Les métiers du livre

Lectrice dans le milieu de l’édition : mon expérience (2/2)

Comment se passe mon travail de lectrice à l’heure actuelle ?

Comme je l’ai expliqué précédemment, ce n’est pas un travail à temps plein, mais qui m’occupe tout de même quelques heures par semaine. Je vais tenter de vous décrire cette activité, telle que je l’exerce depuis début 2014 pour une nouvelle collection de romance française.
On m’envoie donc une série de manuscrits ainsi que des bons de commandes où est indiquée la date de remise de chaque fiche de lecture. La plupart du temps, j’ai au moins deux semaines pour chaque roman (ce qui est beaucoup et pas vraiment monnaie courante, j’en ai conscience), mais je suis souvent plus rapide. Je transfère donc les fichiers sur ma liseuse et je commence la lecture. Avant de m’être envoyés, ces manuscrits ont déjà été présélectionnés, notamment grâce au synopsis requis par l’éditeur.
Ayant moi-même eu des manuscrits rejetés par des comités de lecture, je ne prends pas ce travail à la légère. C’est évident, j’ai plus souvent des mauvaises que des bonnes surprises.
Pour chaque manuscrit, je dois donc faire une fiche de lecture. Si le texte est court, je le lis entièrement avant de commencer à rédiger mon avis. Mais s’il est long, je prends en général quelques notes au fil de ma lecture. En effet, je dois fournir un synopsis détaillé et un descriptif des personnages. La partie la plus intéressante de ce document, c’est celle où je peux donner mon avis. Il ne s’agit pas de dire simplement, « j’aime » ou « je déteste », il est nécessaire que j’avance des arguments pour étayer ma position. Je dois aussi pouvoir évaluer si un manuscrit nécessitera beaucoup ou alors peu de travail éditorial avant publication.
Je ne peaufine pas la rédaction de ces fiches de lecture (elles font en général entre 2 et 4 pages). Je les relis une fois afin de m’assurer que ce soit compréhensible et de supprimer la majeure partie des fautes d’orthographe, mais c’est tout. En effet, le but n’est pas d’écrire moi-même une œuvre littéraire, mais de juger avec efficacité de celle produite par quelqu’un d’autre.
Être lectrice, c’est parfois très frustrant, surtout quand on lit le texte d’un auteur qui s’est sabordé lui-même. Mais même si j’ai envie d’arrêter ma lecture, je ne le fais pas, car je tiens à donner autant de chances à chaque manuscrit.

À mon poste actuel, il m’a fallu plusieurs mois avant de donner un avis positif sur un texte. J’avoue que je commençais à me demander si je ne montrais pas un peu trop dure, si je ne m’étais pas métamorphosée en « piétineuse de rêves en série », puis la pépite est arrivée, le joyau à l’état brut (enfin !). En apprenant qu’une autre lectrice avait totalement détesté ce même manuscrit, j’ai relativisé. Eh oui, tout avis est subjectif.

Mes coups de cœur

L’activité de lectrice nécessite bien entendu une certaine confidentialité, c’est pour ça que j’ai choisi ne pas citer de noms. Au cours de mes quelques années au sein de comités littéraires, je peux tout de même dire que j’ai eu deux coups de cœur littéraires, notamment l’histoire d’un certain Littlejohn et un roman fantastique Young Adults estampillé Cocyclics (qui n’a pas encore été publié à ma connaissance, mais que je courrai acheter en librairie dès sa sortie :-) ).

Conclusion

En tant que lectrice, j’ai bien sûr conscience qu’au final, ce n’est pas moi qui déciderai de la publication d’un ouvrage, c’est l’éditeur qui aura le mot de la fin, car mon rôle est purement consultatif. Les retours sur mon travail sont rares, mais ça me fait toujours plaisir quand un livre que j’ai aimé est finalement publié.
Bien entendu, mon expérience de lectrice ne reflète peut-être pas totalement l’expérience des autres personnes exerçant cette profession. N’hésitez pas à partager la vôtre en commentaires si le cœur vous en dit…


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8 réponses à Lectrice dans le milieu de l’édition : mon expérience (2/2) incluant les trackbacks et les pings.

  1. Agnès a dit :

    Un bel article !
    Il me parle, bien sûr, puisque je suis également lectrice depuis plusieurs années et que j’ai fait un article sur la question il y a quelques semaines. On n’a pas tout à fait la même méthode de travail (de mon côté, je ne me force pas à aller jusqu’au bout si le roman ne me plaît pas, je continue seulement jusqu’à être certaine de mon choix, par économie de temps) mais, globalement, ça se ressemble quand même !
    J’ai eu la chance de voir plusieurs romans que j’ai lus et sélectionnés publiés par la suite : c’est un grand moment, notre petit secret à nous, et j’avoue en avoir éprouvé une grande fierté :)

    Je mets le lien de l’article que j’avais écrit aussi, si jamais ça t’intéresse : http://lesmotsdaelys.blogspot.fr/2014/09/la-lecture-de-manuscrits.html.

    • Merci, Alex et Cécile ! Coucou, Agnès, et merci de partager ton expérience :). En fait, j’ai écrit mon article cet été, et quand j’ai lu le tien il y a quelques semaines (je vous le recommande vivement, il est très intéressant), j’ai vu en effet qu’il y avait des similarités. Actuellement, si je lis les manuscrits dans leur globalité, c’est surtout parce qu’on me demande de rédiger une fiche de lecture détaillée, mais je suis tout à fait d’accord, il n’est pas nécessaire de tout lire pour se faire un avis, on sent très vite si ça conviendra ou pas.

  2. Marot a dit :

    C’est vrai que je n’ai plus besoin de rédiger des fiches détaillées maintenant (sauf pour ceux que je recommande à la publication). Ca m’arrange, parce que j’avoue qu’il y a tellement de choses à lire que je trouve ça super frustrant de se forcer quelque chose qui ne nous plaît pas plus que ça. ^^ Je pense qu’il est essentiel que ce travail de lecteur reste un plaisir, sans quoi on perd la bienveillance qui nous est nécessaire quand on ouvre un manuscrit.
    Mais c’est sûr que quand on doit rédiger une fiche détaillée, pas le choix : il faut tout lire ! :)

  3. Larjean Laure-Saliha Ragad a dit :

    Qu’éprouvez-vous en tant que lectrice, lorsqu’un manuscrit jugez inintéressant, devient un bestseller ailleurs, je veux dire chez un autre éditeur? (Je lectrice). Cordialement.

  4. Larjean Laure-Saliha Ragad a dit :

    Qu’éprouvez-vous, lorsqu’un manuscrit jugé inintéressant, devient un bestseller ailleurs, je veux dire chez un autre éditeur? (Je suis lectrice). Cordialement.

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