Coups de cœur

La Colline de l’oubli, Eve Terrellon (Éditions Láska)

LaColline_petitLa Colline de l’oubli
Eve Terrellon
(Numérique)
Éditions Láska
~2,85 € chez Láska, 3,99 € chez les libraires

John ne connaît rien d’autre que la ferme de ses parents, où il a toujours vécu. Élevé au sein d’une communauté rigoriste, il sait cependant qu’existe davantage que le christianisme étroit et conquérant de son oncle, depuis qu’il a découvert, adolescent, la présence d’Indiens Sioux sur ses terres. L’un d’eux, encore enfant, l’a particulièrement marqué, et il n’a jamais oublié son nom : Mahpee…
Des années plus tard, sa sœur est secourue par une Indienne qui se présente à lui sous le nom de Chumani. Sa ressemblance avec le petit garçon d’autrefois est troublante. Plus troublante encore est la haine que semblent lui porter l’oncle de John, ainsi qu’une partie de la communauté blanche. Partagé entre sa famille, son éducation et son sens moral, John finit par s’attacher à Chumani malgré les avertissements. Mais est-il prêt à entendre la vérité, toute la vérité ?

J’ai lu cette novella l’année dernière et, encore aujourd’hui, le souvenir de cette histoire ne s’affaiblit pas. Dès les premières pages, nous plongeons à la fin du siècle XIX dans les Grandes Plaines, nous sommes happés par l’ambiance réelle et réaliste, un peu comme si nous avions voyagé dans le temps et l’espace.
Nous faisons connaissance avec les winktes, les « hommes-femmes », des femmes transgenres, perçus comme spéciaux et sacrés parmi les Amérindiens. Ces derniers acceptent les winktes tels qu’ils sont, sans jugement. Ils font partie d’eux. Ce qui est en confrontation directe avec les Chrétiens.
Dans ce contexte, nous avons les personnages, crédibles et profonds, parfaitement ciselés. John reste mon préféré avec ses doutes, ses peurs et même ses préjugés. Il se fait violence pour combattre ses croyances, inculquées par une vie entière de formatage pieux. Il est honnête, il est sincère, il est effrayé, il est terrifié, même. Nous, lecteurs, avons envie de lui ouvrir les yeux, de lui montrer que le monde n’est pas aussi étroit que celui que veut bien lui montrer son oncle, mais ce n’est pas ça, l’important, puisque tout ce mélange fait de lui un héros cohérent, authentique. Chumani aussi est magnifique, mais je pense que John est la réelle réussite de ce roman, c’est sur ses épaules que tient l’histoire.
Enfin, enfin, l’écriture, la sublime écriture d’Eve Terrellon, poétique et capable de donner une gifle, parsemée de métaphores et d’images qui peuvent nous couper le souffle. Littéralement. À une ou deux reprises, j’ai laissé échapper un “wow” (à voix haute), ce qui m’arrive rarement (pour ne pas dire jamais).

Ce roman est une romance historique qui nous fait plonger dans une culture que nous ne connaissons peut-être pas, beaucoup plus tolérante à l’époque que nous le sommes aujourd’hui, où on est ce qu’on est sans qu’on ait à se justifier ou à lutter pour avoir cette place. Cette place est la nôtre, point.
Quand je lis des romans qui me marquent de cette façon, je ne peux que remercier leur auteur pour l’avoir écrit : alors merci, Eve, pour cette magnifique histoire.


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3 réponses à La Colline de l’oubli, Eve Terrellon (Éditions Láska) incluant les trackbacks et les pings.

  1. Eve Terrellon a dit :

    Merci pour ce très bel avis sur « La Colline de l’oubli ». Cela me fait d’autant plus plaisir que ce titre est le premier que j’ai publié. Voir qu’il suscite toujours autant d’intérêt après plusieurs mois est le plus beau des cadeaux pour moi.

  2. site a dit :

    Article indispensale, à lire absolument

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