Témoignages

Je n’ai pas de pseudonyme (et ça me va très bien)

Il y a sans doute énormément d’écrivains qui se posent actuellement la question : prendre un pseudonyme, est-ce utile ou pas ? Les exemples d’auteurs qui écrivent sous un nom de plume ne manquent pas et encouragent sans doute ceux qui se lancent dans l’écriture à suivre cette voie, d’autant qu’elle a de quoi séduire. Séparer sa vie privée et professionnelle de sa vie publique, voilà l’argument qui serait le plus susceptible de me convaincre. Mais il n’est pas le seul.

Aujourd’hui, j’écris sous mon véritable nom et, à moins d’un bouleversement majeur et imprévisible, cela ne changera pas. Non pas que je sois particulièrement attachée à mon nom ou à mon prénom – l’un comme l’autre sont assez classiques et la seule manière dont mon nom de famille se fait remarquer est que personne ne le prononce correctement – ni que je n’aie jamais considéré l’éventualité de prendre un second nom, bien distinct de mon patronyme. J’ai même longtemps envisagé de me créer un personnage. L’idée était tentante : devenir quelqu’un d’autre, de différent, de plus charismatique. Qui n’en a jamais eu envie ? Mon idée première était de trouver quelque chose en anglais, juste parce que j’aimais cette langue et mon blog en porte encore les séquelles. Ensuite, je voulais quelque chose qui sonne fantasy, parce que c’est mon domaine d’écriture de prédilection.

Et puis finalement, tout ça, ça n’était pas moi. Je ne suis pas une fille à surnom, encore moins à faux nom. Je ne suis pas une fille qui se cache derrière une personnalité différente de la sienne – et quand je m’y suis essayée, c’était plus ridicule qu’autre chose – et je n’ai pas envie de me couper de mes textes. Personne ne m’a jamais appelé autrement qu’« Alice » et c’est ce qui me définit. Même les diminutifs sonnent toujours ridicule (franchement, « Lilice » ?).

Mes textes sont une partie de moi. Comme chaque auteur, je mets un peu de mon âme dans mes écrits, pour ce que ça vaut, et ils sont chacun le reflet d’une partie de ma personnalité. Je ne suis pas une princesse vivant dans un château, ni une guerrière partie à l’aventure, ni une Demi-fée éjectée de la forêt sans qu’on lui demande son avis. Ma langue n’est pas l’anglais. Alors si ce pseudo doit être là pour ne pas me représenter, je n’en vois pas l’intérêt.

J’écris parce que je suis passionnée, mais aussi et surtout parce que j’ai été encouragée, plus ou moins directement, dans cette voie. Ma mère aimait mon imagination et mes poèmes d’enfant. Mon père m’a fait lire Dune de Frank Herbert à dix ans. À treize ans, j’inventais des histoires pour mon petit frère de douze ans mon cadet. À quinze ans, je me mettais en tête de « devenir écrivain ». À vingt-deux ans, je vais être publiée. C’est l’écrivain que je suis.

Au final, je ne suis pas sûre d’avoir beaucoup d’arguments rationnels pour défendre mon point de vue, c’est plus une question de sentimentalisme qu’autre chose. Je suis Alice. Je l’ai toujours été et ce n’est pas parce que je me cache derrière un autre nom que cela rendra mes textes meilleurs ou plus crédibles.

Mes pour :

  • Séparation vie privée/vie publique ;
  • Identification à un univers bien particulier.

Mes contre :

  • Galères administratives diverses : il est difficile de faire reconnaître la légitimité d’un pseudonyme ;
  • Honnêteté envers soi-même : à moins d’avoir un problème de dédoublement de la personnalité, la personne qui va au travail tous les matins et la personne qui écrit des romans sont deux facettes d’un seul individu.
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7 réponses à Je n’ai pas de pseudonyme (et ça me va très bien) incluant les trackbacks et les pings.

  1. Cécile Ama Courtois a dit :

    Tu as de la chance que ta « vie intérieure » soit tellement en phase avec ta « vie extérieure ».
    Je le suis de plus en plus (en phase avec moi-même), mais ça m’a pris des années pour faire accepter à mon entourage ma personnalité profonde. Le petit « Ama » rajouté à mon nom est l’expression de cet autre moi que personne ne voit dans la vraie vie.

    • Alice a dit :

      Je crois que c’est toujours un peu difficile de faire accepter ça à son entourage… J’ai eu une période difficile qui a prit fin il y a un an et demi, depuis c’est décidé: je ne me renierai plus moi-même! C’était trop dur d’essayer de composer entre ce que les gens attendais de moi, ce que je voyais de moi, et ce que je voulais être… Et c’était la source d’un profond mal-être. Devoir cacher les choses, ou faire comme si elles n’étaient pas importantes à mes yeux alors qu’elles étaient essentielles, ne m’a conduite qu’à me sentir mal. Alors j’ai arrêté! Et ça me réussit: depuis, tout le monde me trouve plus épanouie!

  2. Ness a dit :

    Bon, de mon côté, j’ai la même personnalité sous mes deux noms ^^ La seule chose qui change avec mon nom d’origine, c’est que je peux cacher mon activité d’auteur, et ça me plaît dans de très nombreuses circonstances, y compris administratives (non, je ne fraude pas le fisc, hein). Par contre, même si j’ai créé un nouveau nom, que je suis partie dans une direction professionnelle différente, que j’ai complètement changé de milieu et d’amis (non, je ne les ai pas virés du jour au lendemain, genre « oh, j’ai changé de nom, je ne vous connais plus, dégagez », c’étaient les aléas de la vie), ma personnalité est toujours restée la même. J’ai un sale caractère sous mes deux noms, je suis têtue et excentrique sous mes deux noms, mais c’est clair que c’est plus simple de se balader en robe victorienne sur un festival de littérature de l’imaginaire que dans un bureau avec les collègues qui nous regardent comme si un alien avait pris notre place. Je ne pense pas que ce soit cacher ma vraie personnalité, mais certaines choses sont plus adaptées à un certain milieu. Et là, je précise que je suis allée en tant que « nom d’origine » fêter Noël chez mes parents avec le reste de ma famille en corset victorien avec des mèches bleues dans les cheveux, donc quand je peux et que ça ne pose pas un problème à l’entourage, je fais :)

    • Cécile Ama Courtois a dit :

      En ce qui me concerne, c’est beaucoup plus subtil que ça et ça n’a rien à voir avec l’apparence (je suis exactement la même, que ce soit Ama ou Cécile). Mais Ama peut se permettre d’être sensible, romantique et rêveuse, alors que Cécile a tout un tas d’impératifs de vie quotidienne à assumer. Ma famille est très portée sur le « pratique », le « raisonnable », travail, famille, soucis, gestion, argent… Et moi, je ne suis pas comme ça. J’ai besoin d’oxygène, et c’est le côté Ama qui me l’apporte. (je suis schizophrène ? peut-être…)

      • Oph a dit :

        Schizo ? Je ne pense pas.

        L’oxygène apporté par mon activité d’auteur n’a rien à voir avec mon nom, puisque je porte toujours le même. En revanche, je ne cache pas que je me suis plus ou moins créé un « personnage ». En fonction de ma tenue vestimentaire, si vous me croisez sur un festival, vous saurez tout de suite si je m’y trouve en tant qu’invitée ou en tant que visiteuse ! J’ai ma « tenue de travail », en quelque sorte.
        Cette tenue peut très bien prendre la forme d’un nom, mais ça n’a rien de nécessaire.

  3. Bonjour !
    Je n’ai, pour ma part, jamais songé à prendre un pseudonyme. J’aime mon nom, c’est le seul signe extérieur indiquant ma double nationalité et les gens le retiennent (même s’ils ont du mal à l’épeler ou le prononcer).
    J’avoue ne pas saisir cette « mode » de vouloir prendre un pseudonyme anglais… mais après tout, chacun peut choisir… :-)

  4. Zéline a dit :

    Bonjour et tout d’abord merci!!
    Je n’ai pas laissé de commentaires sur tous les articles que j’ai lu mais je me suis achetée un carnet spécial pour y mettre mes notes….. ;-) . L’envie d’écrire m’a toujours titillé sans que j’ai le courage de laisser mes idées prendre le dessus … Je viens de me lancer pour mon plaisir et celui de copines qui m’ont encouragées. Même avant que mon style dérive vers un domaine en vogue actuellement, un pseudo me semblait l’idéal pour séparer les inévitables vies professionnelle et privée. Mon pseudo est un mélange de mon héritage familial (un prénom donné à une de mes ancêtres et le nom un mélange des noms de mes parents!!). Je me suis « coulée » dans ce nom comme une deuxième peau… Il est vrai que je n’assume pas encore complètement ce que j’écris mais ça viendra, n’est-ce pas!! Tout ça pour conclure que cet autre moi me permets d’aller encore plus loin sans me soucier de ce qu’en pensera le monsieur du 2ème bureau à gauche du 3ème étage… Comme le dir Oph c’est une tenue de travail parfaite… pour l’instant :D

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