Conseils d’écriture

7 ans de réflexion

Amanda-hourglassNous avons parlé de la préparation, de la structure, du synopsis, de l’écriture, de la correction, de l’édition, des dédicaces… pourtant, il est une phase que l’on passe souvent sous silence et que l’on tend à minimiser : celle de l’attente !

Quand on décide de devenir écrivain, il faut se préparer à attendre, beaucoup, et souvent. Parfois, on aimerait que cela passe plus vite. Je fais bien évidemment référence, dans ce cas, à l’attente sans fin des réponses (positives ou négatives) lors de la phase de prospection éditoriale. Ce n’est pourtant pas de celle-ci dont je vous propose de parler aujourd’hui, mais d’une autre, bien plus importante. Une qui ne doit pas être subie, que l’on ne doit pas redouter, mais bel et bien chérir : l’attente entre la fin du premier jet et le début des corrections/réécritures !

Soyons francs : si vous pensiez pouvoir enchaîner votre premier jet et vos réécritures, vous faites fausse route. À la fin du premier jet, vous devriez être vanné. Heureux, extatique, sur un nuage, certes… Mais une fois la bouffée d’hormones retombée, vous devriez être à bout ! Et ce n’est pas du tout le bon moment pour donner le meilleur de vous-même. Or, la réécriture et les corrections vont vous pomper au moins autant que la partie purement créative, si ce n’est plus. A minima, vous avez besoin de repos.

Mais surtout… un roman est comme un bon fromage, un bon vin ou un bon whisky : il a besoin de temps pour s’affiner, fermenter, vieillir… – bref, vous comprenez les métaphores pourries.

Il faut savoir prendre de la distance avec son texte et son histoire, de manière à être le plus impartial possible. Ce n’est pas si facile qu’il y paraît… Et c’est bien pour cela qu’une certaine attente est nécessaire. Se jeter dans la réécriture à chaud, c’est s’ôter d’emblée des opportunités d’améliorations profondes et risquer de rester superficiel. Parfois – souvent ? – il ne faut pas avoir peur de tailler dans la masse, et c’est extrêmement difficile à faire quand on est encore « amoureux » de son œuvre. Car c’est bien connu : « l’Amour rend aveugle ».

Combien de temps faut-il attendre, me direz-vous ? Certainement pas sept ans comme pour une union, vous répondrais-je.

Attente trop courte

On sera à l’aise pour les petits ajustements et les corrections ortho-grammaticales, mais on risque de manquer de lucidité et de recul pour les grandes questions. Quand viendra le moment de statuer sur cette belle envolée lyrique qui plombe une scène, on sera tenté de la garder parce que la douleur d’en avoir accouché sera encore trop présente.

Attente trop longue

On court le risque de se faire rattraper par la vie, ou de nouveaux projets attrayants qui s’enchaîneront sans cesse, les uns à la suite des autres : c’est le danger de ne jamais faire aboutir un récit. J’appelle ça « l’appel des sirènes », la parfaite fuite en avant. Il est tellement plus agréable de créer que de corriger… ATTENTION, DANGER !

Le juste milieu

C’est un seuil qui est personnel à chacun et, mine de rien, c’est un vrai travail sur soi. Il faut être honnête avec soi-même et apprendre à se connaître. Pour moi, il y a un déclic qui se fait. À un moment, je sens que je suis prêt à en découdre avec mon texte. J’ai la hargne, je suis remonté à bloc, et je vais lui montrer qui est le maître ! Pourquoi croyez-vous que toutes mes corrections prennent des allures de matches de boxe (sport que je déteste par ailleurs, allez comprendre…) ?

Ma philosophie est la suivante : « j’écris le premier pour moi, je réécris pour les autres ». Tant que je ne suis pas prêt à faire ce travail, quitte à renier certaines choses que j’ai écrites, j’attends !

Mais pour d’autres, c’est une zénitude absolue qui est le signe de se lancer. Ils arrivent à un recul tel qu’ils peuvent aborder leur propre texte comme si c’était celui de quelqu’un d’autre avec calme et sérénité.

Si vous n’êtes pas sûr d’avoir trouvé votre déclencheur, essayez la bêta-lecture. Vos réactions aux retours d’autrui seront un bon indicateur qui vous permettra de savoir si vous êtes mûr, ou si vous devez attendre encore un peu…

Que faire en attendant ?

Quel que soit votre déclencheur, il faut bien trouver quoi faire durant cette attente.

  • Reprendre votre vie « normale » ?
  • Vous vider la tête à grand renfort de jeux vidéo, séries télé, ou salles obscures ?
  • Partir en voyage ?
  • Entamer un autre projet (attention à ne pas fuir la réalité de la réécriture et des corrections ;-) ) ?
  • Reprendre le sport ?
  • Vider votre PAL ?
  • Dormir ?
  • Prévenir votre entourage que vous n’êtes pas mort ?
  • Commencer un élevage de pucerons ?
  • Entamer une cure de désintoxication au café, au chocolat – ou aux tagadas ?

Dites-nous un peu quels sont vos trucs favoris durant cette attente, et quel est VOTRE déclencheur pour plonger dans les corrections ?


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12 réponses à 7 ans de réflexion incluant les trackbacks et les pings.

  1. Jo Ann a dit :

    En attendant, j’écris un autre livre. Ça marche à tous les coups ! ,-)

  2. Erwin a dit :

    Personnellement, je préfère réécrire que créer. Plus les années passent, plus je hais l’étape du premier jet. :u C’est une véritable torture.

    Le déclencheur, chez moi, c’est le temps. Un an d’attente, c’est un minimum, ça tourne souvent entre 2 à 4 ans. Mon projet actuel m’aura demandé 4 ans et demi avant, qu’un jour, le brouillard qui entourait son premier jet ne disparaisse.

    Et entre deux, j’écris. Des premiers jets. Je réfléchis à mes différents projets, à leurs V1 ou V2, j’amasse des notes, ou j’attaque les réécritures/corrections d’un texte suffisamment vieux pour que je puisse me lancer dans sa V2. ^^

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