Méthodes

La méthode dite « du flocon » expliquée et illustrée – Étape 2

L’étape 2 – L’accroche (de conception) (1h)

Cette étape consiste à ressortir la quintessence de l’histoire. Le but de l’exercice est d’arriver à produire UNE phrase, la plus courte possible, et qui soit le cœur du roman.

Pas de fioritures, il faut faire dépouillé et avec un vocabulaire simple. Bien sûr, vous allez penser « Mais c’est impossible, il se passe trop de choses dans mon histoire, il y a plein de personnages, d’intrigues imbriquées, de croisements… ». C’est bien de penser déjà à une structure complexe, bravo ! N’empêche… passez donc une heure à ramener le tout à l’essentiel. Ce sera non seulement salvateur, mais aussi la première étape de votre fondation ! Allez, je ne suis pas méchant, je vous donne le truc : il faut lier ensemble l’aspect global et l’aspect personnel. Pour cela il va falloir déterminer :

  1. Quel personnage a le plus à perdre dans votre histoire ?
  2. Qu’est-ce que ce personnage a à gagner ?
  3. Quelle est l’action qui lie les deux ?

À ce stade, inutile d’utiliser des noms pour vos personnages, car ils ne sont pas nécessairement déjà bien arrêtés. Évidemment, s’il s’agit d’une suite, vous pouvez alors les identifier par leurs noms.

Exemples

Dans le cadre de notre exemple fictif de roman Et si je te sauvais ?, l’accroche de conception pourrait donner quelque chose comme :

« Un scientifique rebelle remonte le temps pour empêcher le meurtre de sa femme. »

Si on décortique cette phrase selon les trois points ci-dessus, cela donne :

  1. Un scientifique rebelle (même s’il y a une pléthore d’antagonistes aux sombres desseins, des gentils copains prêts à se sacrifier, des gouvernements avides de mettre la main sur sa découverte… c’est LUI le personnage qui a le plus à perdre dans l’histoire) ;
  2. Éviter le meurtre de sa femme (même si dans l’histoire le devenir même de l’humanité est à risque à cause de ses découvertes et des manipulations qu’elles peuvent engendrer, on vient de prendre le parti que c’est bien l’aspect romantique qui est le plus important. Mine de rien, c’est une décision majeure sur l’orientation de l’histoire qui, avec les mêmes ingrédients, pourrait faire une grande épopée de SF planétaire, pourquoi pas ?) ;
  3. Remonter dans le temps.

Pour Forfait illimité* (mon techno-thriller écrit en 2009), l’accroche de conception finale fut :

« Un ancien hacker enquête sur les meurtres de ses équipiers pour sauver sa peau et celle de leur membre le plus secret. »

Vous seriez surpris à quel point une simple phrase peut dévoiler tout le mystère d’un récit (c’est le cas pour mes deux autres romans, que je ne citerais donc pas en exemple pour ne pas gâcher votre future lecture ;-) ).

Avertissement

J’insiste bien sur le fait qu’il s’agit ici d’une accroche de conception (c’est-à-dire d’un outil pour VOUS, l’auteur). Et non pas d’une accroche commerciale (la petite ligne sur les affiches de cinémas ou en sous-titre sur la couverture des best-sellers).

Elles sont très rarement les mêmes et leur différence peut même être très importante. Illustration avec Forfait illimité* :

 

Accroche de conception
(honnête outil de travail pour vous aider à bâtir votre histoire)
Accroche commerciale
(mensonge éhonté pour accrocher le quidam – éditeur ou lecteur)
« Un ancien hacker enquête sur les meurtres de ses équipiers pour sauver sa peau et celle de leur membre le plus secret. » « Quand le cyber-terrorisme devient mobile. »

 

Nous aurons l’occasion de revenir sur les divergences des outils de travail/créatifs versus les outils de marketing dans un autre article, j’en suis certain. Pour le moment, prenez une heure (pas beaucoup plus) pour ressortir cette quintessence qui va vous guider tout au long du reste de cette phase de conception. Quand vous serez prêt, je vous retrouve à l’étape 3.

Autres articles de cette série :
<< La méthode dite « du flocon » expliquée et illustrée – PrologueLa méthode dite « du flocon » expliquée et illustrée – Étape 3 >>

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33 réponses à La méthode dite « du flocon » expliquée et illustrée – Étape 2 incluant les trackbacks et les pings.

  1. Ah. Déjà le point numéro 1 me pose problème. Je m’aperçois que celui qui a le plus à perdre n’est peut-être pas mon personnage principal… c’est con, ça, non ?

    • Kanata a dit :

      Ça dépend… Mais (et là, je m’excuse, on va rentrer un peu dans la technique et mettre les mains dans le cambouis) :
      1/ Ça risque de poser un problème d’identification de la part du lecteur. Le protagoniste (au sens large du terme, LE protagoniste peut tout à fait être un groupe de personnes/objets avec un but commun) devrait être celui avec le plus à perdre et avec le plus d’obstacles sur sa route, sinon le lecteur risque de s’attacher plus à un personnage secondaire et se retrouver en retrait par rapport au récit.
      2/ Ça rajoute de possibles erreurs de focalisation. Il faut donc être doublement vigilante.

      Maintenant, si tu traites un duo/trio/groupe c’est normal. Le « personnage principal » est alors l’entité et non un individu (donc les individus de l’entité n’ont par forcément TOUS le plus à perdre, c’est alors la somme des pertes qui prime – la encore, attention à la focalisation)

      • Cécile Ama Courtois a dit :

        Le cambouis ne me gêne pas, on ne fait pas avancer une voiture avec de l’eau de toilette.
        Ok, je serais en effet plus concernée par le « groupe d’individus » et en effet, partant de là, ça colle !
        Merci pour tes explications.
        Bon, étape numéro trois, maintenant !! (comment ça, je mets la pression ?)

  2. Cécile Ama Courtois a dit :

    Finalement, après réflexion et après avoir ramené mon histoire à sa quintessence, ce qui, comme tu l’as dit, n’est pas une mince affaire, j’ai réussi à sortir quelque chose.

    L’héritière du trône des elfes va devoir tout quitter et s’allier à d’étranges inconnus pour tenter de sauver son monde.

    Mais qu’est-ce que ça fait bateau et cliché !!!
    Moi, ça ne me donnerait pas envie de la lire !!

    • Alice a dit :

      Le travail que tu fais ici n’est absolument pas un travail de promotion, il vise seulement à construire peu à peu ta structure romanesque en ciblant l’essentiel et en ajoutant peu à peu les « éléments secondaires ». On s’en fiche, que ce ne soit pas vendeur! ;)

      • Cécile Ama Courtois a dit :

        mais, tu trouves que ma phrase correspond bien, toi qui connais une grande partie de l’histoire ?

      • Alice a dit :

        Oui et non. Cela va bien avec l’histoire que tu décris dans tes chapitres (même si on est d’accord sur le « léger souci » de choix du héros/de l’héroïne) mais ça contraste avec ce que tu décris dans ton prologue, prologue qui n’a d’ailleurs pas le même narrateur que le reste du texte… A voir, toutefois, car le prologue fait référence à des événements qui me sont encore inconnus!

      • Cécile Ama Courtois a dit :

        Oui, le prologue, c’est à part. C’est juste un flash comme peuvent en avoir ceux qui voient l’avenir. Comme ça, tel quel, brut et rattaché à rien, il ne veut rien dire… c’est un truc méchant pour embrouiller le lecteur et l’amener à se poser des milliards de questions… qui n’auront de réponse que vers la fin. Pas sympa, je sais.
        Le prologue n’est pas un résumé ou une présentation de l’histoire, de toute façon, dans un livre. Si ?

      • Alice a dit :

        Non non, c’est juste que dans ce prologue, tu évoques un enjeu plus personnel que celui que tu mentionnes dans ta phrase-résumé. Donc je me demandais juste, vis-à-vis de l’ensemble du livre, si cet enjeu personnel était aussi important ou moins important que l’enjeu « général ».

    • Cécile Ama Courtois a dit :

      moins important, je dirais.

      • Alice a dit :

        En ce cas, ta phrase est parfaite! :)

        • Kanata a dit :

          Je seconde. Alice a raison, cette phrase est pour TOI, pas pour les autres, pas pour vendre pas pour faire du strass… pour ça, il y a « L’accroche commerciale » (tel que mentionné dans l’article) qui elle vient bien après, en général une fois l’écriture achevée et que tu es assez à l’aise pour bobarder sur ton histoire :-P (C’est aussi souvent l’éditeur qui choisit cette phrase-choc, tout comme la quatrième de couverture.)

  3. Charly a dit :

    J’essaye actuellement de dompter la méthode flocon et je crois que cette étape est celle qui m’a donné le plus de fil à retordre. Quand on me demande quel est le protagoniste qui a le plus à perdre dans mon histoire, je suis incapable d’y répondre, étant plutôt abonné aux groupes de personnages. Bref, non seulement cet article explique très bien cette étape, mais en plus les commentaires m’auront fourni une solution à mon problème : Le protagoniste en question peut tout à fait être un groupe. Un grand merci, j’y vois beaucoup plus clair à présent ! :D

    • Kanata a dit :

      De rien Charly, c’est bien le but de la série que de décrypter cette méthode et d’en parler entre nous.
      Et effectivement, le « protagoniste » peut être un groupe, c’est le cas par exemple dans la série du « Club des cinq », ou la plupart des histoires ont les 5 compères comme « protagoniste », même si certains conflits et/ou obstacles ne concernent que François, Claudine (pardon : Claude !) ou même Dagobert ;-)

  4. Jo Ann a dit :

    Kanata, gourou des flocons.
    (Si tu y mets des Tagada, je sais pas ce que je te fais !)

    • Kanata a dit :

      C’est vrai que « gourou » Kanata, ça sonne pas mal… J’ai eu ce titre, il y a bien longtemps de ça, mais c’est une autre histoire (sans fraises).

  5. Clarybelle a dit :

    Moment magique que cette phase-là…
    Au moment où j’allais terminer cette étape et retranscrire dans un document général le résultat final, la « profession » du héros, jusqu’alors baptisé « Actif », a trouvé sa vraie dénomination !!!
    Merci pour votre travail !

  6. Tiamate a dit :

    Bonjour,

    Merci d’avoir traduit cette méthode, c’est très instructif !
    Je suis dans un cas similaire : une jeune fille adoptée découvre qu’elle n’est pas humaine et part à la recherche de son identité ( c’est son histoire que ma co-scénariste et moi souhaitons raconter), elle est en fait la fille du roi de son espèce, qui entame en arrière plan des relations diplomatiques avec le genre humain dans l’espoir de la retrouver (et on s’est rendu compte que c’est en fait lui qui a le plus à perdre : sa fille, la paix avec les humains, sa réputation, sa vie est en danger, son peuple aussi…). Mais comme le lecteur ne l’apprend que vers les trois quarts du bouquin, ben leurs histoires sont très séparées… Est-ce problématique ?

    • Kanata a dit :

      Bonjour, non, ce n’est pas à proprement parlé problématique. Il peut y avoir deux lignes narratives (croisées ou parallèles) et le « protagoniste » peut très bien être le duo père/fille.
      C’est même plutôt une structure riche, c’est bien ;-)

  7. Tiamate a dit :

    Bonjour,

    Merci de votre réponse. Je ne me représente pas bien ce que tu veux dire ? (désolée :D)

    • Kanata a dit :

      En fait, quand on dit un « protagoniste », on s’imagine toujours UN personnage, mais c’est faux. L’entité protagoniste peut très bien être un groupe de personne. Dans votre cas, ce pourrait être le duo père/fille. (Je dis ça, mais je ne connais pas assez votre histoire).
      Du coup, si le duo est le protagoniste, « ils » ont tous les deux le plus à perdre.

  8. Tiamate a dit :

    Même s’ils sont séparés dans l’espace et un peu dans le temps, et qu’ils ne communiquent pas entre eux ?

    • Kanata a dit :

      Oui, même… Si c’était facile, où serait le défi ? ;-)
      Ghost, Benjamin button, the fountain… Ils ont tous dans une certaine mesure ce clivage du duo que tout sépare (le temps, l’espace, la physique), et pourtant, c’est bien la progression des deux personnages qui est importante.

      Après… (mais là on sort un peu du flocon et de la structure en trois actes) Il y a des constructions plus complexes (sexy ?), mais plus difficiles à maîtriser. Chez les Asiatiques, et les Slaves par exemple, il y a des structures de narration qui peuvent servir ce type de dualité. C’est plutôt pour les récits oniriques et/ou épiques. Mais là… là… je déconseille fortement de commencer par ça, il faut être un peu aguerri en écriture (ou être né/baigné dans ces cultures).

  9. Tiamate a dit :

    (J’ai honte, je n’ai pas vu ces films…)
    En tout cas, merci pour tes conseils ! Je n’avais pas initialement prévu de faire intervenir beaucoup le père, mais plus j’y pense, plus ça me semble une bonne idée. Je vais utiliser ça et voir ce que je peux faire ;)

  10. Louve a dit :

    Est-ce que si j’ai trouver ma phrase en peu de temps (le temps de lire l’article en fait) ça veut dire que je connais bien mon histoire ou bien que je me précipite ?

    • Kanata a dit :

      Non, c’est très bien. Le but n’est pas de rester bloquer des heures sur une étape, au contraire. Il faut avancer (et ne pas hésiter à revenir en arrière le cas échéant, c’est ça le secret).

  11. Louve a dit :

    D’accord d’accord, merci :) Merci aussi pour tout les articles (bien que je ne les ai pas encore tous lu), j’ai l’impression de redécouvrir mon projet grâce à cette méthode !

  12. Poppy Stardust a dit :

    J’ai un petit souci:
    Mon histoire est majoritairement de la tranche de vie sur fond d’univers onirique. A part durant quelques scènes, ça restera très quotidien (ou presque) . ça marche aussi pour ce genre de récit ou uniquement pour les histoires épiques? :/

  13. Esther20 a dit :

    Je n’ai pas encore lu toute la méthode, mais elle me paraît très bien structurer toutes ses idées.
    Personnellement, j’ai un peu de mal avec cette étape, parce que j’ai l’impression que le personnage qui a le plus à perdre dans mon histoire est le « méchant » et pas le groupe de protagonistes. Est-ce un problème ?

    • Kanata a dit :

      Absolument pas, au contraire, un méchant qui a beaucoup à perdre sera bien plus intéressant qu’un vulgaire stéréotype. Étant donné que c’est l’antagoniste, donc le miroir du protagoniste, c’est même plutôt sein qu’il est autant à perdre. ;-)

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