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Et petit, vous lisiez déjà de la fantasy ? (La fantasy francophone, pt 01)

Nous avions déjà eu le plaisir d’interviewer Silène Edgar pour Genres sans frontières. Auteur pour petits et grands, son dernier roman Fortune Cookies, vient de sortir chez Bragelonne. Cet article a d’abord été publié chez JDRmag en janvier 2012 et a été mis au goût du jour pour [Espaces Comprises].

Mathieu Gaborit, Gérard Guéro, Stéphane Marsan et Pierre Pevel répondent à la question !

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© Aude L (Voyages à travers le codex)

Mathieu Gaborit : Je crois, oui. À vrai dire, mes premiers souvenirs de fantasy me ramènent à Fafhrd et Souricier Gris, les deux héros de Fritz Leiber dans le Cycle des épées. C’est un souvenir très ancré à travers une seule scène qui évoque leurs épouses ou compagnes respectives dévorées par des rats. Je ne suis même pas certain que cette scène existe telle quelle, mais je vous livre cette empreinte spontanément, sans reconstruction. Cette scène (si elle existe !) m’a marqué, je pense, parce qu’elle convoquait la réalité pour de bon. Je me prenais de plein fouet un drame tangible, crédible et surtout une fragilité. Autre souvenir : la trilogie du Lyonnesse de Jack Vance. La sensation, à l’époque, d’avoir effleuré une forme de poésie. Un peu plus loin, il y a eu Elric et Hawkmoon de Moorcock et puis, bien sûr, Howard. Des classiques qui ont forgé mon appréhension de la fantasy.

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Source : Babelio

Gérard Guéro : Alors en fait, oui et non… Petit, je lisais plus de la science-fiction (je suis de la génération SF, après tout), conseillé que j’étais par mon grand frère. Il m’a fait lire Bilbo, en 1976 ou 1977 si mes souvenirs sont bons, et là, j’ai basculé du côté fantasy, je crois… même si après, je me suis tapé des grands classiques comme Dune (mais Dune, c’est pas de la SF, c’est bien de la fantasy…). Mais surtout, j’ai appris à lire avec un mètre de magazine Spirou et dans Spirou, c’était bourré de fantasy !!! Johan et Pirlouit, c’est juste de la fantasy, avec des gros nez, mais de la fantasy… il y a des dragons, des ogres, des sorciers, des petits lutins bleus… Donc, oui et non… Ça dépend de quel côté on se place. Par contre, il faut bien voir qu’à l’époque, il n’y avait pas Harry Potter ou À la croisée des mondes, pas de collections ni d’éditeurs spécialisés et que pour lire de la fantasy, qu’on soit petit ou grand, il fallait tout de même s’accrocher…

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© JC Caslot

Stéphane Marsan : Le propre de la fantasy, c’est qu’on en lit avant de savoir que c’en est, voire même que ces textes ne savent même pas eux-mêmes qu’ils en sont ! Petit, c’est quand, au fait ? Premiers souvenirs… Je me souviens des livres illustrés que ma mère me lisait ou lisait avec moi. Peter Pan, La Belle et la Bête… Des rêves beaux et étranges sur du papier. Des contes modernes.
À 6 ans, des copains à l’école m’ont parlé de super-héros. Alors, à ma demande, mes parents m’ont emmené chez le marchand de journaux. « Allez, demande au monsieur ce que tu veux. » « Je voudrais le livre de l’araignée et de l’homme de glace ». « Ça s’appelle Strange », il a dit, le kiosquier.
Les aventures de types avec des pouvoirs merveilleux.
En CM1, je crois, j’ai commencé à dévorer des recueils de mythes grecs et romains. Je me faisais acheter tous ce qui ressemblait à ça. Je les relisais tout le temps. Je me souviens très bien du jour où, en vacances, je me suis rendu compte que certains étaient en fait les mêmes, ou une légère variation de l’un à l’autre. Un récit universel qui se répète. Le plaisir (le besoin ?) de relire la même histoire.
En CM2, je me suis mis à lire (et écrire) de la poésie. C’est devenu presque une drogue. Un recours, un refuge, une condition. L’émotion et/dans/à travers l’esthétique. La transfiguration du réel et de l’existence.
À 12 ans j’ai découvert Stefan Wul, puis les jeux de rôle qui m’ont conduit à Dune et Lovecraft. C’est à ce moment-là que j’ai dû lire mon premier roman de fantasy. On m’a prêté Le Seigneur des anneaux, mais je ne pense pas être allé très loin dedans. J’ai dû lire Bilbo, mais je m’en souviens à peine. J’ai dû lire Elric vers 18 ans, et puis plein d’autres. Et voilà, j’ai su que j’aimais la fantasy.
C’est dire si j’ai lu de la Fantasy tard, et pas du tout quand j’étais petit. Mais en un sens, j’en ai lu bien avant d’en lire. Comme à peu près tout le monde, parce que la fantasy est une fiction moderne qui s’abreuve à bien des sources passées, une hérédité capricieuse dont résulte son caractère à la fois immémorial et artificiel.

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© L’Autre monde

Pierre Pevel : Quand j’étais gamin, soit dans les années 70, la fantasy n’existait pas. Ou alors pas en français. Ou alors pas pour les enfants. Ou alors pas par chez moi. Bref, je ne connaissais pas.
Mais je crois que mon goût pour la fantasy s’exerçait déjà. Je lisais et relisais les livres de la série Contes et Légendes que je collectionnais. Grâce à eux, je plongeais dans ces mythologies antiques qui me passionnaient — un assez bon moyen de se préparer à lire le Silmarillion, quand on y pense. Je me souviens également que mes albums de Tintin préférés étaient ceux qui flirtaient avec le fantastique : Les Sept Boules de cristal, par exemple. Et mon Disney favori était La Belle au Bois dormant.
Bref, est-ce que je connaissais la fantasy ? Non.
Est-ce que j’aimais déjà ça ? Oui.

(La suite !)


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