire réécrire votre texte, mais bien pour l’améliorer ! Alors certes, on pourra vous suggérer de supprimer des passages entiers qui vous tiennent à cœur. On pourra vous faire supprimer des tournures de phrases couramment utilisées et que vous croyiez sincèrement correctes. On pourra critiquer certains effets de style dont vous étiez très fiers. C’est dur. Parfois, votre fierté en prend un coup. Mais croyez-moi, c’est pour le mieux – et de toute manière, c’est obligatoire. Si cela peut vous rassurer, sachez que chacun des articles [EC] est corrigé par Vanessa et Jo Ann, qui appliquent à chaque fois des corrections, parfois en quantité industrielle. Mais on finit par s’y faire.

Cet article après être passé entre les mains de Jo Ann et Vanessa. Plutôt impressionnant!

Promotion

Ne croyez pas que, parce que vous avez trouvé un éditeur, votre livre ne dépend plus de vous. Vous vous devez de participer, dans la mesure de vos moyens, à la promotion de votre texte. Ainsi, vous pouvez démarcher les librairies près de chez vous, en parler sur le net, vous inscrire à des manifestations culturelles…

4/ Les obligations de l’éditeur

Bien entendu, signer un contrat engage au minimum deux parties et l’auteur n’est pas le seul à avoir des obligations.

Respect des termes du contrat (encore)

Si l’auteur a une date limite de remise du manuscrit, l’éditeur a une date limite de publication, après quoi le contrat devient caduc.

Avec le respect des droits d’auteur, c’est l’une des obligations les plus importantes de l’éditeur. Nombreux sont ceux qui ont eu des soucis avec leurs auteurs car ils étaient dans l’incapacité de tenir ce délai. Bien sûr, cela ne veut pas dire que votre livre paraîtra dans les deux semaines. Mais ce délai doit être raisonnable et vous pouvez considérer qu’au-delà d’un an, il est excessif.

Processus éditorial

L’éditeur est donc en charge du processus éditorial. Celui-ci recouvre plusieurs services qu’il doit fournir gratuitement et obligatoirement à l’auteur (à moins d’éditer à compte d’auteur, mais c’est une autre histoire).

Ainsi, l’éditeur prend en charge les corrections éditoriales – soumises à l’approbation de l’auteur – et les corrections typographiques, qui peuvent être menées indépendamment. L’éditeur se charge également de la mise en page et de la création de la couverture. C’est donc à lui, lorsque la situation l’exige, de trouver un illustrateur et de le rémunérer.

L’auteur a parfois un droit de regard sur la création de la couverture, auquel cas ceci est inscrit au contrat.

Rémunération et charges sociales

En tant qu’ayant-droit sur votre œuvre, l’éditeur se doit de vous rémunérer. Cette rémunération s’exprime en général en pourcentage du prix hors taxes de votre livre. Ce pourcentage n’est souvent pas le même lorsque le livre est vendu au format papier ou au format numérique. Ainsi, pour une édition en format papier, l’auteur touche généralement entre 8 et 10 % du prix de vente HT. Au format numérique, ce pourcentage se situe entre 20 et 50 % HT. Dans le cadre de cette rémunération, l’éditeur vous fera parvenir une à quatre fois par an un état des ventes.

De plus, votre éditeur peut éventuellement vous verser un à-valoir, c’est-à-dire une avance sur l’argent que vous allez gagner en vendant vos livres. Il y a trois choses à retenir à ce sujet :

Tout d’abord, l’éditeur n’a aucune obligation de vous verser une avance. Bien des auteurs (moi comprise) n’en touchent pas !  Quand il y a une avance, son montant est calculé sur une estimation de votre potentiel vendeur et des moyens de l’éditeur, donc une maison d’édition ayant un petit capital ne vous versera sans doute pas d’à-valoir.

En deuxième lieu, le terme « avance » signifie que cet argent que vous touchez sera déduit de vos futurs gains. Ainsi, si vous touchez 100 € d’à-valoir, vous n’aurez pas de droits d’auteurs jusqu’à avoir vendu suffisamment de livre pour recouvrir cette somme.

Le troisième point, c’est que plus l’à-valoir est conséquent, plus l’éditeur croit en vous et plus il s’engagera dans la promotion de votre livre. Ainsi un éditeur qui vous versera 2000 € d’avance (ce qui reste relativement rare) devra s’investir pour recouvrir cet argent déjà engagé… Et donc pour vendre votre livre. Un éditeur qui vous versera 50 € d’avance n’aura pas à déployer autant d’efforts pour revenir sur son investissement.

Enfin, sachez que l’éditeur prend souvent en charge le paiement des cotisations à l’AGESSA de l’auteur.

Promotion (toujours)

Si l’auteur doit se remuer pour promouvoir son œuvre (et c’est bien normal), c’est avant tout à l’éditeur de prendre soin de la bonne diffusion et de la visibilité du livre. C’est lui qui s’assurera d’avoir la meilleure couverture géographique possible, qui attribuera des exemplaires presse, et qui, dans bien des cas, paiera le défraiement de l’auteur lorsque celui-ci doit se déplacer loin de chez lui pour la promotion de ses œuvres. Marque-pages, produits dérivés divers…. Tout cela est à la charge de l’éditeur.

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Les réseaux tuent-ils la productivité ?

Souvent, nous lisons que les réseaux sociaux tuent la productivité. À quel point est-ce vrai ? Après tout, le mot « procrastination » ne date pas d’hier. Marcel Proust l’utilisait déjà dans À la recherche du temps perdu. Ajourner. Reporter. Remettre à plus tard. Tout ceci veut dire la même chose.

Estelle Van de Velde répond sans hésiter que, OUI, les réseaux sociaux tuent la productivité. « Facebook, Vie de Merde ou Dans ton Chat sont des bouffeurs de temps. » « Quand je me retrouve sur mon ordinateur dans le but d’écrire, je ne peux pas m’empêcher de cliquer sur l’onglet Firefox… » Mais il y a de bons côtés à ces mêmes réseaux : « dans le cadre d’évènements comme le NaNoWriMo, le rôle des réseaux sociaux a quelque chose de boostant. (…) Le fait de lire (…) que quelqu’un avait augmenté son quota d’autant de mots a eu un effet plus que bénéfique sur ma propre écriture. » Mais ce n’est pas seulement dans la motivation que c’est important. « Quand on a une panne ou qu’on recherche de la documentation, c’est très facile de remonter la pente après une bonne discussion avec telle ou telle personne. Dans le cadre du roman que j’écris en ce moment, j’avais besoin de témoignages. » Un appel sur sa page Facebook l’a aidée. « Dans ces cas-là, (…) c’est très instructif et cela nous renvoie au côté parfois très humain de l’écriture. » « Malheureusement, ce cas de figure est très rare me concernant. J’ai plutôt tendance à passer des heures sur les Chats ou à lire les blogs des autres. J’en oublie parfois que je suis moi aussi une auteure en herbe et qu’il faut que je me bouge le popotin… »
D’après Justine Patérour, « les réseaux sociaux deviennent une drogue de plus en plus addictive dont on n’arrive pas à sortir ne serait-ce que cinq minutes pour poser tranquillement les idées sur papier ou autre. Je suis la première à l’avouer : je suis accro ». Malgré sa bonne volonté au moment d’écrire, Justine se laisse facilement distraire : « une petite sonnerie me fait comprendre que j’ai une conversation en cours ou bien une notification. Alors, ni une ni deux, comme je suis curieuse (voire très), je vais voir et une heure se passe, voire plus, et au final je n’ai rien écrit ». Pourtant, tout n’est ni complètement blanc ni complètement noir. Les réseaux sont également une étonnante source d’information et d’entraide. « J’ai de très bonnes bêta[-lectrices] avec qui je discute tous les jours », dit Justine. « Dès que je me sens bloquée dans un phrase ou que je ne suis pas sûre de mon paragraphe, je (…) demande à l’une d’elles un avis qui est très précis et qui au final m’aide beaucoup. Mais l’inverse se produit aussi. »
Le temps que Cécile Ama Courtois passe sur les réseaux sociaux « à discuter, découvrir, lire les autres, parler de [soi] et de ce [qu’elle écrit], etc., [elle] ne le passe pas… à écrire ». Mais c’est un autre monde qui s’est ouvert à elle puisqu’elle est « en contact quasi permanent avec des lecteurs, d’autres auteurs, et des gens du monde du livre au sens large » et elle peut « partager ce [qu’elle vit] et ce [qu’elle écrit] au lieu de rester cloîtrée dans [sa] bulle, isolée derrière [son] clavier ». D’ailleurs, elle avoue être plus productive maintenant. Ces « échanges me rendent tellement plus prolifique et productive que ça en vaut vraiment la peine ! » Bénédicte Coudière est du même avis. « Ils peuvent être source de productivité. C’est le meilleur moyen pour relayer des appels à textes, pour avoir la petite idée pour démarrer, au détour d’une conversation… Encore faut-il ne pas se laisser distraire après. » Ce qui est exactement le problème de Grégory Quesne : « J’ai besoin de ressources autant historiques que scientifiques pour mon roman, il est très difficile pour moi de ne pas faire un détour par le site que le Malin a mis entre mes mains. »

Enfin, pour d’autres comme Julien Morgan, la réponse est clairement NON. « Les réseaux sociaux ne tuent pas la productivité, pour la simple et bonne raison que la définition même de la procrastination est qu’on peut trouver TOUS les prétextes pour ne pas en foutre une. Facebook ? Une série télé ? Un documentaire à ab-so-lu-ment ne pas manquer ? » Pour lui, le manque de productivité « n’est pas la faute d’Internet, c’est la faute à PDMPEEMJCAJMCSLDDRS : Pas De Motivation, Pas Envie d’Écrire, Mais Je Culpabilise, Alors Je Mets Ça Sur Le Dos Des Réseaux Sociaux. » Bénédicte conclut de la même manière. « [Au] fond, les réseaux sociaux ne tuent pas plus la productivité qu’un roman passionnant, ni même qu’une console de jeux [ou] la future prochaine saison de Game of Thrones.  Les réseaux sociaux sont juste une nouvelle source de divertissement. »

Qui parmi vous est un procrastinateur de compétition ? (Ah, bien…) Afin de ne pas arriver à des extrêmes comme Grégory qui, « afin de limiter la casse », s’est remis au papier-crayon pour se tenir loin de toute tentation, faisons un exercice. C’est un exercice de rien du tout, vous allez voir : il suffit d’éteindre sa connexion. Oui, je sais, je n’ai pas inventé la poudre, et encore moins la roue, mais il suffit de petites choses.
Lorsque je suis à Luanda et que je dois subir ma connexion limitée prépayée et lente comme en 1998, je me fixe des objectifs : j’écris 6 000 sec et je peux me connecter pendant quinze minutes. Je corrige un chapitre et je peux me connecter pendant une demi-heure. Je travaille pendant une heure et je peux me connecter pendant autant de temps. Fixez-vous des objectifs à votre échelle. N’essayez pas d’écrire 30 000 sec dans la journée si vous en faites 5 000 habituellement. Ceci n’est pas une compétition, suivez votre rythme. On ne peut pas crier victoire avant de franchir la ligne d’arrivée. Et on ne franchit pas la ligne d’arrivée en se prenant pour le lièvre. La procrastination ne devrait plus être une excuse pour le non-aboutissement de vos projets. Comme le dit si bien Bénédicte, « tout est une question de volonté ».

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La Disparue de Marilou Aznar

La Disparue
Tome 01 de Lune Mauve
Marilou Aznar

Casterman, mars 2013
Fantastique / Jeunesse
ISBN 978-2-203-06049-4
Prix 15 €
432 pages

À la veille de ses 16 ans, Séléné Savel voit sa vie changer brutalement de cap. Son père, un universitaire excentrique avec lequel elle vit seule en Bretagne depuis la disparition mystérieuse de sa mère Iris, six ans auparavant, l’envoie à Paris pour y entrer en seconde au prestigieux lycée Darcourt. Froidement accueillie par sa cousine Alexia qui règne sur l’établissement, pas en phase avec les codes de ce nouvel environnement très snob, la jeune fille désespère. Elle ne trouve un certain réconfort que dans la compagnie de deux garçons très dissemblables : Thomas, un jeune musicien plein d’humour qui n’est manifestement pas insensible à son charme, et surtout Laszlo, bel étudiant trouble et ténébreux, dont elle va devenir passionnément amoureuse. Mais simultanément, Séléné voit son quotidien envahi par des visions étranges, des cauchemars, des événements troublants. Amenée à enquêter sur le mystère de sa mère disparue, la jeune fille va peu à peu découvrir que celle-ci venait d’ailleurs, d’un monde parallèle où une ancienne civilisation mésopotamienne s’est perpétuée, sous l’influence d’une lune intelligente adorée comme une divinité. Les événements dramatiques qui s’enchaînent à la faveur de cette série de découvertes vont bouleverser à tout jamais l’existence de Séléné.

Passée successivement par l’univers de la musique et l’adaptation audiovisuelle, Marilou Aznar signe avec Lune mauve sa première œuvre littéraire.

Séléné Savel mène une vie tranquille en Bretagne, en tête-à-tête avec son père intellectuel excentrique depuis que sa mère a disparu, six ans plus tôt. Du jour au lendemain, son père lui annonce qu’il l’a inscrite dans le prestigieux lycée parisien Darcourt. Séléné n’a que quelques jours pour s’habituer à cette idée. Elle quitte alors sa vie tranquille pour loger chez sa grand-mère Milou, qui vit à quelques minutes de Darcourt.
Si Séléné avait cru que son intégration serait facilitée par la présence de sa cousine Alexia, la fille la plus populaire à l’instar des cheerleaders américaines (sans pompons), elle ne sera pas au bout de ses surprises. Alexia la snobe et ne fait rien pour que sa clique (insupportable) cesse de l’humilier. Séléné se lie alors d’amitié avec deux autres brebis galeuses comme elle : Nora, d’origine bosniaque dont la mère est femme de ménage, et Adrien, qui souffre d’un sacré manque de confiance en lui.
Marilou Aznar décrit à la perfection l’adaptation de Séléné dans ce milieu snob où elle n’est pas du tout à sa place, la hiérarchie du lycée, les cours et les horaires en seconde. On s’y croirait presque. Les fluctuations de l’humeur des adolescents sont crédibles, à un moment tout va bien, à un autre un peu moins. Les « clans » se forment très vite, la loi du plus fort règne. Pour ne pas se faire « bouffer », on s’allie aux plus forts (= plus populaires).
Comme si ce n’était pas assez, Séléné croise des êtres particuliers et fait des rêves étranges, dans lesquels elle se retrouve dans un monde où elle n’a jamais mis les pieds, mais qui ne lui est pas tout à fait inconnu. Qui est la fille aux cheveux gris ? Qui est l’inconnu aux yeux verts ? Que lui veulent-ils ?
Le côté fantastique arrive très tard dans le roman. On assiste à la mise en place des personnages, de la vie, de ce microcosme qu’est Darcourt. On en apprend plus sur Séléné et on découvre les choses en même temps qu’elle. C’est là que ça pèche un peu : les déductions de Séléné sont trop rapides, parfois sans fondement. Comment devine-t-elle que Laszlo est l’homme qu’elle cherchait ? Comment (et surtout pourquoi) fait-elle le lien entre les inconnus et la disparition de sa mère ? Rien ne mène à ça. Pour le lecteur, ce sont des éléments qui n’ont aucun rapport et leur association tombe un peu comme un cheveu dans la soupe. Mais personnellement, c’est le seul défaut que je trouve à ce roman. Marilou Aznar a une plume absolument magnifique qui donne envie de continuer sa lecture. Heureusement que la suite arrive déjà en mai !

Les –

  • Les déductions rapides de Séléné.
  • Le fantastique n’est pas très présent dans ce premier tome.
  • La quatrième de couverture qui fait croire à un triangle amoureux alors que le roman est plus riche et complexe que ça.

Les +

  • Une belle plume.
  • Une héroïne bien caractérisée et crédible.
  • Un lycée réel et réaliste.
  • Une vision du harcèlement en milieu scolaire.
  • Des personnages attachants.
Bonus

Une plume qui séduit, un univers qui intrigue. On a hâte de découvrir ce qui attend Séléné de l’autre côté.

À paraître : L’Héritière (en mai 2013) et L’Affranchie (automne 2013).

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Les corrections éditoriales, chocs et émois d’une apprentie écrivain

Les corrections éditoriales sont souvent un sujet tabou dans les communautés d’auteurs. On ne les cite que pour dire qu’on a reçu des consignes ou qu’on les a terminées. Résultat, lorsque l’on découvre un beau jour de quoi il retourne, bien souvent, on a un choc !
Voici donc ma propre expérience des corrections éditoriales, à mille lieues de tout ce que j’avais imaginé.

Quand j’étais petite (bon, ok, il y a deux ans), je pensais qu’on envoyait un manuscrit à un éditeur et que si celui-ci le retenait, alors il pouvait demander des corrections éditoriales à l’auteur.
Pour moi, il s’agissait de la correction des fautes, doublée d’une éventuelle bêta-lecture, comme celles que l’on peut voir sur certains fora (Co-Lecteurs ou Co-Cyclics, pour ne citer qu’eux), peut-être un peu plus approfondie. Mais pas tant que cela : l’éditeur nous a quand même choisis, que diable !
Mais ça, c’était avant.

Étape 1 : Surmonter le choc

Mes premières corrections éditoriales sont arrivées avec ma première nouvelle acceptée par un fanzine. La directrice dudit fanzine m’a renvoyé une version commentée de mon texte pour correction.
Voilà un bout du mail qu’elle m’avait envoyé à l’époque :

« Je sais que ça va te paraître impressionnant, toutes les couleurs et les remarques, quand tu vas ouvrir le fichier. Prends ton temps, fais les choses les unes après les autres, selon l’ordre ou par catégories. […]
Si tu as des questions, des remarques, j’y répondrai. Et souviens-toi : ta nouvelle a été choisie avec un rapport d’un texte sur cinq, c’est qu’elle est bonne ! Il s’agit maintenant de polir le joyau. »

Et donc moi, très confiante, j’ouvre la pièce jointe…
Heureusement qu’elle avait mis la dernière phrase parce que je suis restée en état de choc pendant cinq minutes en découvrant le sapin de Noël qu’était devenu mon texte ! (Si ma mémoire est bonne, j’ai même appelée ma maman pour me faire plaindre…)
Traque des répétitions, des adverbes, des constructions bancales, des formulations « à peu près », suggestions en tout genre, j’ai découvert que j’avais encore beaucoup de chemin à faire avant de pouvoir prétendre jouer dans la cour des grands !

Étape 2 : Prendre et apprendre

Mes textes suivants sont passés dans ma propre moulinette en suivant les conseils que j’avais reçus sur ce premier, mais à chaque fois qu’un texte était retenu par une structure un peu sérieuse, des corrections éditoriales m’attendaient au tournant (plus jamais aussi nombreuses que la première fois, soit dit en passant, j’apprenais au fur et à mesure).

Étape 3 : Comprendre les demandes implicites

J’ai gravi la marche suivante des corrections éditoriales avec un anthologiste.
Après lecture de mon texte, il m’a envoyé un mail très simple pour me dire que le texte lui plaisait bien pour son appel à textes, mais qu’en gros, il ne comprenait pas l’intérêt de l’existence du frère de l’héroïne. Je croyais d’abord qu’il voulait que je lui explique le pourquoi du comment, jusqu’à ce que je comprenne dans un magnifique éclair de lucidité qu’en réalité, il me demandait plutôt une sorte de correction éditoriale. Il voulait que je modifie le personnage du frère pour le mettre à un pied d’égalité avec mon héroïne. Peut-être était-ce une façon de savoir si j’étais capable de retravailler mon texte sur de si courtes indications, afin de me mettre au niveau des autres auteurs retenus. Peut-être avait-il juste vu de l’intérêt dans ma nouvelle mais qu’elle était un peu faible pour le niveau global. Peut-être savait-il exactement ce qu’il voulait que je fasse et qu’il me l’aurait dit si je n’avais pas trouvé moi-même. Peut-être voulait-il me faire progresser… ?
Quoi qu’il en soit, j’ai fondu sur mon ordinateur, j’ai revu le frère en question d’un bout à l’autre et j’ai renvoyé le tout.
La réponse de l’anthologiste n’a pas tardé, ça a été un oui.
Pour avoir eu l’occasion d’en reparler avec lui beaucoup plus tard, je sais désormais ce qu’il en est : lui, en tant qu’éditeur, sait mettre le doigt sur quelque chose qui ne va pas, mais sans savoir forcément comment y remédier. Il laisse donc à l’auteur l’initiative du changement, en espérant que l’étincelle jaillira. J’y reviens à la fin de l’article.

Étape 4 : Faire confiance

L’étape suivante fut l’acceptation d’un texte par un webzine.
Là, j’ai eu le retour suivant : le texte avait beaucoup plu, mais l’introduction était trop longue et la fin tombait à plat, donc l’idée était que je me débrouille pour mettre l’introduction en chute !
Traduction : modifier le fond et réorganiser l’histoire. Rien que ça.
J’en suis restée toute perplexe (pourquoi avoir choisi ma nouvelle si tout était à refaire ?) et j’avoue avoir accepté sans trop savoir ce que ça donnerait… Pourtant, après deux heures de travail à tortiller les trucs dans tous les sens pour que ce soit clair et cohérent jusqu’au bout, j’ai trouvé que la nouvelle était mille fois meilleure dans cette nouvelle version ! Les gens du webzine avaient réussi à voir ce que donnerait quelque chose que je n’avais même pas imaginé, rien qu’en lisant mon texte (je ne m’en suis toujours pas tout à fait remise).
C’était vraiment impressionnant et je suis très heureuse d’avoir pu faire une expérience pareille.

Étape 5 : Les corrections éditoriales de roman

Quand mon éditrice m’a parlé de quelques corrections éditoriales pour mon roman, je ne me suis pas inquiétée outre mesure. Mes expériences de corrections sur les nouvelles m’avaient bien habituée à prendre les choses avec une grande sérénité, à bien voir qu’il s’agissait de mon texte, pas de moi, à comprendre qu’elle ne faisait que m’aider à m’améliorer, tout ça, tout ça…
Quand elle m’a donné mon roman annoté, ainsi qu’une feuille (recto verso) avec toutes les modifications qu’elle souhaitait voir, je me suis sentie revenir quelques mois en arrière, quand j’avais ouvert mon tout premier fichier de corrections de nouvelle. J’aurais peut-être été moins choquée par le débarquement d’une armée de dinosaures dans ma chambre !
Il m’a fallu une demi-heure (et une demi-plaque de chocolat) pour me dire « mais si, je vais y arriver ! ».
Et là, j’ai vraiment été très heureuse d’avoir eu toutes ces expériences de corrections précédentes, parce que sans cela, je serais sûrement encore en train de pleurnicher quelque part (sous mon lit peut-être).
Là, j’ai eu de tout ! De la forme, du fond, de la réorganisation, un personnage à rajouter…

J’ai eu plusieurs questions par rapport à cela, auxquelles je peux répondre ici :

1 – As-tu osé demander de front aux éditeurs pourquoi ils avaient choisi ton texte, s’il y avait tant de choses à revoir ?

Oui, je l’ai fait, au bout de quelques mois de travail main dans la main et de complicité dans le boulot. Ce à quoi mon éditrice a répondu qu’à ses yeux, ces corrections étaient mineures car le texte, les personnages, le style, le souffle, le ton [… – insérer ce qu’on veut ici – …] étaient excellents. Elle n’a pour ainsi dire jamais publié un texte en l’état, car sur un manuscrit aussi gros qu’un roman, il y a toujours un petit quelque chose qui cloche (une accroche « bonne » et non « excellente », un comportement étrange d’un personnage dans un chapitre donné, un temps mort dans le récit…).
Ayant moi-même fait partie d’un comité de lecture, je ne peux que comprendre ce qu’elle disait. Un texte pour lequel on a un coup de foudre à la première lecture n’est pas forcément exempt de petites erreurs.
Par ailleurs, un éditeur (un bon, en tout cas) connaît parfaitement le public qu’il vise et ce que ce public va aimer ou moins aimer. Un auteur, pas nécessairement. Par conséquent, certains ajustements peuvent être demandés.

2 – Est-ce que tu as ressenti la fameuse impression de devoir travestir ton texte, sacrifier ta vision des choses sur l’autel de la publication ou de devoir, en quelque sorte, le trahir ?

Non, jamais.
Et pourtant, il est vrai qu’au premier abord, j’avais l’impression qu’on me demandait de trahir mon texte en modifiant certaines choses (mon style, un personnage secondaire…).
Toutefois, en y réfléchissant bien, les corrections suggérées tenaient plus des idées générales – des remarques telles que celles qu’avait pu me faire l’anthologiste – et de la demande globale donc, que d’un ordre indiscutable.
Ainsi, l’anthologiste avait dit « À quoi sert le frère de l’héroïne ? » et non « Supprime-le » ou « Donne-lui le superpouvoir de boire de l’eau sans rouiller ».
De même, mon éditrice de roman m’a dit « Rajoute un meilleur ami à ton héroïne ». C’est tout. Elle n’a pas dit « Ajoute Francis, 22 ans, peintre en bâtiment, qui aime manger des côtes de porc grillées sur le barbecue ». Alors oui, c’est un ordre et ça change beaucoup de choses au roman, mais ce meilleur ami, il est de moi. Donc au final, même modifié sur « ordre » des corrections éditoriales, il s’agit toujours de MON texte, avec MES mots, MON souffle, MES personnages, MES valeurs et ce que J’AI envie d’y voir, même si cela a changé par rapport au texte initial. Un éditeur n’aurait jamais pu faire ça tout seul et, plus encore, il n’aurait jamais pu faire ça sans moi.
Bien entendu, cela implique :
– de ne pas se draper dans sa dignité en lâchant que l’éditeur est un sinistre crétin qui n’a rien compris à son génie (je vous assure que ça existe, c’est terrifiant !) ;
– de ne pas estimer que l’on devient un « larbin » si l’on « s’abaisse » à accepter des modifications (ne riez pas, je l’ai lu aussi) ;
– d’accepter que certaines personnes sont aussi compétentes que nous pour sublimer nos écrits (et que ces personnes ne sont pas nos ennemis, loin de là) ;
– que le génie, comme le reste, ça se travaille…
Notez bien que la seule fois où mon éditrice a évoqué un changement qui, pour moi, aurait été une vraie trahison de mon personnage principal, je l’ai refusé, arguments à l’appui.
Tout le reste, j’y ai réfléchi avec beaucoup de soin pour l’adapter à ma sauce.
Après tout, quel serait l’intérêt pour un éditeur de donner des corrections qui modifieraient le texte au point de changer son âme, autrement dit de supprimer ce qui lui avait tant plu au départ ?

Alors, rassuré ?
Pas du tout ?
Vous n’avez encore rien vu…   :mrgreen:

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