Polémiques

Correcteur, un métier obsolète – 2e partie

« Tu ne veux pas me corriger mon texte, vite fait ? Ça ne te prendra pas longtemps, et puis, c’est de la lecture, et tu aimes ça, lire, non ? »

Maintenant, je voudrais revenir un peu sur ce que représente la correction d’un texte. Certaines personnes ont l’impression que ça ne nous prendra que le temps de lire le texte, donc au final, on peut bien prendre quelques heures pour faire ça gratuitement au coin du feu, non ? Il est amusant de voir à quel point les métiers de traducteurs, graphistes et correcteurs sont souvent assimilés à du « tu n’as qu’à faire ça tranquille chez toi après le boulot, ça ne te prendra pas longtemps ». Vous n’auriez pas idée de demander à votre voisin menuisier de venir couper (et fournir) tous les lambris pour votre toiture (celle que votre voisin qui a une scie va venir monter) gratuitement. Vous ne demanderiez pas à un plombier de refaire la plomberie de votre salle de bain gratuitement. Alors pourquoi attendre la gratuité de ces métiers-là ?

Corriger un texte demande énormément de temps, de concentration et de connaissances. On est loin des quelques heures au coin du feu. Pour vous donner une idée, je suis considérée comme « très rapide », et il m’est déjà arrivé de passer plus de 50 heures sur un texte. On compte en moyenne une heure pour corriger 8 000 signes en première lecture (avant, il y avait les corrections « en première », avant une seconde, voire une troisième relecture. Maintenant, il ne faut pas se leurrer, il n’y a plus que des corrections « en première », quand il y en a). Pour un roman, qui compte en moyenne 600 000 signes, je vous laisse calculer ce que représente votre correction au coin du feu.

Mais ça coûte cher, tout ça !

Pour ma part, je pratique des tarifs préférentiels lorsqu’il s’agit de particuliers qui veulent proposer le meilleur texte possible à un éditeur ou encore de jeunes maisons d’édition qui se lancent. Un particulier n’a pas le même budget qu’un grand éditeur. Pour l’instant, pour ce qui est des jeunes maisons d’édition, j’ai surtout remarqué au cours de mes années d’activité qu’elles faisaient un tournus des correcteurs qui les prenaient en pitié pour ne surtout pas devoir payer le tarif plein, ce qui est une pratique assez déplorable à mon sens.

Je ne veux pas lancer de polémique à ce sujet, je vais plutôt vous laisser consulter l’excellent tumblr « Mon maçon était illustrateur » (http://monmacon.tumblr.com/), dont les petits strips s’appliquent aussi bien aux graphistes qu’aux traducteurs et aux correcteurs.

(Ah oui, et s’il vous plaît, vraiment, je vous en prie, abstenez-vous de contacter les correcteurs professionnels pour leur proposer de corriger votre texte gratuitement parce que ça leur fera de l’expérience. Ils sont diplômés (je parle des vrais correcteurs, hein, pas de la petite sœur en prépa littéraire ou de la secrétaire du beau-frère), la plupart du temps en auto-entrepreneurs (donc ils ont des charges), ils ont des factures et un loyer à payer, ils doivent manger, comme tout le monde, et ils ont bizarrement autre chose à faire de leur temps libre que corriger les romans de gens qui méprisent clairement leur profession.)

Maintenant, si vous n’avez vraiment pas de sous et que vous voulez absolument faire corriger votre texte, peut-être pouvez-vous utiliser le système du troc de services ? Personnellement, c’est ce que j’ai fait pour mon propre roman (oui, car mon propre roman a été corrigé par d’autres correcteurs, on ne se corrige pas soi-même). Vous avez peut-être une compétence qui intéresse un correcteur (cela vaut d’ailleurs pour d’autres choses, genre la couverture du roman, le site web, etc.) ? Parfois, le troc de services est très efficace.

Conclusion

Pour les quelques personnes qui seraient intéressées par le métier de correcteur (c’est un très beau métier, mais attendez-vous à vivre des fins de mois difficiles, la concurrence est rude), je peux vous conseiller deux formations :

FORMACOM : (http://www.formacom.net/) très, très complète, mais également très chère. Elle peut être payée par le chômage, cela dit.

MD Mots : (http://www.mdmotsformation.com/) une formation qui a l’avantage d’être beaucoup plus personnalisée que certaines autres et tout aussi complète, voire davantage : (si MD Mots vous intéresse, dites que vous venez de la part d’[Espaces Comprises] !)

Autres articles de cette série :
<< Correcteur, un métier obsolète – 1ère partie

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11 réponses à Correcteur, un métier obsolète – 2e partie incluant les trackbacks et les pings.

  1. Cerise a dit :

    Mhm, et il n’y a que ces deux formations là qui sont valables/reconnues dans le milieu? Quelqu’un qui sortirait d’un master Édition et Métiers du livre par exemple n’aurait pas des compétences à faire valoir dans ce domaine?

  2. Catherine a dit :

    Je suis correctrice – un métier que j’adore, vraiment, mais il faut batailler ferme pour se faire prendre au sérieux! La tendance est lourde, aussi, de considérer que si on aime son métier, ça compense le fait d’être mal payé. Grave erreur!
    La dernière perle en date : « Ah, tu es correctrice? Tu corriges les coquilles dans les livres? Génial! T’as trop de la chance! Bah, si tu as trop de boulot, n’hésite pas à m’en filer, j’adorerais faire ça! »

  3. Et n’oubliez pas le Syndicat des correcteurs CGT, qui défend depuis 1881 les professionnels de la correction, et notamment ceux de l’édition, qui sont les plus victimes du libéralisme sauvage (pléonasme) qui régit ce milieu.

    Pour rappel, l’école Formacom est issue dudit syndicat.

    Un site : http://www.correcteurs.org

  4. Ping : Quoi de neuf cette semaine ? (du 06 au 20 avril) | Catherine Loiseau - Catherine Loiseau

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