CL 2 – Le jambon, la suite qui tue le cochon

Attention, cet article peut heurter la sensibilité des jeunes auteurs qui dorment encore avec leur peluche, croient en la magie ou pensent que les hommes sont foncièrement des gens bons et sans malice.

Dans le Cochon Littéraire, nous découvrions une magnifique lettre proposant les services professionnels d’une entreprise de coaching littéraire, renforcée par le dynamisme d’un site web chatoyant. Dans un suspense irrésistible, nous arrivions à une conclusion ouverte du type « Arnaque éhontée ou amateurisme de bas étage ? ».

Dans « CL 2 – Le retour », l’histoire commence après la signature d’un contrat avec cette professionnelle du monde de l’édition (30 ans d’expérience, je le rappelle pour ceux qui ne suivent pas au fond). Une innocente primo-romancière (Marie Duponst, alias MD pour la suite) va en effet suivre les périples du coaching littéraire. L’histoire qui suit est le montage épistolaire des faits réels intervenus sur une période de plusieurs mois. Seuls les noms, titres et dates ont été altérés pour protéger l’anonymat des protagonistes. Les fautes sont d’origine, je n’ai fait que du copier/coller. (Insérez menaces de poursuites judiciaires ici, mais prenez en compte que j’ai les originaux, les autorisations et d’autres preuves…)

Scène 1 – La douloureuse

Vous trouverez ici une capture écran de la facture. Outre un style dépouillé sans en-tête ni logo digne de la facture de mon plombier quand je le fais bosser au noir (insérez menace de poursuite par le fisc ici, mais prenez en compte que j’ai votre adresse IP, celle du XVIIe, côté Carnot, que je pourrai partager avec eux, en plus d’un paquet de « factures » et du SIRET de la société de communication écran utilisée pour les encaissements), on notera :

CAPITALISATION = Merci d’avertir votre secrétaire que la touche CAPS LOCK (VERR MAJ) est activée sur son clavier.

Monnaie = Si c’est en Roubles, là du coup, c’est pas cher. Mais je ne peux pas vraiment juger puisque la monnaie n’est pas indiquée sur la facture (est-ce que c’est même légal, ça ?).

Scène 2 – Le produit acheté

Pour la modique somme de 980 € TTC, notre héroïne est l’heureuse propriétaire d’un document de 4 pages.

  • Fiche de lecture (2 P)
  • Bla bla commercial (0,5 P)
  • Liste d’éditeurs (1 P)
  • Modèle de lettre de présentation type (0,5 P)

La fiche de lecture

Sans être détaillée, la fiche de lecture est intéressante et donne même des pistes d’amélioration. Du bon travail de lecteur professionnel de comité de lecture. Un bon point, l’héroïne avance vers son but.

La demi-page de bla bla

Elle dénote encore une fois un niveau étrange de français, de mise en page et de professionnalisme pour une société œuvrant dans le monde de l’édition :

Combinaison pendant + entretemps = c’est une incohérence en français. Une action ne peut pas être menée « entretemps » « pendant » une autre. Il manque une phrase entre les deux ou il faut reformuler la seconde phrase.

Contre-productif = Je rêve d’un job comme celui-ci. Pas de résultats, pas d’objectifs, pas de suivis, pas de métriques, et le boss est content. Mais il me semble que retenir l’attention de certains éditeurs et les démarcher pour placer des textes demande exactement l’inverse : se faire connaître, et suivre de près les prospections.

Démarchage des éditeurs = Vous comprenez tous comme moi que les collaborateurs de cette société de service en coaching littéraire vont s’entretenir et contacter des éditeurs spécifiquement pour l’ouvrage en recherche de publication (on nous le répète 3 fois, je pense qu’il est donc difficile de mal l’interpréter). Retenez bien cette info, nous y reviendrons plus tard.

La liste des éditeurs

  • Une liste de 15 éditeurs dont 1/3 ne traitent même pas de fictions. Pas facile de placer un roman dans ces conditions.
  • La plupart des « contacts » ne sont autres que les dirigeants ou gérants eux-mêmes. Une information aisée à se procurer par les statuts de l’entreprise et totalement inutile pour la soumission d’un manuscrit. Un bon contact serait celui d’un éditeur ou d’un directeur de collection, ce sont eux les décisionnaires en matière de publication, mais surtout, n’envoyez un manuscrit adressé à une personne en particulier que si :
  1. Elle l’a sollicité ;
  2. Votre manuscrit lui a été présenté et elle est en attente de sa réception.

Si vous pensez que passer par le PDG, le DG ou le Directoire va aider votre cause, demandez-vous comment serait reçu quelqu’un s’adressant au Président de PSA pour discuter du financement de sa voiture d’occasion. Quel retour attendriez-vous du Directeur de Nestlé à votre demande de recette du gâteau au yaourt ? Iriez-vous acheter votre place de cinéma auprès du Directoire des studios de la FOX 20th Century ?

La lettre type

Surtout n’enlevez pas ça = C’est connu, tout le monde a un FAX chez soi et envoie ses lettres depuis Paris – de toute façon en dehors de la capitale, y a quoi dans le monde, je vous le demande ?

Personnalisation = Quand on a un contact si durement glané, ne serait-ce pas ici le bon endroit pour placer son nom, plutôt que de rester impersonnel ?

Recalé = Si vous voulez vraiment vous griller auprès d’un éditeur, c’est LA phrase à utiliser. En une seule ligne vous passez pour :

  • Quelqu’un peu sûr de son manuscrit. (« Auriez-vous la gentillesse et vous est-il possible de… » ??? « …s’il vous plaît sans vouloir vous déranger, avec toute la bonté que je sais être la vôtre, par pitié lire mon texte… ») C’est un ÉDITEUR. C’est son MÉTIER. On peut être courtois et pour autant parler en toute clarté d’un projet d’édition. Parce que… si vous ne l’avez pas contacté pour être édité, clairement, vous vous êtes trompé d’interlocuteur.
  • Quelqu’un d’imbu de sa personne. (« – pas trop tard – » parce que j’ai une vie moi, contrairement à vous là, assis toute la journée dans votre fauteuil à rien foutre.)

=>  À moins que ce ne soit une stratégie pour vous faire passer pour l’archétype de « l’écrivain artiste torturé », vous venez de mettre au grand jour vos troubles de la personnalité, ou votre amateurisme, ou les deux.

Conseil de Kanata : utilisez n’importe quelle lettre de présentation SAUF celle-ci ! (Je dis ça… c’est pas comme si j’étais édité ou quoi que ce soit du genre… 😉 )

Signature = On ne ponctue jamais les signatures avec un point de fin de phrase.

Scène 3 – Et après ?

Heureusement, pour 980 € TTC, notre héroïne n’a pas reçu QU’UNE fiche de lecture. Souvenez-vous : les collaborateurs de notre fameuse société de service en coaching littéraire ont contacté les éditeurs, préparé le terrain. Et avec les contacts dorés remis à Marie, si l’édition n’est pas forcément acquise, un passage dans le comité de lecture et un retour constructif l’est certainement !

FAUX !

Retour d’un premier éditeur

Éditeur1 : « Je vous remercie de votre proposition de manuscrit […] mais j’ai toutefois le regret de vous dire qu’elle n’a pas été retenue par notre comité de lecture car nous ne publions plus de fiction. »

Évidemment, l’héroïne, tremblante, cherche à comprendre.

MD : « Je suis très étonnée de votre réponse car ce sont les services de « la société en coaching littéraire » de « la célébrité expérimentée du monde de l’édition depuis plus de 30 ans »  qui étaient censés vous avoir contactée avant de me donner vos coordonnées. Merci d’avance de me préciser si vous avez été contactée par « la célébrité expérimentée du monde de l’édition depuis plus de 30 ans » ou non. »

Et là, le doute s’installe.

Éditeur1 : « J’avoue que je ne m’en souviens plus. »

On semble être assez loin des « liens étroits entretenus dans le monde de l’édition depuis plus de 30 ans… ». Mais qu’à cela ne tienne, il s’agit sans doute d’une erreur, d’un malentendu, d’un oubli. Une héroïne ne se laisse pas abattre par le premier obstacle venu, et la nôtre ne déroge pas à la règle. Elle persévère :

Retour d’un second éditeur

Ou plutôt un non-retour… Au bout de 4 mois, notre héroïne relance :

MD : « … Je vous ai envoyé pour la deuxième fois cette année mon manuscrit à l’attention de Mme YYYYY.
En effet, j’ai été contactée par un organisme de coaching littéraire qui m’a donné une liste d’éditeurs, soi-disant sélectionnés par leurs soins et contactés par eux au sujet de mon ouvrage.
Pour votre maison d’édition, le nom de Madame YYYYY apparaît comme étant celui d’une éditrice, or je viens d’appeler madame YYYYY, et j’ai eu au téléphone une dame m’expliquant qu’elle ne s’occupait pas du tout d’édition, mais de gestion administrative. Je tombe des nues. »

Éditeur2 : « Tous les manuscrits sont réceptionnés et traités par le service des manuscrits qui se charge de les étudier et de les orienter vers les différents membres de l’équipe éditoriale, dont ne fait pas partie YYYYY, étant, effectivement, présidente du directoire de Éditeur2 et ne recevant pas de projets éditoriaux par conséquent. »

Oups… Une autre erreur ? Sur une liste de 15, ça commence à faire élevé comme pourcentage.

Et on continue…

MD : « Je vous ai envoyé un manuscrit […], suivant les conseils de mon coach littéraire qui m’a donné votre adresse, à l’attention de M. ZZZZZ.

Or, ayant passé un coup de fil à votre maison d’édition, il semblerait que votre maison ne publie pas de littérature. »

Éditeur3 : « Effectivement, nous ne publions que des ouvrages médicaux ayant pour cible les professionnels de santé.

Monsieur ZZZZZ était notre Directeur Général mais a quitté la société depuis plus d’un an maintenant. »

Bon, je crois que tout le monde commence à se faire à l’idée que le calvaire de notre héroïne tourne de mal en pis. Alors forcément, arrive le moment de la confrontation finale, et notre héroïne de contacter « la célébrité expérimentée du monde de l’édition » pour y voir plus clair.

Escroquerie vs diffamation

MD : « Je vous avais adressé un mail il y a quelque temps pour vous demander des explications au sujet d’un éditeur qui m’avait envoyé un mail m’annonçant qu’ils ne publiaient plus de fictions.

Or, vous affirmiez, dans votre contrat, avoir contacté pour moi spécialement des éditeurs, il était là clairement démontré que ce n’était pas vrai.

Vous trouverez un mail que je vais vous transférer, des éditions Éditeur2, démontrant une fois de plus que vous m’avez trompée.

Madame YYYYY, présentée par vous comme éditrice au sein de cette maison d’édition, se révèle n’être que responsable administratif.

Forte de ces documents, j’envisage de vous poursuivre devant les tribunaux pour escroquerie et de demander au tribunal le remboursement INTEGRAL du versement de 980 euros + le remboursement de mes frais d’envoi aux éditeurs + un dédommagement pour le préjudice moral + le remboursement de mes frais d’avocat.

A moins que vous n’ayez une solution amiable acceptable à me proposer. »

KJ : (Note de Kanata : les erreurs sont d’origine) « MERCI pour ce mail mensonger
YYYYY est la patronne de Éditeur2    crée par son père XXXXX .
[L’autre éditeur] avait , il y quelque temps pris un de mes auteurs ….
d ‘ou  ….
il n y a pas là  d escroquerie .
[…]
je transmets d ores et déjà  à mon avocat
pour diffamation.
regardez bien notre site : vous y verifierez notre serieux  !

je ne suis pas contre un appel de vous si vous revenez à la raison

bien à vous et

belle journée »

On apprend plein de choses dans cette missive :

  1. On est tous d’accord que YYYYY est la patronne de XXX. Le souci c’est que (et les Éditions XXX le disent eux-mêmes) ce n’est pas du tout la bonne personne à contacter. De plus, il est évident que YYYYY n’a jamais été contactée par la société de service dans le cadre d’une prospection éditoriale pour MD.
  2. La société de service n’est pas du tout au courant des changements d’orientation et de catalogue des éditeurs.
  3. La définition d’escroquerie (vendre un produit ou un service qui ne correspond pas à ce qui est annoncé) et de diffamation (atteinte à une personne appuyée par des contre-vérités) semble très vague pour la gérante de cette société.
  4. « regardez bien notre site : vous y verifierez notre serieux  ! » ===> ROFLMAO. Dieu, je n’ai pas autant ri depuis… depuis… non, je n’ai jamais autant ri de ma vie, en fait ! (pour rappel : le site en question, très « sérieux » donc…)

Malheureusement, pas de « Happy ending » pour cette histoire. Notre héroïne Marie Duponst ne sera ni éditée, ni remboursée.

Conclusion

Autant on pouvait avoir des doutes à la suite de la phase de prospection (arnaque éhontée ou amateurisme de bas étage ?), autant, à l’issue de cette enquête en profondeur, le doute s’amenuise, vous ne trouvez pas ?

Sur ce,,, je vous en gage à vérifier
mon sérieux et
belle journée……….
Kanata.

PS : (bla bla, diffamation, bla bla intimidation… je renvoie au résultat de l’épisode 1 ceux qui voudraient se lancer dans un second match, on gagnera du temps)

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Scénarisation, la dramaturgie au service des auteurs – ÉTAPE 6

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Étape 6 – Le premier jet (le revêtement) (1h/p)

Il s’agit du travail d’écriture proprement dite. Une scène a certes un début, un milieu et une fin, mais il faut être court, entrer tard et sortir tôt, pas d’exposition inutile, droit au but.

  • Ne pas se contenter de lire les cartes, il ne s’agit pas d’écrire une suite de sketches, mais un récit fluide et organique avec des scènes qui s’enchaînent.
  • Écrire avec le cœur, ne pas hésiter une seconde si de nouvelles idées changent l’histoire (MAIS, réviser les documents de travail pour s’assurer de la pertinence et de la cohérence).
  • La caractérisation des personnages passe mieux en montrant leur relation aux autres. Les mettre en situation, en action ou en réaction.
  • Dévoiler les personnages petit à petit, partir d’un trait fort pour marquer le spectateur, puis nuancer leur caractère au fur et à mesure.
  • Ne pas dire, mais montrer (l’action, les personnages, l’arène…)
  • Toujours utiliser le conflit comme moteur, la vie du protagoniste doit être un enfer (surtout dans l’acte 2), rien ne devrait lui arriver facilement tout cru dans le bec.
  • Prévoir des moments de repos au cours du récit pour renforcer le conflit par contraste et éviter la monotonie du ton.
  • Commencer simple, et une fois l’objectif et les personnages bien identifiés, complexifier petit à petit.
  • Les dialogues doivent être limpides. Il faut les lire à haute voix pour sentir s’ils passent correctement ou pas. Leur seul raison d’être est de servir l’action :
    • En caractérisant celui qui parle (le contenu du dialogue est plus important que la manière de le dire)
    • En illustrant les relations entre celui qui parle et autrui
    • En informant sur les désirs et le ressenti de celui qui parle
    • En faisant avancer l’action ou en la rendant vraisemblable

Quelques conseils :

Attention à bien résoudre tous les conflits éventuels du premier acte rapidement. Sinon ils risquent de voiler l’objectif principal du protagoniste.

Toujours préparer, c’est le meilleur moyen d’éviter le deus ex machina, et de rendre une œuvre séduisante. Plus des éléments exposés en amont viennent prendre leur place dans la suite du récit, plus l’histoire est riche. Préparer ne veut pas dire vendre la mèche, attention de ne pas tuer dans l’œuf vos effets de surprise.

Toujours exploiter. S’il y a eu annonce plus ou moins forte sur un objet, un personnage, un lieu… Alors il doit être exploité à un moment, car le spectateur aura enregistré sa présence et s’attendra donc à son utilisation ultérieure.

L’ellipse est un outil capital en scénarisation qui permet de gagner du temps en ne montrant pas tout. L’ellipse temporelle et picturale est la plus simple, elle consiste à omettre une partie du temps écoulé et/ou à ne pas montrer une partie de l’action facilement reconstituée par le spectateur. Par exemple : Le personnage enfile sa veste, dans le plan suivant il est au restaurant. Pas besoin de nous montrer son trajet… L’ellipse narrative est plus délicate à manier, mais plus riche. Elle consiste à passer d’un état à un autre en omettant volontairement une information. Par exemple : une famille joue dans son jardin devant la demeure familiale. Dans la scène suivante, la maison est en ruine et calcinée. On en déduit qu’il y a eu un incendie et un changement fort pour la famille heureuse et unie dépeinte précédemment.

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Oh, Manu !

Nous sommes à la toute fin 2005. Jadis et autrefois. En des temps immémoriaux. Nous les nommerons, par commodité, l’Ère du Grand Ratage. Mais voyons comment les choses se sont déroulées.

Après avoir longtemps hésité, j’ai fini par jeter mon dévolu sur un éditeur dont l’esprit d’innovation a réussi à me séduire. La charte éditoriale me semble tout à fait correcte et je suis prêt à faire quelques efforts pour que le livre puisse connaître une certaine diffusion. J’envoie donc mon manuscrit par la voie électronique requise et attends patiemment.

Vient 2006 et, début janvier, je reçois une réponse positive. La célérité dont on a fait preuve ne me suscite aucune suspicion particulière, c’est pourquoi je signe le contrat le 23 du même mois. Sans me préoccuper d’une certaine clause qui m’embêtera plus tard. L’enthousiasme aveugle, ai-je fini par conclure.

Le bon à tirer est reçu le 14 août, après avoir beaucoup et lourdement insisté. Entre un minimum annoncé de dix semaines et les trente au bout desquelles je l’ai vu tomber, il y a une certaine marge. Les promesses de le voir me sauter à la figure incessamment étaient restées vaines, semaine après semaine, jusqu’à ce qu’on incrimine le nombre d’ouvrages en attente. Soit.

Les premières corrections sont envoyées le 18 août. La mort dans l’âme : je ne puis en imposer que vingt, ce qui est nettement insuffisant après recensement de toutes les horribles coquilles oubliées. Les choix ont été drastiques, j’ai seulement pu remédier au pire. Le 21, je rends ma copie définitive. Consterné et résigné.

Ce même jour le livre est « publié ». Et je m’en réjouis avec une modération excessive, conscient qu’il y avait encore beaucoup de nettoyage à faire. Mais c’est comme ça, je ferai avec.

J’opère alors une approche infructueuse de libraires pour une possible mise en rayon : non référencé sur Dilicom, le livre ne les intéresse pas. Sauf, quand il existera si j’ose dire réellement, pour le prendre en dépôt… Il est par ailleurs trop tard pour les « animations en bibliothèque » (on me suggère de voir pour la rentrée… 2007).

De septembre à octobre, appels téléphoniques et courriels via le formulaire de contact de l’éditeur pour savoir quand sera référencé le livre. J’obtiens juste l’assurance téléphonique que ce sera fait dans les plus brefs délais. Pour mémoire, l’éditeur s’engage dans sa charte à effectuer le référencement dès parution (sans mentionner le délai avant intégration sur l’indispensable Dilicom). L’auteur naïf ou trop confiant ne comprendra pas que ça traîne un peu, alors que ce serait si simple de lui expliquer pourquoi. Notons également, histoire de rire un peu plus, qu’il est certifié que tout ouvrage publié bénéficie de l’inévitable dépôt à la BNF. Or c’est, permettez l’expression courtoise, un pipeau pour mutants à seize doigts (ou alors, dites-moi pourquoi l’obligatoire mention dudit dépôt ne figurait-elle pas sur l’ouvrage imprimé que je me procurai ?).

Le 30 octobre, face au silence obstiné de la partie qui me semble désormais adverse, j’adresse un courrier avec AR pour réclamer mon référencement. Pas de réponse, mais… le livre apparaît sur les bases idoines et partout où il faut aux alentours du 10 novembre.

Quelle stupéfiante coïncidence, le 14 novembre (joyeux anniversaire, mon connard), j’obtiens enfin une réponse du service commercial aux courriels, pour remarquer que le livre est référencé ici, ici, et là aussi, et que même il en a été commandé quatre exemplaires en librairie. (Qui failliront ne jamais être reçus avant l’année suivante, malgré les relances faites auprès du fournisseur de parallélépipèdes en papier.)

Je tente alors de relancer des libraires, qui, pour rester poli, se désintéressent souverainement de la question, se souvenant que je les avais approchés alors que le livre n’était pas disponible, sauf auprès de l’éditeur (qui leur semblait peu enclin à fournir l’ouvrage, ou dont ils se méfiaient à outrance). J’essaie ailleurs et essuie des refus ou des propositions de mise en dépôt (qui ne me tirent que des grimaces).

Et forcément, ventes néant, même en étant présent sur le site Littérature.tv, sur le Portail du Livre, en faisant ma « pub » sur divers forums…

J’en étais las.

Se retrouver avec un livre qui se révèle mort-né, ça fait assez mal. Même si le roman était, en fin de compte, plutôt moyen. Avant d’être disponible, il était déjà dans les profondeurs du catalogue et s’y enfonçait chaque jour davantage, écrasé par plusieurs ouvrages tout juste éclos. Il n’y avait eu aucun effort, même minimal, de promotion de la part de l’éditeur, qui s’était contenté d’un simple référencement sur des moteurs de recherche ou des sites marchands. Ce fichu texte, je voulais qu’il fût édité moins pour le vendre, mais pour qu’il soit lu, en vrai livre. L’effet était inverse : je m’étais dépouillé de mes droits pour le jeter dans les limbes.

Il aurait fallu, sans aucun doute, que je me décarcasse plus : salons du livre et foire aux bestiaux (parfois c’est la même chose) sont des lieux où il faut être présent pour se faire connaître ou rencontrer le dédain d’un public avide de pages fraîches. (Enfin, moins maintenant, certes.) Or, il eût fallu que j’investisse en frais de transports, en frais d’inscription pour avoir mon petit coin de table, et que je constitue mon propre stock de petits volumes. Sans avoir l’assurance de rentrer dans mes fonds.

Ce genre de démarche, certes honorable, m’eût permis quelques maigres bénéfices hors des divins « droits d’auteur ». Car il ne m’échappait plus que le contrat comportait une clause démotivante : les sommes dues par l’éditeur étaient conservées par icelui, ce jusqu’à 150 €. Le défi ne pouvait que difficilement être relevé. D’autant qu’au prix de l’ouvrage s’ajoutaient alors 10 € de frais de port (sauf pour les commandes en librairie) qui représentaient presque 70 % du prix initial. Qui d’assez sensé aurait daigné s’offrir ma prose dans ces conditions ? Bien sûr, la possibilité demeurait de solliciter son libraire ; mais dès lors que la livraison mettait un temps fou pour (ne pas) arriver, le lecteur potentiel risquait de jeter l’éponge. La clause abusive mais pas tout à fait illégale (ou à peine légale) me faisait donc désormais grincer des dents. D’autre part, j’étais lié par un droit de préférence qui n’était que la simple promesse que les deux prochains ouvrages seraient flingués sur-le-champ dès que j’aurais apposé ma griffe sur leurs contrats.

Chat échaudé craint l’eau froide. C’est encore pis si on a le sentiment qu’il s’agit plutôt d’hélium liquide…

Dans cette malheureuse situation, j’avais rencontré sur le net bien d’autres auteurs. La résistance finit par s’organiser, fort publiquement, et quelques demandes de résiliation tombèrent presque en même temps sur le bureau du service contrats. La mienne partit le 23 janvier 2007. Le choix de certaine date anniversaire n’était qu’à peine prémédité. Courant avril, je serais enfin libre et soulagé. Mais, encore une fois, il avait fallu lourdement insister.

Dans le courrier consommant officiellement le divorce, ce qui m’aura (presque) amusé, c’était la mention « Néanmoins nous tenons à vous rappeler que nous avons réalisé tout un travail autour de votre ouvrage (Maquette et intégration de corrections jusqu’au BAT définitif et communication ciblée). La maquette demeure la propriété exclusive des Éditions 1-Click1».

La maquette est établie par l’auteur, qui utilise un modèle standard. L’intégration des corrections demande, au maximum, dix minutes montre en main et café dans l’autre, d’autant que le nombre en est limité (vingt, je le rappelle). Quant à la communication, elle était et reste effectivement ciblée : comme le reste, en direction du néant. Mais c’est déjà un bel effort et j’en suis toujours, sachez-le, infiniment admiratif.

  1. Il suffit de regarder la couverture. []
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ISBN : quésaco ? – partie 1

Vous avez sans doute déjà entendu ces quatre lettres, mais à quoi font-elles référence ? Peu de gens le savent réellement, pourtant ce n’est pas faute de s’y intéresser.

Définition

L’ISBN (pour International Standard Book Number) peut aussi être appelé (mais très rarement) numéro international normalisé du livre (NINL). D’après la définition de la Bibliothèque Nationale de France, il « identifie de manière univoque une monographie quel qu’en soit le support de publication : imprimé ou multimédia. »

Pour mieux comprendre, il faut savoir qu’une monographie est un imprimé non-périodique : les magazines ne sont pas considérés comme monographies car ils sont périodiques (mensuels, annuels, hebdomadaires, trimestriels, etc.). Par contre, les livres (qu’ils soient romans, essais, séries, dictionnaires, encyclopédies, etc.) en plusieurs tomes sont des monographies. On inclus également dans ce terme les partitions musicales. Plus simplement, l’ISBN est le numéro d’identité d’un livre : on peut l’utiliser pour rechercher un ouvrage bien précis.

Sont pris en compte : le titre recherché, l’éditeur, la date de publication et le format. Autrement dit le format poche, le grand format et l’édition numérique d’un même titre auront chacun un ISBN différent, même s’ils sont parus chez le même éditeur. De même, une réédition d’un ancien ouvrage sous le même format chez le même éditeur nécessitera un nouvel ISBN. À l’inverse, on ne génèrera pas de nouvel ISBN pour une réimpression (qui, contrairement à une réédition, ne donnera pas lieu à un nouveau contrat).

Quelles infos ?

Vous vous en doutez (ou pas), l’ISBN n’est pas simplement un numéro généré et attribué de manière aléatoire. Il est régi par la norme ISO 2108 et était composé à l’origine de dix chiffres (on parle d’ISBN 10). Depuis janvier 2007, les ISBN comptent treize chiffres (ISBN 13). Cette évolution est due au trop grand nombre de publications : il n’y avait plus assez d’ISBN pour identifier chaque livre individuellement.

L’ISBN 10 se découpe donc en quatre parties :

  • La première indique la zone géographique d’édition de l’ouvrage ; pour les pays francophones (France, Belgique, Canada francophone, Luxembourg, Suisse francophone), le chiffre dédié est le 2. Cette première partie peut compter jusqu’à cinq chiffres. À retenir : cette partie n’indique pas la langue de rédaction : un ouvrage écrit en anglais publié en France aura un ISBN commençant par 2, pas par 0 ou 1, chiffres indiquant une édition en pays anglophone.
  • La deuxième partie désigne l’éditeur et a une longueur variable entre un et sept chiffres.
  • La troisième partie est attribuée par l’éditeur lui-même et compte un à six chiffres.
  • La quatrième partie est un code de vérification dont la valeur peut-être de 0 à 9 ou encore X, qui revient à 10. Ce code est calculé d’une manière très compliquée qui outrepasse complètement mes capacités en maths, mais vous saurez tout en vous rendant sur la page wikipedia de l’ISBN.

Pour convertir un ancien ISBN 10 en nouvel ISBN 13, c’est assez simple : il suffit d’ajouter 978 avant les neuf premiers chiffres (soit les trois premières parties) de l’ISBN 10. On recalcule ensuite la clé de vérification finale.

À l’inverse, on ne peut pas transformer un ISBN 13 (généré après janvier 2007) en ISBN 10 selon cette méthode, car le préfixe (le « 978 » qu’on ajoute à l’ISBN 10) peut changer.

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Scénarisation, la dramaturgie au service des auteurs – ÉTAPE 5

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Étape 5 – Jouer aux cartes (les murs) (1s)

Il s’agit de visualiser le film et d’écrire succinctement chaque scène. Soit sur des cartes, soit dans un tableur, soit dans un logiciel spécialisé. L’idée est de pouvoir aisément réagencer les séquences par la suite.

Exemple de carte

Laisser couler les idées librement, mais rester succinct. Sauf si réellement capital, pas besoin de détailler les décors ni de mettre de dialogue. Privilégiez l’activité au dialogue. Mettez les personnages en situation d’action ou de réaction plutôt que de description.

Respecter l’unité d’action.

Utiliser une couleur différente pour les nœuds dramatiques principaux (point déclencheur, passage premier-deuxième acte, climax…) afin de bien les identifier.

Une fois les cartes écrites (entre 60 et 80 pour un 90-120’), revisiter leur ordre, certaines séquences gagnent en valeur en agençant l’action un peu différemment. Éviter les longues séquences au même rythme ou du même type.

Quand vous avez fini, posez-vous les bonnes questions :

  • Les scènes sont-elles bien rythmées ?
  • Les nœuds dramatiques principaux sont-ils bien espacés ?
  • Les actions des personnages sont-elles bien motivées (et non pas là juste pour justifier l’histoire) ?
  • Y a-t-il bien une relation de cause à effet entre les actions des personnages ?
  • Le conflit monte-t-il bien crescendo jusqu’au climax ?
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