Témoignages

Du travail, un peu de chance et beaucoup de talent : une interview de Fanny André (1/2)

Après avoir remporté plusieurs concours littéraires en 2014, Fanny André sort ces jours-ci deux premiers romans. Elle a accepté de nous parler de son parcours dans l’écriture et de la façon dont elle a accédé à la publication.

[Florence Chevalier] : Bonjour, peux-tu te présenter ?

Fanny André : Bonjour à tous, Fanny André, jeune (si, si, pour toujours) auteure âgée de trente ans, je vis actuellement dans les Alpes, où je travaille comme thérapeute et où j’enseigne les arts plastiques. Après une formation littéraire, je me suis orientée vers un cursus artistique et j’ai fait les Beaux-Arts. J’ai écrit plusieurs romans, un qui vient d’être publié et un qui le sera sous peu (d’où cette interview, ma recette de la tarte noisette-abricot doit rester secrète !).

Fanny André

Fanny André

[FC] : Peux-tu nous présenter tes ouvrages ?

Fanny André : On va commencer par la première publication : Camping Dating, romance parue le 29 avril chez Milady. C’est une novella assez légère, l’idée était d’écrire un roman qui fait sourire, qui sent bon les vacances, la détente. Un bouquin un peu fun ou « feel good », comme disent certains blogueurs. On suit l’évolution de Gabrielle, une jeune femme volontaire qui se retrouve manager pour l’été d’un camping de luxe organisé autour du thème « camping de rencontre ». Elle va devoir composer avec un patron sexy, un animateur entreprenant et un quotidien de chef bien rempli. Gaby est une Latine, donc elle a du caractère et elle a la langue bien pendue ! J’avais écrit cette novella pour un concours, elle s’est classée deuxième et avait reçu le prix des internautes à l’époque.
À l’opposé, il y a Un amour marqué, à paraître le 13 mai chez Numeriklivres. Un roman beaucoup plus sombre. Jade, libraire new-yorkaise, mène une vie ordonnée, perdue dans ses livres et son quotidien très tranquille. Jusqu’au jour où se présente à sa librairie Baile, ancienne coqueluche d’Hollywood. Il s’est retiré de la vie publique depuis quelques années. L’acteur porte une énorme balafre sur la joue. Elle est un peu à l’image de leurs passés respectifs, empreints de marques indélébiles qui les entravent. J’ai envoyé ce roman à Numeriklivres l’an dernier à l’automne, dans le cadre des « Coups de pouce littéraires 2014 », et j’ai eu la belle surprise de gagner le prix de la catégorie romance.

[FC] : As-tu toujours écrit ou as-tu commencé récemment ?

Fanny André : J’ai toujours écrit. Plus ou moins selon les périodes. J’ai dû griffonner des dizaines de nouvelles, de débuts de romans… Mais je considère que le premier vrai roman date de 2010. Je me suis remise plus sérieusement à écrire suite à une crise de « boulimie de lecture ». Après avoir enchaîné des livres fantastiques, alors que j’en avais très peu lu, j’ai eu envie d’en écrire. Ce fameux premier roman terminé (une romance écrite en parallèle à un projet YA plus long, pour me permettre une « distraction ») sortira cette année.

[FC] : Quelles sont tes sources d’inspiration ?

Fanny André : La question qui tue… Presque tout ? Les films, les livres, les conversations, une image, une pub ou l’actualité (je ne cite pas au hasard pour le coup, chacune des dernières propositions renvoie à un projet ;))… Et mes défis « T’es timbrée, ma pauv’ fille », du style : « Est-ce qu’il serait possible d’écrire une romance avec telle particularité ? Non, sûrement pas. Aucune chance. »… On peut être sûr que je tente de l’écrire dans l’année au lieu de laisser tomber.
Et pour me la jouer intellectuelle deux minutes (Très important, j’écris de la romance, il faut brouiller les pistes et les idées préconçues des gens !) : c’est ce qu’on apprend aux Beaux-Arts. Ou, en tout cas, c’est ce que j’en ai retenu, l’Art se nourrit de l’Art (c’est la phrase classe à retenir de cette interview). Donc il faut beaucoup lire, voir des séries, des films, changer de style pour découvrir autre chose, et cela nourrit l’écriture et le style.

[FC] : As-tu des méthodes d’écriture ? Dans quelles conditions écris-tu ?

Fanny André : Aïe… Comment perdre toute crédibilité ! Beaucoup de mes livres sont écrits sans synopsis. J’ai une idée de base : une opposition, une particularité de mon héroïne… Un point de départ (rarement d’arrivée o.O) et dessus se brode l’histoire. J’ai écrit Camping Dating sans aucune idée de la fin, voire même du déroulement. J’avais le point de départ et le ton, l’idée « été, Espagne, vacances ». Vacances a entraîné l’idée de camping. Mais je voulais quelque chose de plus glamour, une pub est passée à la télé pour un site de rencontre bien connu dont je déteste le principe et voilà ! Quand j’écris très vite, le roman se met en place comme si je lisais l’histoire. Après, je fais un gros travail derrière sur la vérification de la cohérence, recroiser les infos et ramener des détails en amont s’il en manque. C’est plus long et laborieux que la méthode de ceux qui planifient leurs histoires tels des architectes. Des fois, j’ai la fin, mais rien de plus, et je dois trouver comment arriver jusque-là.

Couverture de "Camping Dating" (2015) chez les éditions Milady

Couverture de Camping Dating (2015) chez les éditions Milady

Pour les conditions, je répondrais : comme je peux. J’ai une fille assez jeune, et cela dépend donc beaucoup d’elle. Je travaille et il me faut ménager des pans d’écriture dans le quotidien dès que je peux, mais je me force (sans trop de mal, on devient vite dépendant, quelle que soit la drogue) à la régularité. Sans télé, sinon je suis moins efficace, mais souvent en musique. Le reste est en option (bureau, assise sur un canapé, tête en bas – non, quand même pas –, avec du thé ou pas…).

[FC] : Quels sont tes genres de prédilection ?

Fanny André : Romance, romance érotique, fantastique (pas fantasy et peu de SF, j’ai plus de mal), littérature blanche, BD, mangas, comics, nouvelles… je lis de tout selon moi, même si je dois bien admettre que certains styles sont un peu en queue de peloton, alors qu’en ce moment, le YA et la romance en général arrivent en tête. Cependant, je suis cyclique et peut-être dans deux mois ne lirai-je que des classiques ou du steampunk.

[FC] : As-tu facilement trouvé un éditeur pour tes projets ? Selon toi, les appels à textes et les concours facilitent-ils l’accès à la publication ?

Fanny André : Jusqu’à récemment, j’aurais dit « non » à toutes ces questions. J’ai tenté une dizaine d’appels à texte pour des anthologies, pour « me faire un nom ». Parfois j’étais dans les derniers, ou j’avais de beaux retours du comité de lecture, mais je ne faisais pas partie des élus publiés. Puis, j’ai retenté sur un coup de tête un concours de nouvelles chez Làska l’été 2014, où je me suis classée première. Sûrement boostée, j’ai tenté le concours de HQN avec Camping et, encore plus folle vu mon planning de l’époque, j’ai enchaîné avec la réécriture et soumission de Un amour marqué chez Numeriklivres. Pendant que Camping faisait son chemin et que je me classais deuxième au concours, j’arrivais première chez Numeriklivres… Et tout ça sans sacrifier une vierge ou un bébé poney.
Si Camping n’a pas trouvé son éditeur directement au concours, je suis persuadée que sa carte de visite et le soutien des lecteurs ont aidé à convaincre un autre éditeur. J’ai eu une réponse positive à peine quinze jours après l’envoi du manuscrit.
Donc oui, ça peut vraiment aider et j’ai vu ma situation se débloquer chez trois éditeurs en moins de six mois, comme quoi… Par contre, il faut avoir une certaine rigueur et un brin de folie (ce n’est pas forcément contradictoire). Quand on participe à ce genre d’aventure, on ne gagne pas à tous les coups, il ne suffit pas d’être bon, il faut faire mieux que d’autres et c’est toujours difficile.

À suivre…


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